HiMedia : des résultats meilleurs que prévu suffiront-ils pour éviter le putsch ?

La régie publicitaire HiMedia, dirigée par Cyril Zimmermann, a annoncé des résultats du premier trimestre qui marquent une amélioration de la situation financière de l’entreprise, malgré une chute du chiffre d’affaires de 13% sur un an. Les partisans de l’actionnaire activiste Benjamin Jayet y voient au contraire une « énième manipulation », à l’aide de chiffres non-audités, pour tenter d’influencer le vote des actionnaires indécis en vue de l’Assemblée générale du 3 mai, où Cyril Zimmermann pourrait être éjecté.
Sylvain Rolland
Cyril Zimmermann, le PDG de HiMedia, a présenté des résultats trimestriels qui valident son pivotement stratégique. Mais ses méthodes de gestion son contestées.
Cyril Zimmermann, le PDG de HiMedia, a présenté des résultats trimestriels qui valident son pivotement stratégique. Mais ses méthodes de gestion son contestées. (Crédits : D.R)

La tension monte d'un cran dans la crise que traverse actuellement la régie publicitaire HiMedia. Dans cinq jours, Cyril Zimmermann, le président et fondateur de l'entreprise, pourrait être éjecté de son poste, avec deux autres membres du conseil d'administration. L'entrepreneur et ses associés font l'objet de plusieurs résolutions soumises au vote des actionnaires, déposées par le fonds activiste BJ Invest, qui est passé de 7% à 16,48% du capital ces derniers mois.

A la tête de la fronde, Benjamin Jayet, dirigeant de BJ Invest et de la société de micro-paiement Gibmedia, accuse Cyril Zimmermann d'être responsable des difficultés de HiMedia, qui a connu deux années très difficiles, avec une perte nette de 40,3 millions d'euros en 2015. Il lui reproche en outre son déménagement à San Francisco en ces temps difficiles, ainsi que des pratiques "inacceptables", comme l'octroi de plusieurs rémunérations, dont une prime de 510.000 euros lors de la scission de la société-sœur HiPay, en juillet dernier, alors que les comptes de la société étaient toujours dans le rouge.

Ebitda à l'équilibre au premier trimestre

Dans ce contexte, les résultats du premier trimestre 2016 étaient attendus de pied ferme par les actionnaires appelés à se prononcer le 3 mai.

Présentés aux employés parisiens d'HiMedia mercredi 27 avril en fin de journée, ces résultats marquent effectivement une évolution positive. Malgré un chiffre d'affaires de seulement 13,3 millions d'euros, en chute de 13% sur un an, la marge brute s'établit à 6,4 millions d'euros (+69%). De son côté, l'Ebitda, qui accusait une perte d'un million d'euros fin 2015, serait revenu à l'équilibre (0).

Interrogé par La Tribune, Cyril Zimmermann s'estime "satisfait". L'entrepreneur voit dans ces chiffres "la confirmation du redressement rapide de l'entreprise après la réorganisation profonde de l'an dernier, alors que le premier trimestre est traditionnellement le plus faible de l'année". Le retour à l'équilibre de l'Ebitda lui permet en outre d'affirmer que la promesse de finir l'année 2016 avec un "Ebitda positif" sera tenue.

Pivotement du modèle économique

Pour la première fois, les résultats distinguent le chiffre d'affaire des activités de régie traditionnelle  (7,7 millions d'euros, -37% sur un an) et celui des activités dites "de croissance", c'est-à-dire la publicité locale, native et les activités en Amérique du Nord (5,6 millions d'euros, +74% sur un an).

Une manière de souligner que la nouvelle stratégie d'HiMedia porte ses fruits. Celle-ci, mise en œuvre depuis juin dernier, consiste à réduire progressivement la part des activités traditionnelles pour basculer vers des secteurs de niche qui dégagent davantage de marge, et où la valeur ajoutée est d'ordre technologique. "Devenir plus petits mais plus rentables", résume Cyril Zimmermann.

De fait, la chute de 13% du chiffre d'affaires sur un an s'expliquerait par ce pivotement du modèle économique. "La baisse dans les activités traditionnelle n'est pas subie mais volontaire. Ces activités généraient beaucoup de chiffre d'affaire mais aussi beaucoup de pertes à cause des minimum garantis. En revanche, les activités de croissance, qui pèsent désormais 42% de l'entreprise, génèrent certes moins de chiffre d'affaires, mais davantage de marges", ajoute-t-il.

"Qu'est-ce que c'est que ces méthodes ?"

Sans surprise, la lecture du camp Jayet est sensiblement différente.

"Qu'est-ce que c'est que ces méthodes ? s'étrangle un actionnaire pro-Jayet sous couvert de l'anonymat. Depuis quand présente-t-on des résultats non certifiés? Pourquoi communiquer subitement sur l'Ebitda dans des résultats trimestriels, ce qu'HiMedia n'avait jamais fait jusqu'à présent? Et que vient faire HiMedia Sweden dans les activités de croissance alors qu'il s'agit d'activités de régie classique? Encore une fois, Zimmermann fait un tour de magie en espérant duper les petits actionnaires, mais ces chiffres flous ne veulent pas dire grand-chose"

En des termes plus policés, Loïc Jauson, le directeur général de BJ Invest, "s'interroge" sur "l'authenticité et la validité de ces chiffres qui tombent à point nommé" [juste avant l'Assemblée générale du 3 mai, NDLR]. Le fonds activiste a déposé une série de questions à l'adresse de Cyril Zimmermann, pour "éclaircir" certains points, notamment les raisons du retour à l'équilibre de l'Ebitda, et pourquoi la trésorerie a diminué, passant de 7,4 millions d'euros fin 2015 à 5,8 millions aujourd'hui. "Ces résultats posent beaucoup de question et n'apportent que peu de réponses", résume Loïc Jauson.

A la chasse aux actionnaires indécis

A l'approche de l'AG, la panique s'est installée dans les deux camps, qui se livrent une guerre sans merci pour convaincre les actionnaires de voter en leur faveur. Pour l'heure, le flou règne, car l'actionnariat d'HiMedia est extrêmement éclaté. Benjamin Jayet, avec son fonds BJ Invest, est le premier d'entre eux, avec 16,48% du capital et 15,68% des droits de vote. Suivent le fonds allemand United Internet (10,46% du capital), puis le fonds Eximium (8.69%) et Cyril Zimmermann à titre personnel (5,58%). Les dirigeants (Cyril Zimmermann, Dominique Bézier et Gabriel Montessus) détiennent également 4,95%. Le reste se répartit entre une multitude de petits investisseurs.

Pour l'heure, le camp Zimmermann peut compter sur le fonds United Internet et "fait chauffer le téléphone auprès des petits actionnaires", sourit l'un d'entre eux, récemment démarché, qui compte par ailleurs soutenir le patron. Le conseil d'administration soutient lui aussi le capitaine actuel du navire, et a déjà prévenu que chacun de ses membres démissionnerait en cas de succès du putsch de Benjamin Jayet, accusé de "chercher à renverser la gouvernance dans le seul but de prendre le contrôle de la société, et de façon indirecte de HiPay Group, sans en payer le prix ni faire d'offre publique".

De son côté, Benjamin Jayet s'appuie notamment le fonds Eximium, qui vient de prendre officiellement position, et sur le cabinet de conseil aux actionnaires Gouvernance en action, qui regroupe "une trentaine d'investisseurs mécontents, dont une partie nous ont délégué leur pouvoir pour l'AG", affirme à La Tribune Fabrice Rémon, son fondateur.

L'AG du 3 mai, un référendum pro ou anti Zimmermann

Jusqu'à peu, le camp Jayet mettait surtout l'accent sur les résultats catastrophiques de 2015, le supposé manque de vision stratégique de Cyril Zimmermann pour redresser l'entreprise, et sur la fonte de la valorisation de HiMedia en Bourse, qui a diminué de moitié en un an et qui provoque la colère des actionnaires.

Depuis les résultats, les attaques portent surtout sur les méthodes de gestion de Cyril Zimmermann. "Je ne nie pas ses qualités professionnelles et sa compétence, mais il est intolérable qu'en tant que dirigeant, il saisisse la moindre rentrée de cash pour se verser des rémunérations indécentes en regard des pertes de la société", explique Michel Baulé, le président du conseil de surveillance du fonds Eximium, au capital d'HiMedia depuis 2008. "Quand on est aussi fragile sur le plan capitalistique, on se doit d'être irréprochable", ajoute-t-il, en référence aux éléments de rémunération polémiques et à la cession du site Démotivateur par HiMedia à Cyril Zimmermann, au même prix que le montant d'achat.

Qu'en pensent les petits actionnaires, qui détiennent les clés du vote ? La Tribune a pu en contacter certains.

"Le problème, c'est que Zimmermann n'inspire plus confiance, résume l'un d'entre eux, toujours indécis. D'un côté, il est tentant de rester avec le loup qu'on connaît plutôt que de se jeter dans la gueule d'un autre loup qu'on ne connaît pas et qui pourrait avoir un double agenda. Zimmermann connaît bien le business, sa stratégie de redressement est la bonne et pourrait marcher. D'un autre côté, ceux qui sont là depuis au moins un an ont perdu beaucoup d'argent et il est difficile de passer outre le sentiment de s'être fait avoir, surtout quand on voit comment la boîte est gérée".

Rester avec le fondateur d'HiMedia, qui connaît son métier mais a perdu la confiance de certains, ou bien renverser la table et miser sur une nouvelle direction, quitte à tout perdre : tel est le dilemme.

De fait, l'AG du 3 mai prend de plus en plus la forme d'un référendum pro ou anti-Zimmermann. "Je suis confiant car j'ai fondé cette entreprise, j'y suis extrêmement attaché et je fais tout pour la remettre sur de bons rails, les résultats du premier trimestre le prouvent", explique Cyril Zimmermann. "Il a peut-être une bonne stratégie, mais il n'est plus la bonne personne pour mener ce redressement", répondait Benjamin Jayet la semaine dernière. Verdict le 3 mai.

Sylvain Rolland

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