Les attaques contre les réseaux télécoms, piliers d’Internet, vont crescendo

Inédits dans l’Hexagone, les sabotages qui ont visé des réseaux de fibre, ce mercredi, constituent un signal d’alerte. Jamais les infrastructures télécoms, essentielles au bon fonctionnement d’Internet et de l’écosystème numérique, n’ont autant fait l’objet d’actes de malveillance ou de vandalisme.
Pierre Manière

5 mn

Dans la nuit de mardi à mercredi, plusieurs liaisons de fibre optique dites « longue distance », et permettant d’acheminer les communications entre la capitale et trois métropoles régionales (Lyon, Strasbourg et Lille), ont été coupées. Environ 100.000 abonnés de Free ont notamment été touchés.
Dans la nuit de mardi à mercredi, plusieurs liaisons de fibre optique dites « longue distance », et permettant d’acheminer les communications entre la capitale et trois métropoles régionales (Lyon, Strasbourg et Lille), ont été coupées. Environ 100.000 abonnés de Free ont notamment été touchés. (Crédits : Reuters)

Les réseaux télécoms sont les piliers d'Internet. Sans eux, les services et applications numériques, devenus si vitaux pour les communications et l'économie du pays, n'existeraient pas. Au bout du bout, ces réseaux reposent sur une gigantesque toile de câbles, qui maille tout le territoire. Toutes les données, mails ou vidéos finissent toujours par transiter par ces artères et leurs innombrables ramifications de fibre optique, déployées par les opérateurs comme Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free. Les antennes-relais de téléphonie mobile, par exemple, sont elles-mêmes reliées à ce réseau, capable ensuite d'acheminer les communications aux quatre coins du globe.

Or cette infrastructure est fragile. Sa gestion, son entretien et ses améliorations, au fil des évolutions technologique, n'est pas une mince affaire. L'été dernier, un « bug » lié à une mise à jour logicielle a provoqué une panne géante chez Orange, empêchant de nombreux Français de joindre les services d'urgence. En octobre 2020, ce sont plusieurs dizaines de milliers de foyers et d'entreprises qui ont été privés d'Internet après le passage de la tempête Alex dans les Alpes-Maritimes. Antennes-relais, lignes enterrées ou fixées à des poteaux... Toute une partie des infrastructures télécoms avait, alors, été lourdement endommagée. Ce type d'événement fait malheureusement partie de « la vie des réseaux », comme on dit dans le secteur.

100.000 abonnés de Free touchés

Mais les dysfonctionnements intervenus ce mercredi sont d'un tout autre ordre. Ce sont bien des sabotages qui ont violemment perturbé, ce jour-là, le bon fonctionnement d'Internet à l'échelle nationale, touchant de nombreuses régions telles l'Île-de-France, l'Auvergne-Rhône-Alpes, la Bourgogne-Franche-Comté et le Grand-Est. Free a été particulièrement touché. Environ 100.000 de ses abonnés ont essuyé des ralentissement et coupures d'accès à Internet, a indiqué Thomas Reynaud, le DG de l'opérateur, ce jeudi.

Ces attaques - ou « actes de vandalisme », c'est selon - sont inédites. Du jamais-vu dans l'Hexagone. Plusieurs liaisons de fibre optique dites « longue distance », et permettant d'acheminer les communications entre la capitale et trois métropoles régionales (Lyon, Strasbourg et Lille), ont tout bonnement été sectionnées. Et ce, à au moins trois endroits différents, et de manière coordonnée. C'est, en quelque sorte, la « colonne vertébrale » des réseaux télécoms et d'Internet en France qui a été volontairement endommagée. Rien de moins. S'agit-il d'actes de militants, voire, comme certains le redoutent, de services étrangers ? Nul ne le sait aujourd'hui. Il appartiendra à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) de lever le voile sur cette affaire.

La menace évolue

Cette dégradation est d'une toute autre ampleur que celles qu'on connaissait jusqu'alors. Depuis toujours, Orange est régulièrement confronté à des vols de tronçons de câbles en cuivre, ensuite revendus pour leur métal. Mais ces dernières années, ce sont surtout des antennes-relais de téléphonie mobile qui faisaient l'objet de destructions. Celles-ci étaient notamment le fait d'opposants à la 5G, inquiets quant aux conséquences sur la santé de cette technologie. Mais les destructions d'antennes ne concernaient, à chaque fois, qu'un nombre relativement restreint d'abonnés. Ce qui n'est pas comparable avec les sabotages de mercredi, dans la mesure où les infrastructures dégradées irriguent, elles, tout le pays.

C'est précisément cette évolution de la menace qui inquiète les opérateurs télécoms. « Les antennes-relais de téléphonie mobile étant généralement prises pour cible, les actes de vandalisme de ce mercredi sur les réseaux de fibre optique sont inédits et totalement inacceptables », a déclaré Arthur Dreyfuss, le président de la Fédération française des télécoms (FFT), le lobby du secteur, dans un communiqué. Son inquiétude est palpable, d'autant que les opérateurs n'ont, dit-il, cessé d'alerté les pouvoirs publics, ces derniers mois, sur « la recrudescence d'actes de malveillance » sur leurs infrastructures.

La sécurisation des réseaux devient une priorité

Les sabotages de mercredi surviennent alors que la sécurisation des réseaux est devenu un sujet de préoccupation majeur. Dans le sillage d'une numérisation galopante, qui concerne tous les pans de l'économie et des services publics, ces infrastructures n'ont jamais été aussi sensibles. Elles le sont, bien sûr, d'autant plus en cas de conflit. Ce n'est pas pour rien que le gouvernement est aujourd'hui préoccupé par la sécurité des câbles sous-marins, essentiels pour les échanges de données entre l'Europe et les Etats-Unis. Certains spécialistes redoutent le scénario d'une attaque de ces infrastructures par la Russie dans le contexte, électrique, de guerre en Ukraine...

Les télécoms européennes ont, d'ailleurs, récemment fait l'objet d'offensives. Au premier jour de l'invasion russe, le 24 février dernier, l'opérateur américain de satellites Viasat a essuyé une grosse cyberattaque. Celle-ci a visé son satellite KA-SAT, qui couvre l'Ukraine et l'Europe, et a provoqué une panne de réseau pour des dizaines de milliers de clients. Ajoutons que c'est en partie pour des raisons de sécurité que la France a décidé de limiter fortement l'empreinte de Huawei pour le déploiement de la 5G. L'exécutif craignait notamment que le géant chinois des équipements télécoms puisse, sur ordre de Pékin, interrompre à distance les communications mobiles dans l'Hexagone. Même si Huawei a toujours vivement démenti ce risque. Il n'empêche que les menaces visant les réseaux télécoms s'accumulent, et il faut bien, désormais, composer avec.

Pierre Manière

5 mn

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Commentaires 6
à écrit le 30/04/2022 à 17:35
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Pas de souci pour maurice qui est chez orange, tout va bien.

à écrit le 29/04/2022 à 10:27
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Quand on parle de "Résilience" c'est, ne pas faire confiance dans tout ce qui dépend de l'électricité!

à écrit le 28/04/2022 à 22:25
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il est évident que l'infrastructure d'internet offre une attrayante vulnérabilité pour tout acteur qui souhaite mettre un peu de bazar... contrairement à ce qu'on dit l'informatique de "dématérialise" rien du tout, mais au contraire "hyper-matérialis...

à écrit le 28/04/2022 à 19:38
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Internet, c'est comme l'avion, Facebook ou l'huile de tournesol,...on peut s'en passer. La preuve, JE m'en passe, mais il est vrai que je suis quelqu'un d'exceptionnel 😃👍

à écrit le 28/04/2022 à 19:01
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Rien de tel pour "modérer" tout ce qui fait obstacle aux fake-news!?;-)

à écrit le 28/04/2022 à 18:04
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De tels problèmes ne sont pas étonnant quand les sociétés sont peu regardantes sur la qualité du personnel de leurs sous-traitants. Ils n'ont parfois aucun diplôme européen garantissant qu'ils connaissent les normes en vigueurs dans le métier, et les...

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