Charles-Edouard Vincent voit des "Lulus" partout
Patrick Cappelli
Patrick Cappelli
Polytechnicien, ingénieur Ponts et Chaussées, titulaire d'un Master of Sciences de l'université Stanford (Californie) : Charles-Édouard Vincent cumule les diplômes prestigieux. Passionné de technologie, lors de son séjour dans la Silicon Valley en 1995, il découvre Netscape qui l'embauche illico. Le voilà chargé du lancement en Europe du premier navigateur commercial Internet. Trois ans plus tard, il est débauché par le créateur de Kiva Software, un serveur d'applications, puis se retrouve au chômage en 2000 après l'explosion de la bulle Internet. Il en profite pour partir un an à l'aventure avec sa femme :
De retour en France en 2002, il est recruté par l'éditeur de progiciels SAP pour gérer à l'international des grands comptes comme L'Oréal, LVMH ou Sanofi. À 33 ans, l'étape suivante, c'est un poste d'encadrement des commerciaux. Or, CharlesÉdouard Vincent n'est pas très attiré par le management :
En pleine réflexion sur son avenir professionnel et personnel, il rencontre alors Martin Hirsch, président d'Emmaüs France. Un poste de chef de projet est en cours de création. Aussitôt, Charlie - comme ses collègues le surnomment - postule : « Je suis allé voir mon boss chez SAP pour lui annoncer que je prenais une année sabbatique. Je pensais qu'il allait me dire "reviens sur terre". En fait, sa réaction a été : "Charlie, tu as bien raison" » raconte-t-il, ému.
Pendant deux ans, il découvre le mouvement Emmaüs mais fin 2006, son envie de terrain reprend le dessus. Il crée Emmaüs Défi, une structure qui propose du travail aux sans domicile fixe, avant même de leur trouver un logement. Emmaüs Défi emploie aujourd'hui 200 salariés, dont 150 anciens SDF et 50 salariés en insertion.
En 2014, persuadé que la société doit faire une place « juste et digne » à ces personnes aux parcours de vie accidentés, CharlesÉdouard Vincent imagine « réinventer les petits boulots » grâce au numérique. Le Comptoir des Services est lancé fin 2014, avec le soutien d'Anne Hidalgo, qui a fait de la lutte contre l'exclusion la grande cause de sa mandature.
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Charles-Édouard Vincent sollicite des partenaires (Boston Consulting Group, Accenture) pour leur vendre son projet devenu entre-temps Lulu dans ma rue, un nom « humanisé et plus chaleureux ». Soit une plateforme numérique qui met en relation habitants d'un quartier et prestataires qui leur rendent des petits services : bouger un canapé, changer une ampoule, sortir le chien, etc. Une conciergerie d'un nouveau genre, matérialisée par un kiosque où un concierge accueille les habitants à la recherche d'un coup de main.
Les tarifs sont bas : de 5 euros à 20 euros les 30 minutes, dont la moitié est déductible des impôts, car Lulu dans ma rue entre dans le cadre de la loi Hamon sur l'économie sociale et solidaire.
Aujourd'hui, Lulu dans ma rue, c'est deux kiosques à Paris (IVe et XVIIe arrondissements), 25 salariés, 130 Lulus microentrepreneurs qui gagnent en moyenne entre 600 et 700 euros par mois (et 15 % plus de 1 000 euros), un chiffre d'affaires de 60.000 euros et « 98 % des clients très satisfaits ».
D'autres kiosques (offerts par JC Decaux) vont bientôt ouvrir dans les 14e, 15e, 18e et 20e arrondissements. En avril la « Lulu mobile », une camionnette Citroën type H customisée, va s'arrêter sur les marchés de la capitale. Plus de 200 villes de France et de pays étrangers ont déjà réclamé leurs propres Lulus. Mais CharlesÉdouard Vincent refuse le modèle de la franchise :
« Un Lulu, c'est plus qu'un simple prestataire de services » conclut l'entrepreneur social, pour qui la révolution numérique doit aussi servir à construire une société du mieux vivre ensemble.
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