Les revenus des géants Amazon, Microsoft ou encore Google en Europe sont l'un de leurs secrets les mieux gardés. Et pour cause : « tout le monde sait qu'ils sont colossaux, mais l'absence totale de données sur les dépenses des entreprises européennes en produits et services numériques américains, empêche de vraiment réaliser l'ampleur de nos dépendances technologiques, et donc d'agir pour les réduire », dénonce Henri d'Agrain, le délégué général du Cigref, auprès de La Tribune.
Pour ouvrir les yeux des dirigeants politiques et économiques, le dirigeant de l'association, qui fédère les grandes entreprises et administrations françaises, s'est associé au cabinet d'études économiques Asterès. Pour la première fois, leur étude publiée fin avril, fruit de neuf mois de travail, donne une estimation chiffrée du coût faramineux de cette dépendance.
Ainsi, les entreprises du Vieux Continent achètent pour, au minimum, 264 milliards d'euros par an de services cloud et de logiciels américains, ce qui représente près de 80 % de leurs dépenses. Soit « environ 1,5 % du PIB de l'UE, et 1,5 fois le budget européen », précise l'étude. Cette activité en Europe est par ailleurs une mine d'or pour l'économie américaine : elle génère 1,9 million d'emplois directs et indirects outre-Atlantique.
Par ricochet, le monopole américain dans le cloud et sa domination dans le secteur des logiciels présente des effets pervers pour les entreprises européennes. Le premier d'entre eux est la hausse continue des prix, du fait de l'enfermement des entreprises dans les écosystèmes des géants américains. D'après les données récoltées par l'étude et les entretiens réalisés par Asterès auprès de directions informatiques de grands groupes européens, le prix des services de « cloud-logiciel » américains augmente d'environ 10 % par an en moyenne.