INTERVIEW - En course vers sa souveraineté alimentaire, la Côte d’Ivoire - fournisseur mondial de plusieurs matières premières agricoles - veut davantage présenter ses produits transformés au monde, notamment en Europe où la traçabilité de son cacao est désormais requise. Des sujets sur lesquels, comme l’explique le Ministre ivoirien de l’Agriculture Kobenan Kouassi Adjoumani, cette économie vibrante d’Afrique de l’Ouest construit son propre narratif.LA TRIBUNE AFRIQUE - La Côte d'Ivoire a eu une présence marquée au Salon international de l'agriculture qui vient de s'achever à Paris. Pour vous, il est surtout question d'implémenter tout ce qui fait avancer votre pays vers sa souveraineté alimentaire. Sécurité et souveraineté ou tout d'abord souveraineté ?
KOBENAN KOUASSI ADJOUMANI - Je commencerai par souligner que la sécurité alimentaire est la capacité à disposer de quantité suffisante de nourriture pour satisfaire les populations, tant grâce à la production locale et par l'importation. Elle donne l'impression de nourrir le peuple, mais en cas de difficulté sur les importations, on se retrouve pénalisé. La souveraineté alimentaire, en revanche, est la possibilité pour un pays de produire lui-même ce que sa population veut consommer et d'assurer son autosuffisance sans recourir à l'importation.
Ce que nous voulons faire aujourd'hui, c'est parvenir à nourrir notre peuple sans avoir recours aux importations. Notre objectif est donc d'atteindre la souveraineté alimentaire. Nous sommes venus au Salon international de l'agriculture avec des produits divers du terroir pour montrer aux Français qu'en Côte d'Ivoire, nous avons fait des prouesses en matière de production alimentaire et surtout en ce qui concerne les produits vivriers, indépendamment des produits de rente qui sous-tendent notre économie. Nous disons que nous avons beaucoup produit pour les autres. Nous avons servi le monde entier à travers nos produits de rente : le cacao, la noix de cajou, l'hévéa, le palmier à huile, etc. Tout cela dans le but de soutenir les autres. Pendant ce temps, nous produisons ce que nous exportons et nous importons ce que nous consommons. Nous devons donc renverser cette tendance et c'est une instruction ferme du président de la République, son Excellence M. Alassane Ouattara. C'est la raison pour laquelle nous avons jeté notre dévolu sur les produits locaux.
Quels sont ces produits ?
Ils sont nombreux. Nous savons aujourd'hui que nous pouvons produire du pain avec de la farine de maïs et avec de la farine de manioc en y ajoutant un peu de farine de blé, contrairement au pain 100% blé que nous avons toujours connu. Nous nous rendons donc compte que nous n'avons pas toujours besoin de nous tourner vers l'Ukraine ou la Russie pour combler nos besoins en céréales. C'est la raison pour laquelle en Côte d'Ivoire, nous avons mis en place des politiques de développement de tous les secteurs d'activité dont celui des productions végétales (le manioc, le maïs, la banane plantain), mais aussi celui de la protéine végétale la plus consommée en Côte d'Ivoire qui est le riz, ainsi que d'autres féculents tels que l'igname.