En France, Canal+ continue de broyer du noir

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Maxime Saada, le patron de Canal+.
Maxime Saada, le patron de Canal+. (Crédits : Reuters)
Le groupe de télévision payante a confirmé qu’il allait tailler à la hache dans ses effectifs en France, où il est confronté à une double concurrence : celle de BeIN Sports, de SFR et de Mediapro dans le sport, et celle des plateformes Netflix ou Amazon Prime dans la vidéo par abonnement.

Le précédent plan de restructuration n'a visiblement pas suffi. Canal+ continue de souffrir dans l'Hexagone. Le groupe a annoncé ce mardi qu'il allait une nouvelle fois tailler à la hache dans ses effectifs: son état-major veut se séparer d'environ 500 collaborateurs en France (492 exactement) sur les 2.600 qu'il compte en France, à travers un nouveau « projet de transformation ».

Au total, en ajoutant des postes actuellement inoccupés, ce sont 544 postes qui seront supprimés selon le syndicat maison PlusLibres, qui dénonce dans un communiqué « l'absence criante d'une stratégie de relance » et « déplore que la majorité des décisions prises ces dernières années vise à réduire les coûts pour servir les intérêts de notre actionnaire ».

Toutes les activités françaises sont concernées: la société de production et distribution Studiocanal, la chaîne cryptée et les chaînes gratuites à l'exception de CNews, a indiqué le patron du groupe Maxime Saada, lors d'une conférence téléphonique, rapporte l'AFP. Il n'a pas souhaité donner le détail des métiers touchés ni l'objectif d'économies recherché.

« On n'a pas réussi à enrayer les difficultés »

Maxime Saada a surtout expliqué que les précédents plans d'économies n'ont pas suffi, selon lui, à redresser la barre en France.

« En dépit des initiatives qu'on a lancées en 2015: la refonte totale de nos offres, le développement de nouveaux partenariats avec les opérateurs téléphoniques, les investissements soutenus dans les programmes (plus de 3 milliards d'euros) et la technologie et un plan d'économies s'élevant à 1 milliard d'euros d'économies en cumulé, force est de constater qu'on n'a pas réussi à enrayer les difficultés de Canal+ en France », a-t-il déploré.

Selon lui, l'enjeu est de « préparer l'avenir face à des concurrents mondialisés », à l'instar des plateformes américaines Netflix et Amazon Prime, et « mono-thématiques », comme SFR, BeIN Sport et l'espagnol Mediapro. Ces derniers concurrencent en effet Canal+ dans le sport, et en particulier dans le football, où Canal+ a perdu de nombreux droits.

Attaqué sur ces deux fronts, Canal+ a ainsi vu son nombre d'abonnements individuels directs (c'est-à-dire hors partenariats avec les opérateurs télécoms) reculer de 300.000 l'an dernier, à 4,73 millions de fidèles. Selon Les Echos, Maxime Saada estime que les activités en France, dans leur ensemble, sont malgré tout profitables. La situation du groupe reste meilleure en dehors des frontières de l'Hexagone. Présente en Afrique, en Pologne et au Vietnam, la filiale de Vivendi comptait l'année dernière près de 8 millions d'abonnés à l'international. Sur ce segment, le groupe s'est renforcé en mai dernier en rachetant M7, un distributeur de chaînes payantes, pour plus de 1 milliard d'euros.

En novembre dernier, Canal+ affirmait qu'il était compétitif face à Netflix

Quoi qu'il en soit, les propos de Maxime Saada concernant ses difficultés à faire face à la concurrence en France tranchent - c'est peu dire - avec ceux tenus dans nos colonnes en novembre dernier. À l'époque, le dirigeant claironnait que le groupe allait mieux, qu'il était « compétitif ». Maxime Saada avait même jugé que Netflix ne lui faisait pas peur.

« Netflix a un modèle qui encourage les consommateurs à payer pour du contenu, expliquait-il. Il contribue à développer notre marché. Ils sont dans mon camp. »

Des mots qui, à ce moment-là, avaient laissé pantois plusieurs analystes interrogés par La Tribune. « C'est un peu comme si Fnac Darty se réjouissait de l'essor d'Amazon ! », expliquait l'un d'eux, redoutant que Canal+ n'ait pas les reins assez solides pour suivre Netflix et ses investissements colossaux dans les contenus.

(avec AFP)

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a écrit le 11/07/2019 à 14:55 :
Tiens j'ai vu que Netflix sortait le film de Kery James, d'ailleurs il y a un clip avec lui et Orelsan bien sympa...

Comment un média européen aux investisseurs en déclin pourrait rivaliser contre une entreprise de créations qui a autant de liberté ?
a écrit le 11/07/2019 à 13:35 :
Canal plus a trop longtemps été gérée comme une entreprise en situation de monopole à l'instar des grandes entreprises publiques. Tant qu'ils n'ont pas eu de concurrence dans le sport ou le cinema, tout allait bien, on dépensait sans compter et on tondait l'abonné aussi ras que possible. La fête étant finie, il faut désormais mériter ses abonnements et si l'on ne peut avoir les mêmes contenus qu'autrefois il faut se résoudre à être moins cher et à innover davantage.
a écrit le 11/07/2019 à 10:21 :
Qui peut croire que ce n'était pas l'objectif recherché
a écrit le 11/07/2019 à 9:52 :
Etonnant que les dirigeants de canal n'aient à ce point pas vu les effets de la mondialisation et d'internet. En restant replié sur soit, voila ce qui arrive, la nostalgie n'a pas sa place dans l'économie d'aujourd'hui. Avoir loupé le virage d'internet et du contenu va se payer très cher. Manque de vision stratégique..
a écrit le 11/07/2019 à 9:24 :
Quand je pense au temps des Guignols de l'info où je me dépêchais de finir mon repas pour regarder ces marionnettes qui en prenaient plein la figure.

Antoine de Caunes qui magnait bien la satire. Les invités avec Philippe Gildas.

C'était la belle époque de la liberté d'expression de cette chaine.
Réponse de le 11/07/2019 à 12:38 :
Oui, mais les Guignols de l'info allaient, pour certains, leur faire perdre quelque voix aux présidentielles (ils ne connaissent pas l'humour au second degré, ni même au premier!) . Au final, ils ont détruit l'originalité de Canal
Merci pour votre clairvoyance ,Mr Bolloré : grand chef d'entreprise .
a écrit le 11/07/2019 à 8:58 :
Bolloré a sans doute voulu faire plaisir à ses amis de l'establishment en supprimant le poil à gratter qui insupportait nos élites (Guignols .....) mais qui faisait le ton de Canal et qui plaisait à ses abonnés.
Les élites sont heureuses mais pas les abonnés. La chaîne se casse la figure, normal !
a écrit le 11/07/2019 à 8:25 :
Il y a encore des gens qui regardent la television ?
a écrit le 11/07/2019 à 8:04 :
Abonné canal+ depuis des années,je constate en effet un appauvrissement continu du choix de films cinéma.
a écrit le 10/07/2019 à 20:09 :
Leur business model , né sous MITTERAND , est mort . Donc canal va disparaitre faute d'avoir su se réinventer
a écrit le 10/07/2019 à 19:50 :
La parenthèse Vincent Bolloré a été une catastrophe industrielle. Il a fait partir tous les animateurs vedettes, supprimé la parenthèse en clair avec les guignols, et s'est ingéré de toutes les façons possibles et contre-productives dans la marche de la maison... sauf qu'il n'y connaît rien, se comporte en dillettante et en enfant roi.

Le modèle Canal+ était déjà en péril . Ce qui faisait les abonnements c'était, l'humour (Guignols, petit journal), le foot, les films et le porno du samedi soir...

Les humoristes ont quitté le plateau et sont partis ailleurs, le foot aussi, les films sont sur Netflix et le porno en libre service sur le net.

Il aurait fallu un dirigeant avec une vraie vista et un projet, pas lui.
a écrit le 10/07/2019 à 19:18 :
Le modèle Canal+ est dépassé.
En fait la télé est dépassée.
Je la regarde encore (distraitement), mais je lis à nouveau beaucoup.
a écrit le 10/07/2019 à 19:16 :
Le modèle est mort!

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