Intelligence artificielle, la mauvaise réputation ?
Lysiane J. Baudu
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Elle a fait ses premiers pas dans les années 1950. Et aujourd'hui, que l'on s'en rende compte ou non, l'intelligence artificielle (IA) fait partie de notre vie de tous les jours. Elle s'appuie sur des programmes informatiques complexes, fondés sur des technologies telles que l'apprentissage automatique (machine learning), à base d'algorithmes et de modèles statistiques et l'apprentissage profond (deep learning), une méthode, très utilisée actuellement, qui vise à modéliser des données avec un haut niveau d'abstraction. Parmi les champs d'application, le traitement du langage naturel, le traitement d'images mais aussi le raisonnement et la décision. Autant d'outils capables de simuler des traits de l'intelligence humaine et d'effectuer des tâches qui requièrent normalement cette intelligence. Ces technologies se retrouvent aussi bien dans les applis utilisées pour trouver son chemin ou éviter les embouteillages, les logiciels de recherche d'informations ou de correction d'orthographe et de grammaire, les chatbots qui répondent à des questions dans un service après-vente, les appareils qui obéissent au son de la voix, reconnaissent votre visage ou vos empreintes pour vous laisser entrer quelque part, les outils qui aident les médecins à détecter des maladies... Finalement, l'IA changerait-elle nos vies ?
En fait, elle « nous facilite la vie, répond Raja Chatila, professeur émérite à Sorbonne-Université. Dès que nous utilisons Internet, il y a de l'IA derrière, qui permet, dans nos recherches, par exemple, de trouver des réponses instantanées et personnalisées ». En d'autres termes, l'IA sert à optimiser. C'est vrai dans la vie de tous les jours comme au travail, pour les comptables qui peuvent réconcilier plus facilement des données et les analyser ou les spécialistes en ressources humaines, qui sélectionnent plus rapidement des CV... Les pilotes d'avion, qui établissaient déjà leur route en fonction d'informations tel qu'un orage imminent sur l'Atlantique, pourraient « mouliner » des données beaucoup plus nombreuses et plus fines qu'un simple bulletin météo, afin de déterminer la meilleure trajectoire possible, la plus sûre ou la moins gourmande en kérosène.
L'IA optimise mais elle peut également prédire. Les coronavirus détectés chez les animaux qui sont le plus susceptibles d'être transmis aux humains, par exemple, ou l'évolution du niveau d'une crue dans des zones rapidement inondables. Alors que la pandémie de Covid-19 a traumatisé les citoyens et que les évènements extrêmes risquent d'être plus fréquents avec le dérèglement climatique, ces solutions sont autant d'atouts pour préserver les populations. De même, en médecine, un secteur qui pâtit d'un manque de moyens humains et matériels, l'IA permet aux professionnels de disposer d'immenses bases de données qui établissent des corrélations entre le bagage génétique, le mode de vie d'un patient et certaines maladies. L'IA aide aussi radiologues et médecins à analyser des clichés, pour débusquer des cellules cancéreuses, par exemple, qui ne se voient pas à l'œil nu, leur offrant la possibilité d'établir un diagnostic plus rapide et plus sûr. Et l'IA est également utilisée pour développer de nouveaux médicaments, en croisant des données concernant des milliers de substances actives afin de déterminer le meilleur assemblage possible pour qu'un produit soit efficace. C'est vrai pour les cancers, de plus en plus nombreux, mais aussi, notamment, pour les antibiotiques, dont la surconsommation actuelle entraîne une dangereuse résistance aux bactéries, pour les humains comme pour les animaux. Enfin, comme dans le tertiaire, dans l'industrie, les robots à base d'IA permettent d'éviter aux humains de porter des charges lourdes et les délivrent de tâches pénibles ou répétitives. « De quoi permettre aux salariés de se concentrer sur des activités qui exigent de l'intelligence humaine », souligne Sébastien Konieczny, chercheur au Centre de recherche en informatique de Lens. De quoi, aussi, donner la possibilité à des seniors de se maintenir en poste...
Lysiane J. Baudu
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