Tony Pinville se paie le luxe de l'intelligence artificielle

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Tony Pinville, Heuritech.
Tony Pinville, Heuritech. (Crédits : DR)
Après avoir cherché sa voie et expérimenté le monde de l'entreprise, Tony Pinville a réalisé son rêve d'enfant : faire de la recherche en intelligence artificielle. Une technologie qu'il développe avec sa startup Heuritech et qu'il met à disposition des marques de luxe.

Cofondateur de la startup Heuritech, qui met l'intelligence artificielle au service des marques de luxe, Tony Pinville est un passionné d'informatique. « J'ai eu des ordinateurs très tôt, bien avant l'arrivée des PC. Au grand dam de mes parents enseignants, je démontais tout ce qui était électronique », évoque le natif de Saint-Denis, près de Paris. Il passe un bac S sans grand enthousiasme, puis multiplie les classes préparatoires : « En un an, j'ai testé à peu près toutes les filières post-bac possibles. »

Ses parents s'inquiètent de cette instabilité et lui trouvent un job d'été dans la société ADDE (rachetée par Acxiom) qui édite des logiciels de cartographie.

Ses premiers pas en entreprise

Ce premier contact avec le monde de l'entreprise plaît beaucoup à Tony Pinville, qui s'inscrit l'année suivante dans un BTS en alternance pour pouvoir y rester. « Ce que je faisais au quotidien servait concrètement à des utilisateurs. Un aspect qui m'a toujours motivé », explique le fils de la voix off de "Questions pour un champion" (mais élevé par son beau-père enseignant), qui passe ensuite un master en informatique, toujours en alternance et dans la même entreprise.

Puis l'informaticien s'inscrit à un DESS à l'université de Marne-la-Vallée, étudiant un jour par semaine tout en travaillant chez Bourse Direct, société de courtage en ligne pour particuliers.

« J'ai développé des logiciels et une des premières applications qui permettait d'afficher en temps réel les cours de Bourse sur son téléphone mobile. Des outils qui continuent d'ailleurs de tourner sur le site », apprécie le cofondateur d'Heuritech.

Après cinq ans dans l'entreprise, l'informaticien de 29 ans s'interroge sur son avenir : trouver un autre job du même genre, au risque de retomber dans une certaine routine, ou réaliser son rêve d'enfant, à savoir faire de la recherche en intelligence artificielle. Il envoie des CV dans plusieurs laboratoires, dont l'Isir (Institut des systèmes intelligents et de robotique), qui rassemble roboticiens, neuroscientifiques et informaticiens s'inspirant des théories de l'évolution.

Le choix du "deep learning"

Contre toute attente, car son CV est pour le moins atypique, celui qui deviendra son directeur de thèse le reçoit, et lui demande de lire quelques ouvrages sur le sujet pendant l'été, puis de faire une synthèse de ce qu'il a compris. L'enseignant apprécie les efforts de son étudiant et lui propose d'écrire une thèse en trois ans. « C'était un gros risque pour lui, car si ça se passait mal, il perdait le financement du poste », explique le trentenaire, qui se lance dans l'écriture de cette thèse de robotique évolutionniste, qui permet de construire des réseaux de neurones artificiels pour rendre les robots intelligents.

« C'était l'époque où l'on commençait à parler du deep learning, qui a révolutionné l'analyse d'images, avec les travaux de Yann LeCun, aujourd'hui directeur du centre de recherche européen de Facebook basé à Paris », précise le thésard, qui rencontre dans le labo Charles Ollion, son futur associé.

Plutôt que de continuer en post-doc, le duo décide de créer sa startup autour du deep learning, une discipline encore peu utilisée. Grâce à ses contacts professionnels, Tony Pinville rencontre le dirigeant du site Seloger.com, à qui il présente un premier POC ("Proof of Concept") de recommandation de logement fondée sur les historiques de navigation. Il enchaîne avec un gros projet pour Mediapost, qui permet au duo de se payer et d'embaucher ses premiers salariés.

« Notre mission était de qualifier les centres d'intérêt des internautes en fonction des pages qu'ils voyaient, avec une infrastructure big data et de l'analyse sémantique. Un dispositif toujours en production », décrit le cofondateur d'Heuritech.

Fin 2015, les deux associés participent au jury d'un hackathon organisé par Louis Vuitton et décident d'appliquer leur technologie d'analyse d'images aux besoins de la marque de luxe. Début 2017, Heuritech lève 1,1 million d'euros en amorçage avec le fonds Serena Capital, une somme qui lui permet de développer sa solution. « Nous analysons les réseaux sociaux pour aider une marque à savoir si son produit a du succès à travers le monde, ou si sa campagne de publicité a cartonné », précise le lauréat du prix LVMH Innovation Award, qui revient de l'événement South by Southwest à Austin, où il a animé une table ronde sur l'intelligence artificielle et la mode qui a refusé du monde. Le collectionneur de vinyles de jazz et de funk envisage désormais une deuxième levée de fonds pour conquérir le marché américain avec son IA.

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EN CHIFFRES

Avril 1980 Naissance à Saint-Denis (93).
1998 Bac S et prépa maths sup au lycée, dans une université et un IUT.
1999 Job d'été puis BTS en alternance chez ADDE.
2001 BTS informatique.
2003 Master d'informatique appliquée à l'Esig (École supérieure d'informatique et de gestion).
2005 DESS informatique et sécurité à l'université de Marne-la-Vallée (78).
2005-2009 Travaille chez Bourse Direct.
Septembre 2009 Intègre l'Isir (Institut des systèmes intelligents et de robotique).
2013 Présente sa thèse sur l'influence des pressions de sélection sur l'émergence des formes de mémoire.
Juillet 2013 Crée Heuritech avec Charles Ollion.
2014 Premier projet avec La Poste.
Fin 2015 Jury du hackathon chez Louis Vuitton.
Janvier 2017 Levée de fonds d'1,1 million d'euros.
Juin 2017 Heuritech remporte le LVMH Innovation Award.

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Commentaires
a écrit le 13/04/2018 à 15:10 :
Voilà quelqu'un de talentueux. ça nous change un peu des rentiers des X-Corps des Mines qui sont de bons administrateurs dans le meilleur des cas, des liquidateurs voire des traitres à la nation (Alstom, Areva, Péchiney ...)

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