Fondée en 2009, Recorded Future est une entreprise américaine de cybersécurité qui utilise la collecte et l'analyse des masses de données par l'intelligence artificielle pour détecter les menaces potentielles. La société compte Google parmi ses investisseurs historiques et plus de la moitié des sociétés du Fortune 500, ainsi que les équipes de cybersécurité de 40 gouvernements différents, parmi ses clients. Elle est basée à Somerville, dans le Massachusetts.
LA TRIBUNE - L'une des grandes tendances soulignées par votre étude est la fuite des cerveaux de l'IT qu'a connue la Russie depuis le début du conflit, et l'impact de celle-ci sur la cybercriminalité dans le monde. En quoi cet exode massif a-t-il contribué à changer la donne ?
ALEXANDER LESLIE - On constate un lien très clair entre les différentes phases du conflit et l'activité des cybercriminels russophones. Lorsque les troupes russes commencent à s'amasser près de la frontière ukrainienne, puis de nouveau après le déclenchement du conflit, et plus encore après la déclaration de la mobilisation partielle par Vladimir Poutine en septembre 2022, on constate ainsi, à chaque fois, une baisse significative de l'activité sur les forums, les chaînes Telegram et les places de marché en langue russe utilisées par les cybercriminels. Après l'annonce de la mobilisation partielle, cette baisse atteint par exemple les 70%.
À ce jour, l'activité sur ces différents canaux n'est toujours pas revenue à ce qu'elle était avant le déclenchement des hostilités. Il existe donc un lien évident entre le fait que de nombreux individus dotés de compétences en informatique aient fui la Russie, soit par peur de la guerre, soit par désaccord avec celle-ci, ou encore pour échapper à la mobilisation, et la cybercriminalité russophone.