Un regard sur les inondations et le développement urbain

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Le 1er juin 2016, les rues de Nemours (Seine-et-Marne) envahies par l'eau du Loing, l'affluent de la Seine sorti de son lit à la suite des intempéries du mois de mai 2016.
Le 1er juin 2016, les rues de Nemours (Seine-et-Marne) envahies par l'eau du Loing, l'affluent de la Seine sorti de son lit à la suite des intempéries du mois de mai 2016. (Crédits : Reuters)
Le phénomène urbain a transformé en profondeur les rapports entre les hommes, l'habitat et la nature.

A l'heure où l'Europe est aux prise avec les inondations, il est utile de rappeler un rapport de l'ONU de 2013 :

« Il existe aujourd'hui une tendance qui consiste à attribuer la cause de tous les impacts liés aux événements météorologiques au changement climatique. En réalité, ces deux ou trois prochaines décennies, l'augmentation de la vulnérabilité et de l'exposition aux aléas liée au développement économique et urbain aura une influence plus marquée sur le risque de catastrophe que le changement climatique. Néanmoins, le changement climatique affectera de façon disproportionnée les économies les plus vulnérables face aux risques liés aux événements météorologiques. »

En outre, un rapport de l'Union Européenne de 2012 précise que le recouvrement par un matériau imperméable est une des principales causes de la dégradation des sols. Chaque année en Europe, les infrastructures bâties avalent plus de 1.000 km² de terres ou de forêts.

Inondation, premier risque "naturel" en France

La moitié est rendue imperméable par des revêtements artificiels (bitume, béton). Ainsi, l'urbanisation croissante depuis les dernières décennies allant de pair avec les développements des infrastructures, a entraîné un processus de modification qui dégrade de manière conséquente nos terres. Et, fait notable, l'imperméabilisation des sols a augmenté deux fois plus rapidement que la population européenne.

Il s'agit d'une des raisons fortes d'augmentation du risque d'inondation et de pénurie d'eau, contribuant par ailleurs au réchauffement de la planète.

Le risque inondation est le premier risque naturel en France. Le caractère systémique de l'activité humaine, et la très forte interdépendance de la vie urbaine porte la menace à presque 20 millions de personnes et 9 millions d'emplois.

Les dommages provoqués par les inondations sont de plus en plus importants, en raison du fort développement urbain et en particulier dans les zones inondables.

Populations démunies face à la complexité des assurances

Ils sont exacerbés par une mauvaise gestion du développement urbain, la dégradation de l'environnement, mais également, par la précarité et la pauvreté. De lourdes pertes viennent toucher en premier lieu les populations les plus fragiles : celles qui, possédant moins d'instruction, sont moins bien armées en terme d'assurances.

En France, sur les 25 dernières années, les aléas naturels représentent une valeur de 48 milliards d'euros. Selon l'Association française d'assurances (AFA), pour les 25 prochaines années, nous sommes face à « une tendance haussière du péril inondation de 104% » passant de 16 milliards d'euros d'indemnisations pour la période de 1998- 2013 à 34 milliards d'euros pour la période 2014-2039 à venir. Les aléas naturels pourraient ainsi coûter 92 milliards d'euros.

Le développement urbain a besoin d'une vision éthique et systémique

Le bilan des dégâts a un coût social occulte, économique et financier, produisant un impact bien plus important.

A titre d'exemple, ces données de la Banque Mondiale :

« Alors que la croissance de la population a été de 87% entre 1970 et 2010 à l'échelle mondiale, elle a été de 114% dans les plaines inondables et de 192% sur les littoraux exposés aux cyclones. De la même manière, la proportion du PIB mondial exposée aux cyclones tropicaux a augmenté de 3,6% à 4,3% durant la même période, la plus grande part de cette hausse ayant eu lieu en Asie. En d'autres termes, sous l'effet de la mondialisation économique, les populations et actifs situés dans des zones soumises à des aléas se sont accrus plus rapidement qu'ailleurs ».

On trouve la raison dans le rapport favorable qui s'établit entre l'investissement à court terme, la productivité plus élevée et les avantages concurrentiels. Et ce, même s'il s'agit de zones très exposées aux risques, avec les dégâts humains et sociaux conséquents qui surviendront pour la suite.

Plus que jamais, une vision systémique et éthique de l'investissement dans le développement urbain est indispensable. La réduction des résultats des catastrophes qui auront lieu dans nos villes est subordonnée à cette double vision.

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Commentaires
a écrit le 08/06/2016 à 9:15 :
Je ne suis pas si vieux et pourtant, que de campagnes, de forêts où j'allais faire du vélo dans mon enfance, que de ruisseaux où j'allais me baigner, que de flancs de montagne où j'allais randonner ont aujourd'hui été remplacés par des zones pavillonnaires et des centres commerciaux gigantesques et sans âme.
L'eau, et parfois le feu, doivent bien aller quelque part, c'est la nature des choses, il ne faut pas se plaindre.
Quelles leçons seront tirées de ces deux milliards d'euros de dégâts en quelques jours? Aucune, je vous l'annonce.

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