Qui a peur de l'intelligence artificielle ?
Guillaume Renouard, correspondant dans la Silicon Valley

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Guillaume Renouard, correspondant dans la Silicon Valley

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L'intelligence artificielle, aubaine ou danger pour l'humanité ? Emmanuel Macron a mis l'accent lors de son discours au collège de France jeudi sur les enjeux éthiques de régulation des nouvelles technologies. Mais le sujet passionne aussi dans la Silicon Valley. Pour répondre à cette interrogation, aujourd'hui sur toutes les lèvres, que le cabinet d'avocats Hogan Lovells a organisé, le 15 mars dernier à San Francisco, une table ronde rassemblant des professionnels de l'IA. Au programme, deux heures d'échanges pour s'élever au-dessus de la frénésie de l'actualité et s'interroger sur l'une des technologies les plus intrigantes et controversées de notre temps.
La lecture des journaux suffit pour s'en rendre compte : l'intelligence artificielle est aujourd'hui la source de nombreux fantasmes, certains utopiques (telle la possibilité de télécharger notre cerveau sur un ordinateur pour devenir virtuellement immortels) d'autres beaucoup moins (en témoignent les déclarations d'Elon Musk et Stephen Hawking sur le risque existentiel que l'IA poserait à l'humanité). Cela s'explique à la fois par les progrès spectaculaires de l'IA au cours des dernières années, du logiciel Alphago aux voitures autonomes, et par l'écho que trouve cette technologie dans notre imaginaire collectif, via le truchement de la science-fiction. D'Asimov à Matrix, en passant par Blade Runner, l'IA occupe de longue date une place de choix dans nos représentations.
C'est précisément cette peur des machines surpuissantes, renforcée par les productions hollywoodiennes, que les participants ont tout de suite tenu à désamorcer.
En effet, l'IA n'est pas un monolithe.
AlphaGo, par exemple, peut battre n'importe quel humain au go, mais est incapable de servir du café. Pour Robin Bordoli, la peur d'une apocalypse provoquée par le soulèvement des machine est donc totalement infondée.
Reste, cependant, la peur que ces IA ultraspécialisées ne mettent progressivement tout le monde au chômage. Depuis la célèbre étude publiée par l'Université d'Oxford, en 2013, affirmant que 47% des emplois américains pourraient être automatisés au cours des vingt prochaines années, les cris d'alertes se multiplient sur ce thème. Pour Robin Bordoli, ces craintes sont, là encore, exagérées.
Même son de cloche du côté de Yarmela Pavlovic, avocate spécialisée dans la santé connectée.
Tout le monde ne partage pas cet optimisme.
À mesure que l'on emploie des machines en plus grand nombre pour nous assister dans nos activités, se pose la question de l'éthique de celles-ci. Dans son livre Weapons of Math destruction, la mathématicienne Cathy O'Neil met ainsi en garde contre l'usage des algorithmes d'IA dans l'aide à la prise de décision. Selon elle, si l'on n'y prend pas garde, ceux-ci peuvent être source de discriminations et d'inégalités, pour peu que les données employées pour les entraîner reflètent un biais de départ. C'est d'autant plus problématique que les algorithmes d'IA sont souvent des boîtes noires : on ne sait pas comment ils parviennent à leurs résultats.
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Face à ce problème, les pouvoirs publics sont en train de réagir. Ainsi, en décembre dernier, la ville de New York a monté une équipe chargée d'auditer les algorithmes d'IA employés par les services publics, pour s'assurer qu'ils soient dépourvus de tout biais discriminatoire.
Comme en témoigne le récent scandale touchant Facebook et Cambridge Analytica, un autre risque posé par l'IA réside dans sa capacité à manipuler l'opinion.
La véritable menace posée par l'IA ne résiderait donc pas du côté des machines superintelligentes, mais plutôt de l'exploitation des points faibles de l'homme. Loin de nous déraciner, l'IA nous renvoie ainsi, tel le miroir de Narcisse, à notre propre humanité.
Guillaume Renouard, correspondant dans la Silicon Valley