Olafur Eliasson : l'artiste qui donne à tous accès à la lumière

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Olafur Eliasson et Frederik Ottesen présentent un exemplaire de leur lampe Little Sun, premier objet d'art à produire de l'énergie propre selon eux
Olafur Eliasson et Frederik Ottesen présentent un exemplaire de leur lampe Little Sun, "premier objet d'art à produire de l'énergie propre" selon eux (Crédits : Little Sun)
À l'occasion du lancement de son exposition "Contact" à la Fondation Louis Vuitton ce mercredi, La Tribune revient sur le parcours de l'artiste danois qui a conçu une lampe solaire LED, un objet d'art qui illumine déjà 93.000 foyers dans des zones coupées du réseau électrique mondial.

Artiste star de la deuxième phase du programme d'inauguration de la Fondation Louis Vuitton pour l'art contemporain avec son exposition Contact, Olafur Eliasson a plus d'un tour dans sa poche. À travers un projet artistique et innovant sur le plan technologique, il affiche son ambition de procurer de la lumière fonctionnant "à l'énergie propre" à des populations qui n'ont pas accès à l'électricité, tout en stimulant fortement l'économie locale.

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Un artiste de l'espace et des ombres

Né à Copenhague de parents islandais, aujourd'hui âgé de 47 ans, Olafur Eliasson expose partout dans le monde depuis 1997. The Weather au Tate Modern à Londres, Green River et The New York City Waterfalls (gigantesque chute d'eau respectueuse de l'environnement installée sur le littoral de Manhattan et Brooklyn durant l'été 2008) comptent parmi ses expositions et projets d'art public ayant eu le plus grand retentissement. Pour réaliser ses œuvres, pour beaucoup d'entre elles monumentales, l'artiste emploie un effectif considérable de près de 100 personnes au sein de son gigantesque atelier berlinois, installé dans une ancienne brasserie.

Avec la volonté perpétuelle d'intégrer l'art à l'espace sous toutes ses formes, l'exposition Contact, qui ouvre ses portes ce mercredi 17 décembre à la Fondation Louis Vuitton à Paris, ne déroge pas à la règle. Composée de nombreux dispositifs optiques créant illusion sur illusion, elle aspire à être une "oeuvre d'art totale" selon les propres mots de l'artiste. Elle fait ainsi écho à Inside The Horizon, l'oeuvre d'extérieur composée de miroirs et de panneaux de lumière orange, réalisée de manière permanente pour le bâtiment de la Fondation située en plein cœur du Bois de Boulogne.

Little Sun : de la lumière au service de l'art à l'art au service de la lumière

En 2012, Olafur Eliasson fonde Little Sun avec l'ingénieur Frederik Ottesen. Cet acronyme désigne d'abord un objet, une petite lampe solaire à LED de haute qualité en forme de fleur, le "premier objet d'art qui produit de l'énergie propre" selon l'artiste danois qui l'a designée. Vendue 22 euros en ligne, mais aussi en édition limitée spéciale signée par l'artiste, elle est décrite par le site internet de Little Sun comme l'"unique combinaison d'un magnifique design et d'un travail d'ingénieur de qualité exceptionnelle". Nominée au Designs of the Year Award en 2013, elle explore pleinement les potentialités de la LED et de l'énergie solaire.

En effet, grâce à une cellule photovoltaïque produite par Sun Power - qui alimente également Solar Impulse, le premier prototype d'avion solaire à voler 26 heures consécutives uniquement à l'énergie solaire - ses 3 batteries peuvent produire dix heures d'éclairage doux ou quatre heures d'éclairage fort avec une exposition de cinq heures au soleil. Cette denrée est loin d'être rare dans des pays d'Afrique où le réseau électrique est souvent très insuffisant. Ce n'est pas un hasard si Little Sun est implantée dans neuf pays africains : Zimbabwe, Ouganda, Kenya, Burundi, Sénégal, Éthiopie, Nigéria, Ghana et Afrique du Sud.

  >> Lire aussi : Le Prix Nobel de physique attribué aux inventeurs de la diode électro-luminescente (LED)

Un business d'entrepreneuriat social international

Little Sun est également un business d'envergure mondiale visant à fournir de la lumière de façon abordable aux communautés qui n'ont pas accès à l'électricité. Le projet dispose d'une dimension sociale forte, qui se manifeste par les autres buts poursuivis par l'entreprise : créer des emplois en entraînant de jeunes entrepreneurs locaux à devenir des vendeurs efficaces et générer des profits dans les régions "off-grid" (hors réseau électrique).

Avec une approche différente des fondations, Little Sun insiste davantage sur une vision à long-terme. "Little Sun n'est pas une association charitative. Nous nous focalisons sur la construction de business locaux qui distribuent Little Sun." Le modèle a de quoi faire rêver par sa dimension durable et respectueuse des populations locales. Les résultats semblent être au rendez-vous avec déjà 200.000 lampes Little Sun vendues en deux ans, dont plus de 93.000 dans les zones déconnectées du réseau électrique mondial, 200 entrepreneurs africains mobilisés ... et plus de 2,2 millions de dollars de dépenses d'énergie économisées pour les foyers des zones où le réseau électrique est inaccessible.

Créer davantage de lien : de l'art à la réalité

Ce projet social est aussi écologique, le site internet de Little Sun indiquant une réduction de plus de 6.300 tonnes d'émissions de CO2 grâce au projet. Il observe un retentissement particulier dans l'oeuvre d'Olafur Eliasson. S'adressant à Laurence Bossé et Hans Ulrich Obrist, commissaires de l'exposition Contact à la Fondation Louis Vuitton, il déclarait :

"L'exposition porte sur l'interdépendance entre toutes choses. Penser chaque chose comme étant connectée à tout le reste nous offre la possibilité de reconsidérer le système dans lequel nous vivons [...] Par exemple, la lutte contre le dérèglement climatique est fortement altérée par notre incapacité à nous sentir connectés à une chose aussi vaste et globale que le climat. Les idées de connexion et d'interdépendance sont des outils pour transformer les idées en réalisation."

Avec Little Sun, Olafur Eliasson voit l'occasion rêvée de conjuguer deux de ses préoccupations artistiques majeures dans un projet matériel : la lumière et le "mesh" (réseau). Reconnecter les zones du monde "hors réseau" pour lutter contre le dérèglement climatique, tout cela dans une démarche durable et sociale est un pari. Un pari à tenir sur le long-terme.

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Pour en savoir plus sur Olafur Eliasson, ci-dessous, la vidéo de sa conférence TED intitulée "Jouer avec l'espace et la lumière" (2009), sous-titrée en français et transcrite par Charlène Barré, révision Ruby Veerapen.

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Commentaires
a écrit le 09/10/2015 à 12:55 :
je veux participer à la vente des lampes little sun en qualité de distributeur basé à Dakar Sénégal Merci de me repondre
a écrit le 17/12/2014 à 16:27 :
artiste???? homme d'affaires ou industriel oui mais pas artiste! écolo? foutage de gueule pour quelqu'un qui abuse du plastique, du verre et du métal pour flatter son ego et celui d'architectes de renom!! Une fleur un peu stylisée et on appelle cela du design génial: on est tombé bien bas!!!!!! l'art s'est acoquiné avec la finance au point de se perdre!! c'est à vomir!!
a écrit le 17/12/2014 à 12:17 :
Bonne idée mais je crains que ce ne soit le genre de lampe qu'on retrouvera bientôt dans les pages design de "Mon Jardin Ma Maison" à 150 euros

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