Fibre : SFR poursuit son lobbying anti-Orange

Profitant de la volonté du régulateur d’aider les concurrents d’Orange à investir plus dans la fibre, l’opérateur au carré rouge a affirmé, ce lundi, qu’il souhaitait bien en faire davantage. Il appelle ainsi à un partage « plus égalitaire » de la couverture des villes moyennes et des périphéries des grandes villes vis-à-vis de l’opérateur historique.
Pierre Manière

3 mn

Michel Paulin, le directeur général de SFR.
Michel Paulin, le directeur général de SFR. (Crédits : Reuters)

Il faut, dit-on, battre le fer quand il est chaud. Alors qu'Orange est aujourd'hui sous pression depuis que l'Arcep, le gendarme des télécoms, souhaite le réguler davantage dans la fibre optique pour permettre à la concurrence d'accélérer les investissements, SFR compte bien profiter de la situation. Ce lundi, lors d'une conférence de presse organisée à Paris, Michel Paulin, le directeur général de l'opérateur au carré rouge, n'a rien dévoilé de nouveau. En revanche, il a remis une couche de lobbying anti-Orange en vue d'obtenir, à terme, une plus grosse part du gâteau des réseaux en fibre optique de l'Hexagone.

Ce qui préoccupe SFR, c'est la couverture des zones dites « moyennement denses ». Elles concernent 12 millions de foyers, vivant dans les villes moyennes ou en périphérie des grandes agglomérations. En 2011, Orange et SFR se sont engagés à les couvrir en fibre optique d'ici à 2020, à hauteur de 80% pour l'ex-France Télécom contre 20% pour l'opérateur au carré rouge. Mais quand Patrick Drahi rafle SFR, en 2014, ce partage le fait sortir de ses gonds. En juin dernier, lors d'une audition par la Commission des affaires économiques du Sénat, le magnat des télécoms s'emporte :

« En rachetant SFR, j'ai trouvé une situation où Orange avait 80% de [cette] zone. [...] j'ai demandé un partage égal. [...] Je veux investir plus. Cela dit, je suis prêt à faire des doublons, car je ne souhaite pas être locataire du réseau des autres. A moins que vous ne souhaitiez reconstituer un monopole en faveur d'Orange... »

« L'équilibre parfait serait un 50-50 »

Concrètement, comme Michel Paulin l'a souhaité lundi, « l'équilibre parfait serait un 50-50 » puisqu'« actuellement », selon lui, il y a « un déséquilibre trop fort ». Pour justifier une révision de l'accord de partage avec Orange, il a même affirmé que si rien n'était fait, l'objectif d'une couverture de ces foyers en 2020 « ne serait pas atteint », arguant qu'à ce jour, seules 2,5 millions d'habitations ont été raccordées. De quoi susciter l'émoi des pouvoirs publics, soucieux de montrer qu'ils font tout pour apporter un Internet rapide à leurs administrés...

Pour SFR, le moment est idéal pour remettre ce dossier, véritable pomme de discorde avec Orange, sur la table. Au début du mois, Sébastien Soriano, le patron de l'Arcep, a en effet indiqué qu'il songeait à rééquilibrer cet accord de partage. Au grand dam de l'opérateur historique qui estime, au contraire, qu'on ne peut pas comme cela décider de le jeter aux orties. Cela affecterait, dixit Stéphane Richard, son PDG, « le modèle économique sur lequel Orange a calculé la rentabilité de ses investissements ». En d'autres termes, même si SFR affiche une politique d'investissements plus volontariste depuis son rachat par Patrick Drahi, ce n'est pas son problème !

« Investissements »

Dans ce contexte tendu, Michel Paulin fait donc son possible pour présenter son groupe comme une locomotive indispensable pour couvrir la France en très haut débit. Pendant sa conférence de presse, il a ainsi indiqué qu'en 2016, le niveau de déploiement concernant les réseaux mobile (4G) et en fibre a été « exceptionnel ». Avant de louer, sans ménager ses efforts, ses sacro-saints « investissements » :

« Le groupe SFR investit aujourd'hui plus de 2 milliards d'euros par an dans ses infrastructures. Et il a aujourd'hui la capacité de continuer à investir massivement [...]. Et clairement, l'investissement est au cœur de la stratégie du groupe Altice [sa maison-mère, Ndlr] et du groupe SFR. »

Le message a, sans nul doute, été bien entendu.

Pierre Manière

3 mn

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Commentaires 4
à écrit le 28/01/2017 à 9:08
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Pareil pour ma commune de Bussy-Saint-Georges. SFR a signé en 2015 un accord pour poser de la fibre mais suite au rachat par Numericable tout a été arrété par ce dernier au profit de son réseau cablé partiellement existant. Du coup cette année c'est ...

à écrit le 25/01/2017 à 13:21
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Corbas (Métropole Lyon) devait être fibré par SFR avant 2016. N'ayant rien fait, Orange est en train de fibrer et le fait réellement. SFR promet du vent ...

le 30/01/2017 à 11:23
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Bonjour, Quand vous dites "SFR promet du vent" : vous parlez de qui? D'un conseiller téléphonique qui ne dispose pas de ces informations? ou bien l'avez-vous vu écrit quelque part? Comme cela vous est très bien expliqué dans cet article, la plupa...

le 30/01/2017 à 13:08
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SFR avait fait de la pub sur les arrêts de bus et a fait une com avec le protocole d'accord signé avec les mairies concernée par cet accord. Ils ne l'ont pas respecté, je réitère mon propos, du vent.

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