Urbanisation mondiale et réseaux de villes

 |   |  1273  mots
L'Afrique basculera à plus de 50% de population citadine, avec en particulier une croissance accélérée de villes d'un million d'habitants, en parallèle de quelques grandes mégalopoles comme Lagos, Le Caire, Kinshasa, Luanda (photo), qui continueront leur expansion irréversible.
L'Afrique basculera à plus de 50% de population citadine, avec en particulier une croissance accélérée de villes d'un million d'habitants, en parallèle de quelques grandes mégalopoles comme Lagos, Le Caire, Kinshasa, Luanda (photo), qui continueront leur expansion irréversible. (Crédits : REUTERS/Herculano Coroado)
Raréfaction des ressources, réchauffement climatique, explosion démographique, concentration urbaine, augmentation du nombre de métropoles, transformation des grands équilibres économiques mondiaux, pauvreté, exclusion, pollution, insécurité… l’étendue des défis liés au phénomène urbain se manifeste avec intensité.

Un regard en arrière de l'histoire est édifiant pour comparer la pérennité de villes et celle des Etats. En moins de 30 ans, et plus encore, la cartographie étatique en Europe et dans le monde a été profondément modifiée et elle continuera de l'être. Éclatement des Etats-Nations, naissance de nouveaux, perte des zones d'influence, pour évoquer quelques faits.

Les villes, beaucoup parmi elles millénaires, ont survécu aux royaumes, aux empires, aux nations, aux états et aussi aux guerres, aux crises et à toute sorte d'événements. La ville, de manière intrinsèque, est plus durable que tout autre structure socio-territoriale. Elle est un repère solide et constitue le socle majeur de l'expression des habitants face aux défis d'hier, d'aujourd'hui et de demain.

C'est dans 4.200 villes de plus de 100 000 habitants qu'habite 70% de la population mondiale, devenue majoritairement urbaine. En effet, en 1950, 30% de la population mondiale vivait dans les villes, tandis qu'aujourd'hui, le taux est de 54% et à l'horizon 2050, il sera de 66%.

De nos jours, une personne sur huit, soit 12,5% de la population urbaine mondiale, habite dans l'une des 28 mégalopoles du monde, villes de plus de 10 millions d'habitants, tandis que 8% habite dans une ville entre 5 et 10 millions d'habitants et 20% dans une ville entre 1 et 5 millions d'habitants.

Les 5 villes les plus peuplées sont dans l'axe Asie-Amérique Latine

La distribution de la population urbaine mondiale montre la bascule qui s'est produite dans le monde, avec un changement de paradigme vers l'irruption du "Sud global", l'émergence de l'Asie, la montée en puissance de l'Amérique Latine et celle accélérée de l'Afrique :

  • 90% de la croissance mondiale urbaine a lieu en Afrique et en Asie.  Plus d'un tiers se concentre dans seulement trois pays, l'Inde, la Chine et le Nigeria, qui verront se rajouter, dans les 30 prochaines années, une population urbaine équivalente à 1,5 fois l'Europe,
  • Les 5 premières villes du monde en population se trouvent dans l'axe Asie-Amérique Latine, avec Tokyo, 38 millions d'habitants, Delhi, 25 millions, Shanghai, 23 millions, Mexico, Mumbai et Sao Paulo, 21 millions d'habitants,
  • L'horizon urbain s'accélère aussi en Afrique qui basculera à plus de 50% de population citadine, avec en particulier une croissance accélérée de villes d'un million d'habitants, en parallèle de quelques grandes mégalopoles comme Lagos, Le Caire, Kinshasa, Luanda, qui continueront leur expansion irréversible.

Montée en puissance de la voix des maires du monde

Nous ne devons pas oublier, ni sous estimer, qu'à l'ère d'Internet et de l'ubiquité massive, un tiers de la population urbaine de la planète vit dans des taudis, sans accès aux services urbains élémentaires. Dans un monde interconnecté et global, c'est une situation source également de violences, de guerres, de migrations, d'endoctrinement, de haines qui se répercutent sur toute la planète, au delà d'une ville ou d'un territoire précis.

La nouvelle tendance géopolitique est la montée en puissance de la voix des maires du monde. Les villes sont devenues des acteurs politiques, économiques, culturels, sociaux à part entière, et ce bien au-delà de leur sphère d'influence territoriale. Cette évolution irréversible se traduit par des transformations structurelles, qui vont impacter les décennies à venir. Etre maire d'une grande ville, parfois génératrice d'un PIB supérieur à celui d'un Etat, peut être à l'heure actuelle une fonction porteuse d'un dynamisme et d'une créativité plus importante que celle de ministre.

C'est aussi la naissance de nouvelles expériences de vie locale au travers des usages et services urbains inédits : la mobilité multimodale, les énergies décentralisées, les logements énergétiquement efficaces, l'agriculture urbaine, la démocratie participative, la lutte contre l'exclusion et la pauvreté, l'accès à de nouveaux financements locaux, les gouvernances ouvertes, les systèmes collaboratifs d'information, de nouveaux modèles économiques de développement et au delà de nouveaux modèles de sociabilité au travers de l'économie collaborative qui s'expriment dans le monde urbain.

Le rôle majeur des réseaux internationaux de villes

Les villes construisent avec agilité des outils à la mesure des défis qu'elles rencontrent : conseils stratégiques, comités scientifiques, laboratoires de développement durable, dispositifs d'attractivité économique, programmes encourageant la création de start-ups, l'innovation et le développement socio- territorial, écosystèmes de concertation, diplomatie urbaine, agences de développement tournées vers l'international, plateformes d'échanges de bonnes pratiques..., bref, les initiatives foisonnent.

Parmi elles, les réseaux internationaux de villes jouent aujourd'hui un rôle majeur, qui va s'accentuer dans les années à venir, à l'heure des villes mondiales, de la globalisation, de la crise des Etats, de l'internationalisation de problématiques, et du besoin d'une concertation étroite sur toute la planète, issue de la proximité avec les acteurs locaux qui sont en contact direct avec les populations.

Les réseaux des villes sont aujourd'hui un élément moteur, puissant, non seulement pour le développement des actions concertées dans les territoires urbains mais avant tout pour penser autrement nos territoires, dans une démarche globale et partagée de réflexion, de créativité et de projection vers le futur. La pollution urbaine ne s'arrête pas à la frontière d'une ville ; les enjeux climatiques, la montée des mers, la montée du terrorisme, les défis de la pauvreté et de l'exclusion sociale, les conditions de vie qui amènent un flux incessant de réfugiés, les nouvelles maladies urbaines, sont une expression d'un monde interconnecté, interdépendant.

Plus que jamais, il y a besoin d'instances de discussion, d'échange et d'action de celles et ceux qui sont près du terrain, les maires, colonne vertébrale du lien avec les acteurs locaux, capables de déployer avec rapidité et efficacité des solutions. Il est vrai aussi pour les actions communes entre les villes autour du développement économique, la mutualisation de ressources, l'innovation et la diffusion de nouvelles pratiques vertueuses.

La mobilisation des villes est indispensable

Aujourd'hui, le réseau C40, crée en 2005, est un important réseau de villes, regroupant 83 villes qui représentent 600 millions d'habitants et 25% de l'économie mondiale. Il est en particulier profondément engagé dans la lutte contre le réchauffement climatique. Il s'apprête à changer de gouvernance et après l'ex-maire de New York, Mike Bloomberg, et le Maire de Rio, Eduardo Paes, la candidature de la maire de Paris Anne Hidalgo, illustre bien cette dynamique de concertation et d'échange entre nos territoires au travers des divers continents. Une confirmation du rôle moteur de la présence de Paris, ville-monde, sur la scène internationale  "afin d'accélérer la mobilisation des villes-monde dans la lutte contre le dérèglement climatique et d'aider à faire entendre la voix des territoires et des métropoles dans ce domaine.  Les grandes capitales du monde ont un rôle central dans la conception et la mise en œuvre de solutions innovantes en faveur d'un développement plus harmonieux", a t - elle déclarée.

A l'aube de la réunion mondiale des Etats sur les villes, Habitat III à Quito en octobre 2016, la mobilisation des villes est indispensable pour se faire entendre.

Le rapport de l'ONU de 2013 sur l'état des villes dans le monde, a montré que "la prospérité pour tous a été compromise par une focalisation étroite sur la croissance économique". Au delà de l'accent économique, la qualité de vie, l'équité et la durabilité environnementale ainsi que le développement des biens publics et la consolidation des droits de la personne, sont indispensables pour créer des villes humaines et vivantes.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 13/04/2016 à 11:45 :
La concentration infinie des populations dans des grands centres urbains doit elle être une fatalité et résoudra t'elle tous les maux de notre société ? ....pour ma part j'en doute ....la révolution digitale pourrait créer bien des surprises sur nos modes de vie tant au travail que sur nos façons de penser et de vivre .
N'oublions pas que nous sommes des êtres humains capables de penser, réfléchir et décider et non uniquement des individus codes barres que le dieu gafa voudrait que nous soyons !!!

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :