En Afrique, sans écosystème structuré, l’entrepreneuriat restera une promesse inachevée
Alexis John Ahyee et Nathalie Riond
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Si cette explosion démographique est un atout potentiel, elle peut constituer une bombe à retardement si elle n'est pas accompagnée d'une transformation économique en profondeur. Comment assurer des opportunités économiques viables pour cette nouvelle génération ? L'enjeu ne consiste pas seulement à créer de l'emploi, mais bien à bâtir un modèle économique plus inclusif, capable d'intégrer durablement ces nouveaux actifs. L'entrepreneuriat s'impose comme une réponse incontournable, encore faut-il que les entrepreneurs disposent des outils nécessaires pour structurer, pérenniser et développer leurs activités.
Face à un chômage de masse et à un marché du travail incapable d'absorber cette nouvelle génération, l'entrepreneuriat apparaît souvent comme la solution miracle. Un chiffre en atteste : 78 % des jeunes Africains de 18 à 24 ans veulent créer leur propre entreprise d'ici cinq ans, selon un sondage réalisé par l'Ichikowitz Family Foundation en 2022. Pourtant, 90 % des PME africaines ne survivent pas au-delà de cinq ans (Banque mondiale).
Ce constat illustre un paradoxe préoccupant couplé à un problème structurel majeur : on célèbre l'esprit entrepreneurial, pourtant on laisse les entrepreneurs livrés à eux-mêmes, sans outils pour pérenniser leurs activités. Créer une entreprise ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir la structurer, l'ancrer dans un marché viable et lui donner les moyens de croître. Aujourd'hui, trop de freins brident ce potentiel : un accès au financement limité, des lourdeurs administratives, un manque de structuration des filières et des difficultés à attirer des talents. La dynamique entrepreneuriale est là. Toutefois, sans accompagnement, elle restera un mirage.
L'entrepreneuriat africain ne peut plus être pensé comme une réponse conjoncturelle à l'absence d'emplois. Il doit devenir un pilier structurant de transformation économique et sociale du continent. Dans les 30 prochaines années, l'Afrique devra faire en une génération ce que la Chine a mis près d'un siècle à accomplir. Mais avec quels outils ?
Alexis John Ahyee et Nathalie Riond