À Versailles, le virtuel magnifie le château réel

Clément Thibault
PROPOSÉ PAR
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Clément Thibault
Versailles est sans doute l'un des établissements publics français parmi les plus dynamiques et les plus innovants technologiquement. Les faits parlent d'eux-mêmes : les applications disponibles sur App Store ou sur Android se multiplient, une vingtaine de sites Web sont dédiés au château - des « sites-événements » consacrés aux expositions temporaires, d'autres dédiés aux visites virtuelles, etc. -, les termes « réalité augmentée », « géolocalisation » ou « visite 3D » sont entrés de plain-pied dans le dictionnaire du château.
Incontestablement, Versailles a fait des nouvelles technologies un axe de développement majeur. Comme le rappelait sa présidente, Catherine Pégard, dans l'avant-propos du rapport d'activité 2012 :
Le projet de travaux du Grand Versailles, lancé en 2003 - avec une échéance pour 2020 - par Jean-Jacques Aillagon, alors ministre de la Culture, a pour triple objectif d'améliorer l'accueil du public, de lui proposer de nouveaux circuits et services et d'étendre l'offre culturelle du château. L'enjeu originel du Grand Versailles Numérique (GVN) était de faire la pédagogie de ces grands travaux. Selon Ariane de Lestrange, directrice de la communication :
Comme pour le Grand Versailles, les objectifs du GVN se déclinent en trois temps : créer un lien en amont de la visite pour les primo-visiteurs - 72 % des visiteurs du château de Versailles -, favoriser la fidélisation des visiteurs, dématérialiser la visite pour la rendre accessible aussi bien aux étrangers qu'aux personnes qui ne peuvent se mouvoir.
Jean-Jacques Aillagon synthétisait, en 2011, sur cblog.culture.fr, les trois piliers de cette stratégie, en avançant qu'« Internet est un formidable outil [...]. Nous démultiplions notre action auprès du public : nous touchons des publics nouveaux, nous créons des réseaux nouveaux, nous fidélisons des gens, nous améliorons notre image, nous apprenons à échanger de façon beaucoup plus soutenue avec nos visiteurs ».
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Selon Laurent Gaveau (directeur adjoint de la communication de 2008 à 2013), l'objectif, sous-tendu par le GVN est ainsi « de conjuguer les connaissances des équipes de Versailles - historiens, conservateurs, métiers d'art, médiation, équipes pédagogiques, etc. -, avec celles des ingénieurs, des développeurs, des chercheurs les plus imaginatifs, pour nous aider à répondre aux nouveaux usages de nos visiteurs ».
Et Versailles n'est effectivement pas parvenu seul à ses fins. Fort de son prestige et de son dynamisme, l'établissement public a su mettre en place une savante politique de partenariats. En 2011, le musée de Versailles était le premier, en France, à ouvrir ses collections aux équipes du Google Art Institute afin de proposer des visites en ligne.
En outre, le site du château de Versailles permet aux visiteurs de poster leurs photographies souvenirs via le site Flickr. La galerie Flickr dédiée à cette initiative propose aujourd'hui près de 900 images diverses - amusantes ou artistiques - qui seront bientôt analysées par une sociologue afin de scruter les évolutions de mode de visite au cours du XXe siècle. Toujours en faisant appel au public, l'établissement public a su mettre en place une stratégie fructueuse avec Wikipédia afin de dynamiser son portail attitré. Cette initiative a promu une réelle émulation intellectuelle, qui a permis au château de Versailles de justifier d'un contenu fourni, quantitatif et qualitatif, accessible à tous. Mené en 2011, ce projet avait d'ailleurs vu un « wikimedien » effectuer une résidence de six mois au château, afin de coordonner le partenariat.
Jean-Jacques Aillagon, qui avait parfaitement conscience du potentiel de ces initiatives, déclarait :
C'est avec Orange que le château de Versailles a construit sa collaboration la plus approfondie. Partenariat qui s'est concrétisé avec la constitution du « VersaillesLab ». Ce dernier a catalysé le développement de maints projets, à l'instar de « Versailles en direct », qui permet à des scolaires de visiter le musée en ligne et en direct, avec les commentaires d'un médiateur ; Jardins de Versailles, l'innovante application - dotée de la géolocalisation et de la réalité augmentée -, qui rend les déambulations dans les jardins plus fructueuses, et même un robot qui permettait en 2007 aux abonnés Orange de visiter en ligne et de manière interactive les galeries du musée.
Certes, il est toujours difficile d'évaluer les résultats d'une politique numérique. Il est pourtant indéniable que le château de Versailles connaît depuis une dizaine d'années - depuis le lancement du GVN, en fait - un véritable regain d'intérêt.
En 2013, l'établissement public a encore connu une hausse de 3 % de sa fréquentation, pour atteindre 7,5 millions de visiteurs. Ils étaient 2,9 millions il y a dix ans. Cette croissance épouse celle de la fréquentation du site Internet. Ce dernier a connu en 2011 environ 5 millions de visites, contre seulement 3,2 millions en 2009. Et en 2013, les sites de Versailles - réseaux sociaux inclus - ont atteint le record de 11 millions de visiteurs.
Versailles, qui était sous l'Ancien Régime le rendez-vous des sciences et des arts, se remet ainsi en quête de ce passé prestigieux. Avec une certaine réussite pour le moment. Et l'avenir ?
Clément Thibault