Energo, une nouvelle façon d'aborder la chimie

La start-up a mis au point un réacteur de conversion de dioxyde de carbone en méthane. Les avantages de cette technologie de rupture vont des économies d'énergie à la rapidité du procédé en passant par la valorisation des déchets à l'échelle locale, assortie de créations d'emplois.

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(Crédits : DR)

Méthanisation ou méthanation ? La première, très connue, consiste en un traitement de déchets organiques, qui, en se décomposant sous l'action de bactéries dans un milieu sans oxygène, conduisent à la production de biogaz. La deuxième est une conversion chimique qui permet de transformer les gaz carbonés, dont le CO2, en méthane.

Mais si cette méthode est elle aussi déjà largement pratiquée en chimie, à l'aide de la catalyse, activée par mise en pression et haute température, « notre innovation de rupture obtient le même résultat - la transformation d'un mélange gazeux en un autre - mais sans chauffer, puisqu'on active la catalyse par plasma froid », expliquent Vincent Simonneau et Vincent Piepiora, le premier étant responsable, pour la start-up Energo, des opérations, le deuxième, du développement technologique de la jeune pousse, qu'il a fondée en 2018 dans l'incubateur Chimie Paris Innov', et aujourd'hui installée à Lille.

Or cette nouvelle méthode revêt plusieurs avantages : non seulement il faut très peu d'énergie pour transformer un gaz en un autre, mais en plus, l'activation par plasma froid permet d'aller cinquante fois plus vite, et donc d'utiliser cinquante fois moins de catalyseurs (substances solides contenant des métaux). « Nos réacteurs sont donc plus petits, moins exigeants en terres rares pour leur fabrication et moins coûteux, mais en plus, ils sont très résistants à la pollution des gaz. Alors que la moindre trace d'impuretés peut détruire un réacteur classique, le nôtre résiste, ce qui fait qu'il n'y a pas d'étapes de purification des gaz en amont », poursuivent-ils.

Autant d'atouts industriels et financiers. Et ce n'est pas tout. Ces petits réacteurs peuvent être aisément adoptés localement, ce qui permettra de gérer, à l'échelle d'une communauté territoriale, un ensemble de produits dont on ne sait que faire habituellement : bois, plastiques, déchets en tous genres. Leur gazéification permet d'une part de les valoriser, et d'autre part, d'injecter ce gaz dans le réseau pour chauffer des logements, par exemple.

Economie circulaire

« Nous sommes vraiment dans une économie circulaire, soulignent les deux start-uppeurs, et en plus de répondre à des enjeux locaux en matière de recyclage, notre système peut créer des emplois, non délocalisables. » Autant dire qu'Energo a tout bon !

Tout ne s'est pas fait en un jour. A partir d'une technologie découverte à PSL-Chimie ParisTech, les équipes d'Energo (la société a pour l'instant sept salariés, dont trois PhD) ont planché pendant trois ans sur la conception et le développement du réacteur. Puis, un premier démonstrateur industriel, en version réduite (1/20è de ce qu'il faudrait pour une ville comme Arras, par exemple), a été installé à Compiègne. « En octobre dernier, et c'est une première mondiale, nous avons produit l'équivalent de 30 KW de gaz par catalyse à plasma froid. Nous sommes les premiers à nous y être risqués et à avoir réussi ! », s'exclament les deux dirigeants. Forts de ce premier succès, ils veulent maintenant passer à la vitesse supérieure.

Partenariats industriels

Ils sont certes soutenus par Bpifrance, grâce aux aides Deeptech, à des obligations convertibles et des avances remboursables, de même que par une subvention de quelque 200 000 euros dans le cadre du concours d'innovation i-Lab, remporté en 2020, et qui a d'ailleurs servi à financer le démonstrateur de Compiègne. Mais il leur faut aujourd'hui trouver un partenaire industriel pour poursuivre le développement de la technologie et la commercialiser ensuite.

En outre, la démonstration étant faite, d'autres possibilités s'offrent à Energo. Au-delà du méthane, la jeune société a commencé à produire de l'hydrogène, et demain, cela pourra être, notamment, du méthanol pour alimenter les moteurs d'avions ou de l'ammoniaque pour le transport d'hydrogène. Et déjà, des discussions sont amorcées avec des industriels du secteur.

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Commentaires 2
à écrit le 18/01/2022 à 8:33
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Bonjour, Intéressant ! Quel TRE en incluant les catalyseurs ? Sincèrement

à écrit le 17/01/2022 à 17:20
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J'ai vraiment rien compris, ils ont inventé le gazogène ou quoi? On va rouler avec ça comme en 40? Veuillez m'excuser, je ne suis qu'un pauvre lapin

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