Bruxelles vise TikTok : des comptes privés trop exposés et un design jugé addictif pour les mineurs
latribune.fr

Le centre de transparence de TikTok, à Dublin.
Marine Protais
latribune.fr

Le centre de transparence de TikTok, à Dublin.
Marine Protais
Bruxelles a accusé vendredi le réseau social TikTok de manquer à ses obligations en matière de protection des mineurs, en créant des risques de cyberharcèlement et d’exposition à d’éventuels prédateurs. La Commission européenne estime en effet que les réglages des comptes adolescents ne garantissent pas le niveau élevé de confidentialité et de sécurité exigé par le règlement sur les services numériques (DSA), ce qui pourrait valoir au groupe ByteDance une amende allant jusqu’à 6 % de son chiffre d’affaires mondial.
La plateforme, plébiscitée pour ses vidéos ultracourtes et addictives, a mis en place des paramètres spécifiques pour les 13‑17 ans. Par défaut, leurs comptes sont configurés en mode privé, présenté comme le statut « le plus protecteur », avec des fonctionnalités plus complètes seulement à partir de 16 ans. Mais Bruxelles souligne que les mineurs peuvent à tout moment basculer en mode public, permettant alors à n’importe qui de voir leurs publications, et que même en privé, les fonctions de suivi et les listes de « followers » offrent encore une visibilité sur les photos de profil et sur des comptes censés rester protégés.
La Commission considère que ces situations entretiennent des risques de cyberharcèlement et exposent les adolescents à des contacts non sollicités, y compris de la part de personnes malintentionnées. Elle conclut, à ce stade, que les réglages des comptes TikTok « exposent trop largement les comptes et les contenus des utilisateurs mineurs » et ne remplissent donc pas les exigences du DSA pour les plateformes accessibles aux enfants.
TikTok oppose une défense offensive. « Les comptes pour adolescents sur TikTok disposent de plus de 50 mesures de confidentialité et de sécurité configurées par défaut, conformément à des avis d’experts, dès leur création », a réagi un porte‑parole, en rappelant que l’application est « l’une des seules à interdire certaines fonctionnalités aux plus jeunes, comme les messages directs ». « Nous partageons l’objectif de protéger les mineurs en ligne, et nous sommes déterminés à poursuivre notre solide processus d’améliorations continues », ajoute l’entreprise, qui assure qu’elle continuera de travailler de manière « constructive » avec la Commission.
Au‑delà des paramètres individuels, Bruxelles vise l’architecture globale du service. Depuis l’entrée en vigueur du DSA, les très grandes plateformes ont l’obligation de réduire les risques systémiques liés à leur fonctionnement et de garantir un haut niveau de protection de la vie privée, de la sûreté et de la sécurité des enfants. Un compte peut être formellement privé et rester trop poreux dans les usages : c’est cette exposition effective que le régulateur européen veut mesurer.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité tech.

La procédure formelle ouverte contre TikTok depuis février 2024 ne porte d’ailleurs pas seulement sur la confidentialité. En début d’année, la Commission a déjà préliminairement jugé que la conception « addictive » de l’application enfreint le DSA, en visant le défilement illimité (« scrolling »), la lecture automatique des vidéos et les notifications « push ». Ces mécanismes sont accusés de pouvoir nuire au bien‑être physique et mental des utilisateurs, notamment des mineurs, en les incitant à consulter leurs téléphones de manière compulsive, y compris la nuit.
Bruxelles appelle désormais TikTok à modifier ses paramètres de comptes pour se conformer à ses obligations. Si elle n’est pas satisfaite des engagements pris, la Commission pourra constater une infraction caractérisée et infliger une sanction financière lourde.
(Avec AFP)
latribune.fr