Passage au 100% HD  : la TNT encore en mutation

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Un poste de pilotage de l'opérateur TDF qui effectuera, dans la nuit du 4 au 5 avril, le changement de normes.
Un poste de pilotage de l'opérateur TDF qui effectuera, dans la nuit du 4 au 5 avril, le changement de normes. (Crédits : TDF)
Cette nuit, les 25 chaînes de la TNT passeront au tout HD. Cette nuit bleue signe, après le passage au tout numérique de 2011, une nouvelle évolution technique des chaînes de la TNT gratuite. Inaugure-t-elle aussi, du côté de l'offre, la fin des grandes manœuvres ?

Pour les 6 millions de foyers recevant la télévision avec une antenne râteau, la réaffectation des fréquences de la bande 700 MHz, actuellement dévolue à la TNT, aux opérateurs télécoms pour leurs usages haut débit mobiles, est plutôt une bonne chose.

Dans la nuit de lundi à mardi, ils recevront (s'ils se sont préalablement équipés d'un adaptateur HD) les 25 chaînes nationales de la TNT, contre 10 actuellement (TF1 HD, France 2 HD, Arte HD, M6 HD, Chérie 25...) dans une qualité de son et d'image supérieure. Avec en prime une chaîne en plus: LCI, la chaîne payante d'information de TF1, passe en mode gratuit et arrive, en simple définition cependant, sur le canal 26 dans une version plus magazine.

Rendu possible par le basculement de la norme de diffusion Mpeg-2 vers la norme Mpeg-4, ce passage au tout HD, cinq ans après l'arrivée du tout numérique, marque une nouvelle étape, technique, importante pour le paysage des chaînes gratuites de la TNT.

Il pourrait aussi inaugurer à court terme l'entrée dans une période d'accalmie et de consolidation des marques.

Univers en perpétuel mouvement depuis dix ans

Évolution technique, enrichissement de l'offre, concentration des acteurs: le paysage des chaînes gratuites n'a cessé de bouger depuis dix ans. Pas moins de 13 nouvelles chaînes ont rejoint les 7 canaux historiques : les premières en 2005 (France 4, Gulli, D8, NRJ 12, I-Télé...), les 6 suivantes en HD en 2012 (L'Equipe TV, RMC Découverte, Chérie 25...). Cœur du réacteur audiovisuel, ce marché concentre 89,8 % de l'audience TV et 92 % des investissements publicitaires bruts (chaînes historiques + chaînes TNT/TNT HD) selon le CNC.

« La TNT reste l'univers audiovisuel de référence, celui qui garantit à une chaîne d'être reçue par 100% des Français, tous modes de réception confondus, et de se retrouver en tête des plans de numérotation", analyse Philippe Bailly, président de NPA Conseil. La vie d'une chaîne est faite de concurrence, mais ces dix dernières années ont particulièrement été portées par la multiplication du nombre de diffuseurs dans l'offre de la TNT.  Avec le passage au tout HD et la redistribution de l'offre sur 6 multiplex, il n' y aura pas - ou peu - de place pour lancer de nouvelles chaînes. »

 Paris Première lorgne toujours sur la TNT

Les grandes manœuvres de la TNT ne vont toutefois pas s'arrêter dès ce mardi. Le feuilleton Numéro 23 vient de rebondir et ne fait ni les affaires du groupe M6 ni celles de France Télévisions.

Le Conseil d'État a autorisé mercredi dernier la chaîne Numéro 23 à continuer d'émettre au-delà du mois de juin. Faute de pouvoir démontrer la « fraude » invoquée par le CSA, il a annulé de fait une décision prise en octobre 2015 par le gendarme de l'audiovisuel. Celui-ci avait retiré son autorisation à Diversité TV, la société éditrice de Numéro 23, estimant que l'intention affichée par son patron Pascal Houzelot de vendre Numéro 23 au groupe NextRadioTV, pour 90 millions d'euros, deux ans et demi après son lancement, constituait une spéculation frauduleuse sur la fréquence publique, attribuée gratuitement par l'État en 2012.

L'homme d'affaires peut donc pousser un ouf de soulagement, tandis que le projet de Nicolas de Tavernost tombe - provisoirement ?- à l'eau. Le  président du directoire du groupe M6 souhaitait, en cas d'appel d'offres pour le canal 23, présenter la candidature de Paris Première. Pour le groupe, mécontent du feu vert obtenu par TF1 pour LCI, le passage de la chaîne en gratuit, déjà refusé par le CSA, reste une priorité.

France Télévisions cherche une fréquence

Mais il y a plus urgent ! Le jugement du Conseil d'État affecte aussi France Télévisions, déjà détentrice de France 2, France 3, France 4, France 5, et France Ô. La fréquence retrouvée de Numéro 23 ne sera finalement pas préemptée par l'État au profit de la future chaîne d'information que prépare le groupe public, en partenariat avec Radio France, France Médias Monde et l'Institut national de l'audiovisuel (INA).

Provisoirement baptisée "France Info", elle devrait démarrer le 1er septembre sur le web et en télévision. Depuis des semaines, Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions, en liaison avec l'Élysée, Matignon et le ministère de la Culture, lui cherchent un point de chute sur la TNT.

Or pas question de toucher à France 4, repositionnée en chaîne jeunesse, ni à France Ô, la stratégique vitrine ultra-marine.

Mi-mars, Michel Field, le directeur exécutif de l'information de France Télévisions, évoquait une diffusion possible avant le canal 20 de la TNT, tout près de BFM TV et d'I-Télé, respectivement diffusées sur les canaux 15 et 16. Remplacée par France 4 (canal 14) en place 19, France Ô pourrait trouver refuge sur un canal 27 actuellement inexistant. Le prochain réaménagement des fréquences en HD laisse supposer de possibles solutions techniques. Pour faire une place à "France Info", France Télévisions pourrait aussi choisir de rogner sur la capacité de transmission d'une de ses chaînes : en clair, diffuser France 4, ou France Ô ou la chaîne info en simple définition (SD).

Vers une guerre de l'info ?

L'arrivée en septembre de cette quatrième chaîne d'information dans un paysage télévisuel hyperconcurrentiel, n'est pas une bonne nouvelle pour les concurrents en place. D'autant que l'arrivée en gratuit de LCI fait déjà grincer les dents: celles des chaînes payantes, qui y voient encore un motif de dévalorisation de l'offre des thématiques, et celles des deux autres chaînes d'infos gratuites, I-Télé et BFM TV. NextRadioTV, la maison mère de cette dernière, craint une remise en cause de l'équilibre économique de sa chaîne. Le groupe a été débouté par le Conseil d'État de son recours en référé demandant la suspension de la décision du CSA. Le recours au fond sera jugé d'ici à l'automne.

Vers une consolidation des marques ?

La TNT n'en a peut-être pas complètement fini avec le jeu des chaises musicales, mais le ciel devrait s'éclaircir. Principalement détenu par les groupes TF1 (TF1, TMC, NT1, HD1), M6 (M6, 6ter, W9), Canal+ (D8, D17) ou encore NextRadioTV (BFM TV, RMC Découverte, Numéro 23) et NRJ (NRJ 12, Chérie 25), le marché de la télévision numérique terrestre connaît un fort mouvement de concentration. Pour marquer leur territoire, les diffuseurs vont de plus en plus raisonner en groupe. Vincent Bolloré, président du conseil de surveillance de Vivendi (Canal+)à, n'a-t-il pas prévu de rebaptiser D8, D17 et I-Télé en C8, C17 et CNews ?

« LCI et la chaîne info de France Télévisions seront sans doute les dernières à entrer sur la TNT à court terme. Chacun des groupes va désormais devoir peaufiner le positionnement et l'identité de chaque chaîne, avance Philippe Bailly. On peut s'attendre à ce que Gilles Pélisson, le nouveau président de TF1 et homme de marketing, redéfinisse le contrat de lecture de ses chaînes. Quant au groupe NRJ, il vient de nommer un nouveau directeur général pour son pôle TV suite à la relance ratée de NRJ 12. Ce travail de groupe ira au-delà de la simple promotion croisée des chaînes. »

BFM TV a déjà pris de l'avance: depuis dimanche, la chaîne arbore un nouveau logo et un nouvel habillage pour gagner en lisibilité.

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TNT payante : réduite à une peau de chagrin

En dix ans, les chaînes payantes ont disparu peu à peu de la TNT. Après les défections de AB1, TPStar, Canal J, C Foot, TF1 et M6 ont arrêté en décembre 2014 leur chaîne commune TF6, dédiée aux séries. Suite à la vente à Discovery, Eurosport s'est aussi retirée et LCI s'apprête à passer en gratuit. L'offre de TNT payante, désormais réduite à peau de chagrin, ne se compose plus désormais que de Planète+ ( qui passe en HD ce mardi) et de Paris Première. Un temps annoncé, l'arrêt du Minipack, le seul bouquet de chaînes payantes commercialisé par Canal+, n'est pas encore effectif. Après la suspension de la diffusion d'Eurosport, il  a toutefois vu son prix de vente baisser de 12,90 euros à 6 euros. Et il n'est plus commercialisé indépendamment de l'offre "Les chaînes Canal+", mais proposé en option de cette dernière.

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Commentaires
a écrit le 30/06/2016 à 20:59 :
Passage en HD= arnaque quasiment plus aucune chaines malgré télés récentes, a part par fournisseur internet haut debit.

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