Comment Singulart, le Amazon français des oeuvres d'art, veut conquérir la Chine

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De gauche à droite : Brice Lecompte, Véra Kempf et Denis Fayolle, co-fondateurs de la galerie d'art en ligne Singulart.
De gauche à droite : Brice Lecompte, Véra Kempf et Denis Fayolle, co-fondateurs de la galerie d'art en ligne Singulart. (Crédits : Singulart/Maxime Riché)
Lancée en 2017, la marketplace française d’œuvres d'art réalise déjà 95% de ses ventes à l'export. Prochaine destination : la Chine, deuxième marché mondial pour l'art contemporain, où Singulart vient de lancer un site. En parallèle, la jeune pousse a renforcé sa présence européenne grâce à l'acquisition de son concurrent britannique New Blood Art en septembre.

Après un an d'existence, Singulart veut accélérer son développement à l'international. La marketplace française d'oeuvre d'arts, spécialisée dans la peinture et la photo, est née en août 2017 d'un constat : "Les galeries traditionnelles ne vont pas encore sur Internet et les artistes n'aiment pas se vendre", assure Véra Kempf, co-fondatrice de Singulart. A l'heure où les foires d'art explosent, celles-ci requièrent temps et argent pour pouvoir s'y rendre plusieurs jours. Difficile alors pour les artistes et collectionneurs de se rencontrer.

"Comme le marché de l'art est encore déterminé par pays - avec des collectionneurs très différents selon les régions - c'est difficile pour les artistes de trouver acquéreur à l'étranger quand ce ne sont pas des grands noms. Grâce à Internet, nous voulons faire sauter les barrières à l'international", affirme Véra Kempf.

33.000 œuvres et 1.700 artistes

Le pari de Singulart semble porter ses fruits. 95% de ses ventes sont réalisées à l'export. La jeune pousse parisienne recense 1.700 artistes de 80 nationalités différentes et des collectionneurs dans 40 pays - du Canada à la Roumanie, en passant par la Colombie. Au total, la marketplace propose 33.000 œuvres, avec une fourchette de prix allant entre 250 à 200.000 euros l'oeuvre - le prix étant laissé à la libre appréciation des artistes. "Notre panier moyen se situe entre 2.500 à 3.000 euros", chiffre Brice Lecompte, co-fondateur de Singulart.

"Nous avons trois profils type : il y a une majorité de cadres supérieurs, attirés par l'art et n'ayant pas le temps de se rendre pendant plusieurs jours dans une foire. Nous avons aussi des collectionneurs habitués des galeries prestigieuses comme Sotheby's. Enfin, nous avons des primo-accédants qui n'osaient pas sauter le pas de la galerie physique, étape assez intimidante. Ce sont surtout des professions libérales, comme des médecins, entre 35 et 45 ans."

Conquérir la Chine

Singulart, qui vient de lancer son site en chinois, veut désormais se faire une place sur le marché asiatique. "La Chine est le deuxième marché de l'art contemporain dans le monde et enregistre la plus belle croissance depuis 10 ans. Cela va nous demander du temps pour bien appréhender ce marché, mais c'est un investissement pour l'horizon 2020-2025", explique Brice Lecompte. La marketplace devra notamment s'ajuster aux exigences du marché. "Nous sommes en train d'apprendre sur le goût des collectionneurs. C'est une culture différente, nous avons dû retirer certaines œuvres", précise Véra Kempf. La startup projette d'ouvrir prochainement un bureau physique à Hong Kong ou Shanghai.

En parallèle, Singulart a renforcé sa présence en Europe. La jeune pousse a mis la main en septembre sur son concurrent britannique New Blood Art pour un montant non communiqué. "New Blood Art possède une expertise de 15 ans du marché de l'art britannique et sa fondatrice est spécialisée dans les talents émergents en sortie d'école, un secteur que l'on souhaite développer", affirme Véra Kempf. Dans les prochains mois, Singulart veut étoffer son offre avec la sculpture et proposer davantage d'artistes plus cotés.

La fidélisation par la data

Alors que le secteur des galeries en ligne est à la consolidation, la jeune pousse de 16 salariés veut compter sur un public fidèle. La moitié du chiffre d'affaires de la startup est générée par des acheteurs réguliers. Son business model repose sur une commission entre 40 à 50% du prix de vente final. Pour 2018, Singulart table sur un chiffre d'affaires de plus d'un million d'euros pour un volume de ventes supérieur à 2 millions d'euros. Sa recette pour fidéliser ? La data. Chez Singulart, 3 salariés sur 4 sont des ingénieurs et il y a 5 conseillers humains. "Nous travaillons à créer le coup de cœur nécessaire pour acheter une oeuvre d'art, même pour les investisseurs", affirme Brice Lecompte.

En parallèle de la relation cliente humaine, Singulart apprend "des goûts de l'acheteur grâce à sa navigation sur notre marketplace", précise Brice Lecompte. "Notre algorithme prend en compte ses préférences de styles d'art, de tailles et de prix." Ce qui permet de réaliser une sélection personnalisée, censée provoquer l'achat plus facilement.

"Nous récoltons également des données extérieures, type démographiques, grâce à des outils comme Facebook et Google", précise le co-fondateur. "Par exemple, en Chine, nous savons que le figuratif à plus de succès que l'abstrait."

Grâce à leurs algorithmes, Singulart parvient à décrypter le contenu des œuvres - en terme de formes et de couleurs. "Pour 2019, nous aimerions aller plus loin pour pouvoir interpréter les sentiments : déterminer si une oeuvre est nostalgique, joyeuse...", liste Brice Lecompte.

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Commentaires
a écrit le 09/11/2018 à 13:32 :
Bon courage car le risque est grand qu'ils ne se cassent les dents en Chine et se fassent rouler...

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