Quand les promoteurs immobiliers conçoivent la ville de demain
Isabelle Boucq
Isabelle Boucq
À la fois foncière de commerce, promoteur de logements et développeur d'immobilier d'entreprise, la société qu'il a créée en 1994 et qui emploie 1 400 collaborateurs occupe une place sur le podium français de ces trois activités. Gisement de croissance par excellence, les métropoles ne peuvent se développer sans les promoteurs, affirme-t-il. Construire des logements, créer la vie, favoriser le lien, participer à la création de la ville fait partie des missions de son entreprise et de sa profession.
Pour exemple, il cite l'opération Place du Grand Ouest à Massy (Essonne), un projet de 100.000 m2 qui sera livré en fin d'année : autour des gares RER et TGV de Massy, 800 logements, une école, des commerces, un hôtel, un cinéma multiplex, un centre de congrès. Sans compter un concierge de quartier qui facilitera la vie quotidienne pour les livraisons, la garde d'enfants ou les réservations de restaurants.
Spécialisée à ses débuts dans le développement et la gestion de centres commerciaux - on doit notamment à Alain Taravella le concept de commerceloisirs exemplifié par Bercy Village à Paris -, Altarea Cogedim s'est donc diversifiée dans les logements et les bureaux.
Alain Taravella peut multiplier les exemples de cette nouvelle approche. À Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), un ancien centre de recherche d'Orange va devenir le quartier « Issy Coeur de ville » : plus de 100.000 m2 autour d'un parc urbain, de commerces, de logements, de bureaux, dont un centre destiné à accueillir des entreprises issues de l'économie numérique. Ce nouvel écoquartier sera bardé de labellisations environnementales bien entendu, mais aussi des labels Well, qui s'intéresse au bien-être des usagers, et BiodiverCity, qui fait la part belle au végétal et à l'animal dans la ville. Une opération d'aménagement dont le coût devrait s'élever à 600 millions d'euros et s'achever en 2021.
Même chose à Bobigny (Seine-SaintDenis), où Altarea Cogedim va raser le centre commercial Bobigny 2 pour construire des îlots de logements et de bureaux avec des commerces en pied d'immeuble autour d'une grande place centrale. L'ensemble de 100 000 m2 devrait être livré en 2024. Adieu construction sur dalle et centre commercial classique, bonjour commerces de proximité et centre-ville intégré.
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Le titre d'ensemblier urbain, Frédéric Carrère le revendique pleinement. À la tête de Gotham et de sa marque de logements Groupe Carrère, ce Toulousain met en avant sa capacité à créer « des ensembles qui présentent de la mixité fonctionnelle avec des logements, des bureaux et des commerces en pied d'immeuble. C'est une tendance forte depuis une dizaine d'années pour répondre à des concours d'aménagement pour une ville mixte. » Une mixité fonctionnelle et temporelle, puisque les quartiers vivent ainsi 24 heures sur 24 et facilitent les déplacements doux et les rencontres.
En 2013, Gotham posait la première pierre du nouveau quartier Malakoff à Nantes (6.300 m2 de logements, 4.300 m2 de bureaux et 3.200 m2 de commerces) en face du pont Tabarly.
Cette Zone d'aménagement concerté (ZAC) de 11.000 m2 comprendra des commerces et 128 logements répartis en logements privés, logements sociaux et logements PSLA (prêt social de location-accession). « Dans ces opérations, le promoteur n'a pas les mains libres et les enjeux politiques guident le calendrier. Mais ce sont des projets valorisants. »
Ingrid Nappi-Choulet est professeure titulaire de la chaire Immobilier et développement durable à l'Essec, créée en 2002 avec des partenaires tels que Poste Immo, Perial, Vinci Immobilier et BNP Paribas Real Estate. Notamment à travers ses enquêtes Mon bureau de demain et Ma ville de demain, la chaire prend le pouls des besoins et des attentes pour former les futurs professionnels. Ingrid NappiChoulet constate une tendance empruntée de l'immobilier d'entreprise.
Autre concept clé : le logement évolutif au fil du cycle de la vie... repris de Le Corbusier.
À côté des grands groupes, on trouve des promoteurs immobiliers régionaux comme Artprom, qui opère entre Le Mans, Laval et Tours. Antoine Pillot, qui a repris l'entreprise de son père, joue la carte de la personnalisation face aux projets standardisés.
Mais cela n'empêche pas l'ambition. Exemple avec La Nef, un projet dans le centre de Tours, composé de 84 logements et de bureaux, qui se targue d'être le premier bâtiment à énergie positive de la ville.
Antoine Pillot réagit aux phénomènes des chartes de l'immobilier adoptées par de nombreuses villes - Bordeaux, Paris, Nanterre et ces jours-ci Malakoff, dans les Hauts-de-Seine, qui adopte en conseil municipal sa Charte de la promotion immobilière et de la construction durable, cela dans le but de maîtriser la surenchère foncière et de préserver la mixité sociale et fonctionnelle tout en encourageant le développement urbain durable.
Les promoteurs s'inquiètent.
Regrettant que les candidats à la présidentielle aient été peu loquaces sur la question du logement, il appelle leur nouvel interlocuteur du gouvernement au pragmatisme et à l'écoute. Le ministère de la Cohésion des territoires a confirmé à La Tribune que Jacques Mézard, le nouveau ministre, va se charger du dossier du logement.
D'autant plus étonnant qu'au salon VivaTech qui se tenait récemment, un grand nombre d'innovations concernaient le domicile et les usagers de la ville. La ville bouge et le gouvernement semble en décalage.
Isabelle Boucq