Il y a un vent de folie qui souffle autour de l'intelligence artificielle. Un vent de folie d'autant plus inquiétant qu'on aborde systématiquement le sujet de la mauvaise manière. Disons-nous les choses franchement : personne n'y comprend rien, tout le monde en a un peu peur, mais personne ne veut rater le coche. Une partie d'entre nous se dit « il faut en être », tandis qu'une autre l'envisage comme une nouvelle course à l'armement. Celui qui dominera l'IA dominera le monde, prédit Vladimir Poutine. C'est à la fois vrai et extrêmement déprimant. Et pas seulement parce que c'est Poutine qui l'a dit. Enfin, un peu quand même. Si l'intelligence artificielle fascine autant les régimes autoritaires que les multinationales californiennes, c'est parce qu'elle annule le politique. Dans les démocraties, en théorie tout au moins, le peuple est censé l'emporter sur la technocratie, et l'efficacité s'accorder avec les valeurs et le sens. Pourquoi ? Parce que l'avenir est un chemin collectif, pas un algorithme. Parce que s'il est facile de prévoir techniquement ce qui serait mieux pour tous, il est beaucoup plus difficile de donner du sens. Dans son livre L'Archipel français, Jérôme Fourquet explique que les sociétés se structurent sur des antagonismes. Tandis que l'intelligence artificielle les effacerait tout en absorbant la complexité.
Il n'est pas étonnant que les champions de l'IA soient des dictatures ou ces nouveaux « États barbares » que forment les multinationales du numérique portées par des idéaux transhumanistes. Le politique est devenu aussi agaçant que décevant. Aujourd'hui, il ne sait même plus se défendre, tant il s'est éloigné de son peuple. Pourtant, tout devrait partir de la libre détermination des peuples. Dans cette crise globale de confiance, on a bizarrement oublié le Japon. Troisième puissance économique mondiale, cependant paralysée par la crise des années 1990. Le Japon qui nous a illuminés un temps, mais qui perd 10% de sa population tous les vingt ans. Le Japon qui a raté la folie d'Internet, mais qui n'a pourtant jamais cessé d'être un pays moderne, stable, et valeureux. Quoique quelque peu morbide.