Intelligence artificielle : Macron lève le voile sur la stratégie française

Coup de fouet à la recherche, ouverture des données de santé, cadre réglementaire incitatif… le président de la République a dévoilé jeudi sa politique en matière d’intelligence artificielle, que l'État soutiendra à hauteur de 1,5 milliard d’euros jusqu’à 2022. Si la France espère ne pas rater cette révolution technologique, comme elle est passée à côté d’Internet ou de la robotique, rien ne dit, toutefois, que ces efforts seront suffisants au regard des investissements colossaux des États-Unis ou de la Chine.
Pierre Manière

5 mn

Emmanuel Macron veut donner un coup d'accélérateur au développement de l'IA dans la santé. Un secteur où l’Hexagone possède, selon lui, un avantage lié à la centralisation de ses bases de données.
Emmanuel Macron veut donner un coup d'accélérateur au développement de l'IA dans la santé. Un secteur où l’Hexagone possède, selon lui, un avantage lié à la centralisation de ses bases de données. (Crédits : Benoit Tessier)

La France n'a ni Google, ni Baidu, ni Facebook, ni Samsung, et, de surcroît, n'a que peu de moyens financiers. Pourtant, aux dires du gouvernement, l'Hexagone a les moyens de bien figurer dans la féroce compétition mondiale en matière d'intelligence artificielle (IA). Voilà, en clair, le message qu'Emmanuel Macron a essayé de faire passer, ce jeudi au Collège de France, en présentant la stratégie française en la matière. Pour la définir le locataire de l'Elysée s'est largement appuyé sur les conclusions du rapport présenté mercredi par le député et mathématicien LREM Cédric Villani.

Aux yeux d'Emmanuel Macron, la bataille pour l'intelligence artificielle est d'abord une bataille pour « l'intelligence humaine et l'attraction des meilleurs chercheurs ». A ce sujet, le président de la République constate que la France forme déjà, depuis années, de nombreux talents. Nombre d'entre eux travaillent d'ailleurs, depuis des années, pour le compte des Gafa (Google, Amazon, Facebook et Amazon) américains. A l'instar, par exemple de Yann Le Cun, qui n'est autre que le directeur de la recherche en IA de Facebook. Emmanuel Macron souhaite ainsi renforcer l'écosystème de la recherche française. D'une part pour faire en sorte que les meilleurs éléments restent dans l'Hexagone. D'autre part en incitant les chercheurs étrangers à y travailler. Pour y arriver, il souhaite constituer un « hub de recherche de niveau mondial en IA ». Concrètement, un réseau de d'instituts dédiés à l'IA va voir le jour. Celui-ci sera coordonné par l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA). Outre un « doublement des capacités de formations en IA », un programme de chaires individuelles va voir le jour. Il doit permettre d'attirer davantage de pointures étrangères, issus de labos universitaires comme du privé.

De nouveaux centres de recherche privés

Emmanuel Macron compte aussi « augmenter la porosité entre la recherche publique et le monde industriel ». Ainsi, les chercheurs français pourront à terme consacrer 50% de leur temps à un groupe privé, contre les 20% auxquels ils ont droit aujourd'hui. Une mesure qui pourrait notamment permettre d'augmenter un peu les rémunérations des chercheurs dans le public. Comme l'a indiqué Yann Le Cun jeudi matin lors d'un colloque sur l'IA, « on ne les paye pas assez en France, surtout en début de carrière ». Et c'est l'une des raisons - outre parfois, le manque de moyens - pour lesquelles ils sont si nombreux à mettre les voiles à l'étranger, notamment dans la Silicon Valley.

Emmanuel macron s'est par ailleurs félicité que plusieurs grands groupes aient opportunément annoncé ce jeudi les ouvertures de centres de recherche en IA en France, à l'instar de Samsung, de Fujitsu ou de DeepMind (Google). Ils rejoignent ainsi d'autres cadors comme Facebook, qui a choisi Paris pour implanter son centre de recherche européen dédié à l'IA en 2015.

Sur le front des données, Emmanuel Macron ne le sait que trop bien : la France, qui ne possède pas de géant du Net, part avec un handicap certain. Or les algorithmes des chercheurs ont besoin de bases de données aussi grandes que possible pour être vraiment efficace. Sur ce créneau, le président souhaite que la France ne se disperse pas, et concentre ses forces dans les domaines où elle dispose déjà de beaucoup de datas, comme l'automobile, l'énergie, la cybersécurité ou l'aéronautique. Voilà pourquoi le président a mis l'accent sur la santé, où l'Hexagone possède, selon lui, un avantage lié à la centralisation de ses bases de données.

Création d'un « Health Data Hub »

Ainsi, « la base de données de l'assurance-maladie ou encore celle des hôpitaux comptent parmi les plus larges du monde », souligne l'Elysée, qui a annoncé la création d'un « Health Data Hub ». Ainsi, cette « structure partenariale entre producteurs et utilisateurs des données pilotera l'enrichissement continu et la valorisation du système national des données de santé, pour y inclure à terme l'ensemble des données remboursées par l'assurance-maladie, les données cliniques des hôpitaux, des données de la médecine de ville et des données scientifiques issues de cohortes », nous précise-t-on. En ouvrant ces données aux acteurs de l'IA dans un cadre sécurisé et garantissant la confidentialité, Emmanuel Macron espère développer des « innovations majeures », comme l'amélioration du traitement des tumeurs cancéreuses, ou la détection des arythmies cardiaques. Dans ce domaine, l'IA pourrait notamment permettre à l'Etat de faire d'importantes économies.

Côté financements, l'Etat va débourser 1,5 milliard d'euros d'ici 2022 pour son plan pour l'IA. Selon l'Elysée, « l'Intelligence Artificielle sera le premier champ d'application du fonds pour l'innovation et l'industrie de 10 milliards d'euros mis en place en début d'année » :

« Sur les revenus de ce fonds, [...] une enveloppe de 100 millions d'euros sera isolée dès cette année pour contribuer à l'amorçage et la croissance de nos start-ups en intelligence artificielle. Plus globalement, il consacrera via Bpifrance 70 millions d'euros par an à l'émergence de start-ups dites 'deep technology' dans notre pays. »

Une réflexion sur « le contrôle » des algorithmes

Si l'effort est louable, reste que cette enveloppe de 1,5 milliard d'euros paraît bien faible, au regard, par exemple, des plus de 13 milliards d'euros débloqués par la Chine pour l'IA entre 2016 et 2019. Ou des milliards de dollars investis chaque année par les Gafa américains.

Emmanuel Macron a enfin insisté sur les enjeux sociaux, éthiques et démocratiques liés à l'essor de l'IA. Pour lui, les états doivent se demander quelles valeurs l'IA doit servir, afin de tracer des lignes rouges. Il souhaite notamment lancer une réflexion mondiale sur « le contrôle et la certification » des algorithmes. Il a ainsi appelé à la création d'un groupe d'experts intergouvernemental (sur le modèle du GIEC sur l'évolution du climat), en charge de mener une réflexion prospective sur les impacts éthiques de l'IA.

Pierre Manière

5 mn

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Commentaires 31
à écrit le 31/03/2018 à 20:00
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Légende photo: Je vois ,je vois ,houlà, effectivement la prime des salaries de carrefour est minuscule cette année.

à écrit le 31/03/2018 à 19:14
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Une logique libérale est appliquée quand il s'agit de raboter les prestations sociales, les retraites qui pèsent trop sur le PIB et la compétitivité... Mais la, contre toute attente, on intervient dans l'économie.... ! Par définition, on ne sai...

à écrit le 31/03/2018 à 17:10
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Ce mec est comme les medias de ses 1% de super-riches, il raconte n'importe quoi. ll confond l'intelligence artificielle avec le traitement statistiques des big data générées par le flicage des spywares sur internet, ou par les objets connectés. On ...

à écrit le 31/03/2018 à 10:49
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On parle de technologie du futur, d’intelligence artificielle avec des noms de valorisation dans toutes les langues mais pas un seul ne dessine très sommairement comment il estime ce futur. Soyons sérieux, dans le futur nous aurons besoin d’énergies,...

à écrit le 31/03/2018 à 10:19
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stratège qui ne fait pas du tout recette.. ce n est pas la préoccupation du moment ...! le Français le rejette.... comme la domotique

à écrit le 30/03/2018 à 20:02
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Bienvenu cher chercheur, votre objectif de travail est de créer votre propre remplaçant plus productif que vous-même pour que vous puissiez être viré. Marrants tous les débats actuels sur l'IA, en informatique on avait les mêmes débats y'a 20 ans, e...

à écrit le 30/03/2018 à 17:25
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Visiblement l'intelligence artificielle dont les réels pouvoirs sont loin de nous être révélés fait marcher les cerveaux humains. C'est très bien ainsi ! Histoire de proposer une information quelque peu originale sur le sujet en question, la ...

à écrit le 30/03/2018 à 16:22
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J'ai toujours entendu dire qu'il n'y avait pas d'industrie puissante fut elle artificielle sans un état fort. Ce n'est pas en privatisant, pardons en bradant, les usines que nous allons satisfaire les nouveaux besoins, le marché fait du fric et dans ...

à écrit le 30/03/2018 à 14:30
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tous les jours de nouvelles promesses MAIS jamais leur financement ,,,,,,

à écrit le 30/03/2018 à 14:25
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L’IA est une sorte d’auberge Espagnole et on y trouve ce que chacun y apporte et de manière parfois désordonnée. Ce qui veut dire qu’il faudra de réels efforts d’organisation pour ne pas manger le dessert avant le plat de résistance, ou de se retrouv...

à écrit le 30/03/2018 à 14:24
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La saison de la chasse au CIR est ouverte!

à écrit le 30/03/2018 à 12:23
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Elle laisse un goût bizarre dans la des salariés cette intelligence artificielle comme chez notre opérateur télécom national Orange qui fait travailler les clients qui doivent gérer eux-mêmes leurs lignes sur internet pendant que les salariés déposs...

à écrit le 30/03/2018 à 11:49
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comme toujours de la com..... il faut etre réaliste: vous avez le choix entre un job chez Facebook ou autre GAFA avec des moyens presque illimités et un salaire à 6 chiffres pour créer le futur ou un job en France à Sarcelles avec 3 étudiants et u...

le 30/03/2018 à 12:15
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Propos caricatural à l'extrême... et donc ridicule

le 30/03/2018 à 20:36
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@ r2d2 Bien qu’en apparence votre commentaire semble un peu caricatural, j’ai moi aussi à peu près les mêmes constats. Entre autre, les budgets de recherche dans les universités américaines et canadiennes sont à peu près le double, toutes discipli...

le 31/03/2018 à 10:21
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"aucune vision d´un transfert vers un produit commercial compétitif" Réaction typique de ceux qui imaginent que le but de la recherche est d'inventer de nouveaux produits. Oui, ceci arrive, lorsque une découverte peut être traduite en un "produ...

à écrit le 30/03/2018 à 10:37
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Et combien d'emplois détruits induits ???? La systémique nous montre que dès que l'on change quelque chose quelque part il y a inévitablement des changements induits ailleurs !!! Le bilan est souvent nul !! Il y a seulement des avantagés et des bai...

à écrit le 30/03/2018 à 9:51
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Il faudrait doter l'administration Française d'un peu d'intelligence artificiel cela nous aiderait peut être a nous en sortir et surtout éviter les augmentations de taxes et impôts en tout genre!!!

à écrit le 30/03/2018 à 8:51
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Hé les gars, faut arrêter de nous montrer le mac sous chaque titre lié à l'intelligence artificielle, vous êtes bien plus méchant que moi ! Même si en effet très adapté étant donné que l'on voit bien que le mac est téléguidé...

à écrit le 30/03/2018 à 7:00
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La meilleure des choses que puisse faire la France pour ne pas entraver le développement de l'IA, soit disant nouvelle technologie mais plus certainement pur produit marketing (ses concepts n'ont rien de bien nouveau, seule la chute des prix des cap...

le 30/03/2018 à 20:43
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@ Bruno Je suis d’accord avec vous... surtout que l’Etat ne se mette pas encore les pieds dans les plats... il faut laisser les investisseurs privés prendre leurs responsabilités et les risques, surtout qu’ils ont largement les moyens de mettre la...

à écrit le 29/03/2018 à 22:12
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On dépense plus de 70 milliards par an en stupidité naturelle avec les allocations familiales donc ce chiffre de 1,5 milliards sur 5 ans est une goutte d'eau. Avant de dépenser encore plus l'argent que nous n'avons pas il faudrait mettre fin à notre ...

à écrit le 29/03/2018 à 21:49
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Le retour du plan calcul ! Que voit Macaron dans son micronscope ? La mouche qui pète ! hinhinhin

à écrit le 29/03/2018 à 20:54
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L'Allemagne n'a ni Google, ni Baidu, ni Facebook, ni Samsung, et ce n'est pas faute de moyens financiers ou humains. Les allemands manqueraient t'ils donc d'intelligence, fut t'elle artificielle? Ce que les nouveaux ravis de la crèche politico-méd...

à écrit le 29/03/2018 à 19:47
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Comparer les moyens financiers mis en jeu par les USA ou la Chine dans l'IA, c'est peut-être faire abstraction que l'IA dépend avant tout de l'I TOUT COURT ?

le 30/03/2018 à 9:06
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@patriot9 ; pouvez vous nous éclaircir sur les salaires des chercheurs en France? Un maître de conference ( enseignant chercheur) ou un chargé de recherche au CNRS débute à 2100e brut après bac +8 minimum à comparer avec EU canada Corée du Sud etc ....

à écrit le 29/03/2018 à 19:36
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la france est un petit pays sovietique, alors c'est ' tous pareil'........ on ne peut pas payer des gens dans un domaine public specialise et demandant, vu que tous les autres beneficieront des memes avantages, et que le but ne serait pas d'augmenter...

le 29/03/2018 à 22:10
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La France est aussi le pays de l'idéologie récurrente, de l'étroitesse d'esprit et du commentaire stérile. Merci de nous en donner une nouvelle preuve.

à écrit le 29/03/2018 à 19:12
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Ils dépensent déjà la cagnotte! Il vaut mieux inciter les investisseurs privés a financer la recherche sur l'I.A que d'y mettre de l'argent public. Dans le monde c'est des centaines de milliards qui sont levés. On est ricule avec ce milliard

le 29/03/2018 à 20:10
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Oui, je suis d'accord avec vous, d'autant que les fonds d'investissements privés et la très grande entreprise ont largement les moyens d'y mettre quelques milliards par année. On sait ce qui arrive quand l'État se met dans l'idée d'investir... les ré...

le 29/03/2018 à 23:43
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Et le privé mon bon Rocco ? Investir pour s' en mettre plein les fouilles, ça oui car le pirvé c' est son truc, son carburant, avez-vous des contre-exemples ...?

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