Vincent Luciani : il marie l'IA et le marketing

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Vincent Luciani, DG et co-fondateur d'Artefact.
Vincent Luciani, DG et co-fondateur d'Artefact. (Crédits : DR)
Vincent Luciani, polytechnicien passionné d'économie, a inventé une nouvelle race d'agence marketing en y introduisant de l'intelligence artificielle. Un modèle gagnant pour Artefact, qui se développe rapidement depuis sa fusion avec NetBooster.

Math sup, math spé, Polytechnique : un parcours scientifique qui aurait dû logiquement conduire Vincent Luciani, cofondateur et directeur général d'Artefact, vers une carrière d'ingénieur. Mais le jeune homme d'origine corse a préféré se tourner vers le conseil, puis le marketing. Il commence sa vie professionnelle dans la finance, dans le fonds d'investissement Axa Private Equity (devenu Ardian), puis intègre le cabinet de conseil McKinsey, où il commence dans le secteur aéronautique.

« Je me suis retrouvé tout seul dans une usine face à des gens qui produisaient des ailettes d'avion pour leur expliquer que j'allais réduire les coûts de 40%. Je n'ai pas réussi, mais j'ai fait le "slide" qui montrait comment faire», évoque, pince-sans-rire, le trentenaire au débit de mitraillette.

Les années de crise de 2009 à 2011 sont sévères pour l'industrie, et les missions du consultant sont principalement des restructurations d'entreprises. L'amateur de randonnées - adepte du redoutable GR 20 participe ainsi à plusieurs réorganisations de groupes média, dont certaines « vraiment difficiles ». Il profite de cette expérience pour se spécialiser dans le digital, et participe au rapport McKinsey pour le forum eG8 de 2011, un événement qui a permis d'apprécier le poids d'Internet dans l'économie (4% cette année-là). « Peu après, j'ai commencé à travailler sur des problématiques data. J'ai compris qu'il existait un énorme potentiel pour accompagner les groupes sur la transition digitale et data, et que McKinsey n'était pas forcément le mieux armé pour répondre à ces besoins », analyse l'hyperactif, qui a installé dans ses locaux du Xe arrondissement la plus grande salle de sport privée de Paris pour évacuer ce trop plein d'énergie.

Il part ensuite fonder Augusta Consulting pour concilier marketing et technologie, avec Guillaume de Roquemaurel, rencontré chez McKinsey. Le cabinet propose trois types de services : de la stratégie, un volet technologique et une expertise en datascience.

La solution de la fusion

Les deux associés signent rapidement un projet avec Carrefour Espagne. Deux autres clients arrivent dans la foulée, et Augusta se met à recruter des consultants business et data. Guillaume de Roquemaurel avait, en parallèle, monté Little Big Data, pour automatiser les créations publicitaires. Le duo décide de fusionner les deux structures et de les renommer Artefact.

« La logique étant de proposer une société qui sache traiter l'ensemble des problématiques data des annonceurs : organisation, infrastructures, outils et mise en place de "datalakes" (référentiel de stockage qui conserve une grande quantité de données brutes dans leur format natif)», détaille Vincent Luciani.

En 2017, l'agence conseil et techno cherche à lever des fonds pour exporter son modèle à l'étranger, mais se rend compte rapidement que ça va s'avérer difficile. « Soit on faisait de la croissance organique, mais ça risquait d'être très long, soit on rachetait des boîtes, mais ça allait nous coûter une fortune », analyse le cofondateur d'Artefact. Le duo rencontre alors les dirigeants de NetBooster, un groupe de marketing digital qui emploie 850 personnes dans 13 pays.

« Ils nous ont proposé de fusionner, de devenir managers et premiers actionnaires du nouveau groupe. Cette entreprise, qui avait 18 ans, avait besoin d'accélérer sur la vague data. On n'a pas réfléchi très longtemps devant une pareille opportunité », avoue le père d'une petite Madeleine, âgée de 18 mois.

Automatisation des plans média

Le mariage entre les experts de la data et les professionnels de l'activation digitale (exploiter une campagne média sur les canaux digitaux) se passe bien. Les datascientists d'Artefact construisent des produits ad hoc pour NetBooster, comme l'automatisation des plans média des annonceurs. En janvier 2018, le groupe prend le nom d'Artefact avec comme baseline « marketing engineers » et lève 15 millions d'euros pour accroître ses investissements en R&D.

Le 8 février, Artefact organise avec France Digitale la première Nuit de l'IA, au Palais de Tokyo, à Paris (1). Le groupe de 1.000 personnes, dont 250 en France, pour une marge brute de 46 millions d'euros, se tourne désormais vers la zone Asie-Pacifique en forte croissance avec le rachat en mars dernier de l'agence 8matic, présente en Chine, à Hongkong et en Corée du Sud.

« Nous voulons doubler de taille d'ici à trois ans, avec une rentabilité de 10 à 15% », annonce le polytechnicien devenu pionnier du marketing nouvelle génération, qui veut « démocratiser l'intelligence artificielle et co-construire un mouvement européen autour de l'IA ».

(1) "La France peut-elle devenir un leader de l'IA face aux Gafam et aux BATX ?". Voir La Tribune du 15 février.

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MINI BIO

1985 : Naissance à Paris.
2003 : Bac S au lycée Lakanal de Sceaux (Hauts-de-Seine).
2004-2005 : Prépa math sup et math spé au lycée Henri-IV, à Paris.
2005-2010 : École polytechnique, spécialisé en économie.
2008-2009 : Master stratégie à HEC.
Septembre 2009-avril 2010 : Rejoint le fonds Axa Private Equity (devenu Ardian).
Avril 2010-janvier 2014 : Consultant chez McKinsey.
Janvier 2014 : Crée Augusta Consulting avec Guillaume de Roquemaurel.
Janvier 2016 : Augusta et Little Big Data fusionnent et donnent naissance à Artefact.
Juin 2017 : Fusion entre NetBooster et Artefact.
Janvier 2018 : Levée de fonds de 15 millions d'euros et adoption du nom.
février 2018 : Artefact et France Digitale organisent la première Nuit de l'IA.
Mars 2018 : Rachat de l'agence 8matic.

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