S’il est encore tôt pour prédire les effets de l’intelligence artificielle sur l’emploi, une étude du Trésor table sur un scénario de « destruction créatrice ». La technologie devrait détruire des emplois mais aussi en créer et, surtout, transformer en profondeur le monde du travail.
L’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi nourrit les débats depuis que l’IA générative a débarqué dans nos quotidiens. Source de productivité pour certains, de destructions d’emplois pour d’autres… Elle devrait finalement entraîner à la fois l’une et l’autre de ces hypothèses, selon une étude de la direction générale du Trésor parue mardi.
« Les économistes s'accordent sur son potentiel à générer des gains de productivité dans le futur, écrivent les auteurs, mais la quantification précise de l'ampleur de ces gains au niveau agrégé reste incertaine ». Car de nombreux facteurs entrent en jeu : le rythme et l’ampleur de la diffusion de l’IA dans l'économie, la performance attendue des différents outils d’IA, le développement des infrastructures nécessaires à son déploiement et l’adaptation progressive des travailleurs et des entreprises…
Impossible, également, de mesurer les effets sur le nombre d’emplois en raison d’un manque de recul, puisque l’on est au tout début de la (r)évolution IA.
Gare cependant aux raccourcis : « L’absence d’effet agrégé de l’IA sur l’emploi ne signifie pas l'absence de destructions d'emplois localisées : depuis 2025, les annonces de suppressions de postes attribuées à l'IA se sont multipliées, aussi bien aux États-Unis qu'en France », rappellent les auteurs.
Reste que, selon l'OCDE, hormis aux États-Unis, les variations du nombre d'emplois vacants recensés dans les secteurs considérés comme les plus exposés à l'IA ne diffèrent pas de façon notable des autres secteurs. Du moins pour le moment.
« Destruction créatrice »
Pour l’heure, tous les scénarios sont encore envisageables, les pires comme les meilleurs. En regardant dans le rétro des précédentes vagues technologiques, les économistes du Trésor relèvent une tendance à la « destruction créatrice ».
Newsletter
Tech & IA
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité tech.
« Le développement d’internet dans les années 2000 ou l’électricité au 20ᵉ siècle ont transformé les emplois mais pas réduit le niveau d'emploi. Plus récemment, les projections de destructions massives d'emplois formulées au début des années 2010 sur l'automatisation ne se sont pas matérialisées », illustrent-ils.
Ce qui est en revanche indéniable, c’est la recomposition de l’emploi suscitée par les innovations technologiques passées, que l’IA devrait également entraîner. « Des besoins nouveaux émergent au fur et à mesure que les technologies libèrent des capacités de travail », soulignent les auteurs. Et de relever ce chiffre, issu d’une étude américaine : 60 % des travailleurs occupent aujourd'hui des métiers qui n’existaient pas en 1940.
Ne pas rater le train de l’IA
Cette transformation des métiers doit être accompagnée par les pouvoirs publics, selon les experts du Trésor. Notamment en matière de formation, « pour soutenir la reconversion des travailleurs dont l'emploi serait menacé par l'IA et pour favoriser la diffusion de l'IA dans l'ensemble de l'économie ».
Il en va de la compétitivité du pays : « Les acteurs qui adopteront l'IA plus tôt et plus intensivement dans des secteurs exposés à la concurrence internationale bénéficieront d'un avantage de compétitivité susceptible de se traduire, à terme, par des gains de parts de marché et des créations d'emplois supplémentaires. À l'inverse, les pays dans lesquels l'adoption de l'IA par les entreprises resterait limitée s'exposeraient à un décrochage de compétitivité », préviennent-ils.
La France est, pour le moment, dans les clous. 18 % des entreprises tricolores ont adopté l’IA, contre 20 % en moyenne dans l’Union européenne, d’après les données de l’OCDE. Mais attention à ne pas se faire distancer : certains pays ont déjà plus d’un tiers de leurs entreprises qui l’utilisent régulièrement – Danemark, Finlande et Suède forment le trio de tête.
La progression de l’adoption de l’IA par les entreprises a toutefois été plus rapide en France (+8 points de pourcentage) que dans la moyenne européenne (+6), ce qui suggère un rattrapage en cours.