Les Brésiliens ne veulent plus de Dilma Rousseff

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Dilma Rousseff très fragilisée au Brésil par le vaste scandale de corruptions de Petrobras
Dilma Rousseff très fragilisée au Brésil par le vaste scandale de corruptions de Petrobras (Crédits : © Sergio Moraes / Reuters)
Dilma Rousseff est très fragilisée au Brésil par le vaste scandale de corruptions de Petrobras. Près des deux tiers des Brésiliens sont favorables à une procédure de sa destitution. De nouvelles manifestations monstres sont prévues ce dimanche dans tout le pays. Le contrat Gripen fait l'objet de soupçons de corruptions.

Près des deux tiers des Brésiliens sont favorables à une procédure de destitution de la présidente Dilma Rousseff cinq mois après sa difficile réélection en raison de l'affaire Petrobras, un vaste scandale de corruption, d'après un sondage publié samedi. Selon l'enquête réalisée par l'institut Datafolha, 63% des personnes interrogées sont de cet avis, mais 64% doutent que la procédure puisse mettre fin à son second mandat, entamé en janvier. L'opposition n'est pas favorable à une procédure de destitution, mais encourage les manifestations comme celle qui est prévue ce dimanche.

Plusieurs dizaines de responsables politiques brésiliens soupçonnés d'avoir bénéficié des largesses de Petrobras font l'objet d'une enquête de la Cour suprême, mais Dilma Rousseff, qui fut présidente du groupe, ne figure pas sur la liste. Ces affaires de corruption ont rendu le gouvernement impopulaire, a reconnu début avril le ministre de la Justice, José Eduardo Cardozo, mais aucune institution n'est imperméable à ce fléau et presque tous les partis politiques brésiliens font l'objet d'enquêtes, a-t-il rappelé. La présidente Dilma Rousseff a vu sa popularité s'effondrer à 13%.

Nouvelles manifestations contre Rousseff

De nouvelles manifestations sont prévues dimanche contre Dilma Rousseff dans la tourmente. Les organisateurs espèrent à nouveau faire défiler plus d'un million de personnes dans 400 villes du pays comme le mois dernier. Le 15 mars, une précédente mobilisation avait déjà réuni jusqu'à 1,7 million de manifestants, selon certaines sources, pour exiger la fin de l'impunité dans les affaires de corruption, certains demandant même la destitution de la présidente, voire le retour de l'armée au pouvoir.

Le Mouvement Brésil libre (MBL), l'un des organisateurs de la journée, lui reproche également d'avoir pris le contre-pied de ses promesses électorales en augmentant les prix de "l'électricité, de l'essence, d'avoir réduit les droits des travailleurs", a expliqué à l'AFP par téléphone l'un de ses dirigeants, le politologue Fabio Ostermann. Par ailleurs, le président du Parti social-démocrate (PSDB) Aecio Neves, perdant de la présidentielle d'octobre, a réitéré son soutien aux manifestants. Il n'avait pas défilé le 15 mars pour ne pas "politiser" la mobilisation mais réfléchit à manifester ce dimanche, a rapporté la presse locale.

Petrobras, une affaire d'Etat

Treize sénateurs, 22 députés, deux gouverneurs, le trésorier du Parti des travailleurs (PT, gauche) au pouvoir, d'anciens fonctionnaires de la présidence et d'ex-élus sont dans le collimateur de la justice pour leur supposée participation à un vaste système de corruption qui aurait brassé jusqu'à quatre milliards de dollars en une décennie, selon les enquêteurs. Le trésorier du PT, Joao Vaccari, qui clame son innocence, a été formellement accusé de corruption et blanchiment d'argent. Il sera prochainement jugé avec 26 comparses, dans un premier volet de l'affaire.

Outre des hommes politiques, le scandale Petrobras implique des hommes d'affaires, des anciens dirigeants de la compagnie et les principales entreprises de travaux publics du pays, qui acceptaient de verser des pots de vin pour obtenir des contrats, de l'argent ayant notamment servi à financer les partis politiques au pouvoir, selon l'enquête.

Petrobras, des dépréciations colossales

Le groupe pétrolier public brésilien Petrobras estime entre cinq et six milliards de réals (1,5 à 1,8 milliard d'euros) les pertes liées à un vaste système de corruption impliquant certaines de ses cadres, a estimé vendredi le quotidien "Folha" de São Paulo, qui cite des sources ayant eu accès aux contrats mis en cause. Cette estimation, "prudente" selon des sources, se fonde sur un taux de surfacturation de 3% pratiqué sur de nombreux contrats, a précisé le quotidien. L'enquête de la police et de la justice brésilienne porte sur les surfacturations présumées réalisées sur de nombreux contrats, qui auraient servi entre autres à financer des activités politiques.

En janvier, le groupe a publié des comptes trimestriels non-audités dans lesquels il estimait ses dépréciations potentielles à 61,4 milliards de réals, un montant qui regroupait différents facteurs, comme la chute des cours du pétrole, des retards ou des dépassements de coûts et la corruption. De son côté, Morgan Stanley, dans une étude publiée cette semaine, chiffre à 29,4 milliards de réals les dépréciations liées au scandale de corruption. Soit cinq fois plus que l'estimation de "Folha". Petrobras n'a toujours pas publié ses comptes définitifs des troisième et quatrième trimestres 2014.

Une enquête sur la vente des avions de combat Gripen

La justice brésilienne a annoncé vendredi enquêter sur des soupçons de corruption entourant l'achat par le Brésil de 36 avions de chasse Gripen au suédois Saab pour 5,4 milliards de dollars. L'enquête porte sur de "possibles irrégularités" autour du contrat, signé l'an dernier, a déclaré une porte-parole du parquet fédéral de Brasilia. La justice s'interroge notamment sur une différence de 900 millions de dollars entre le prix initialement proposé par Saab en 2009 et le prix de la transaction conclue en octobre dernier, a-t-elle précisé, confirmant une information parue dans la presse brésilienne.

L'armée de l'air brésilienne avait préféré le Gripen au F-18 Super Hornet de Boeing et au Rafale de Dassault Aviation . Saab a prévu de livrer les premiers avions début 2018.

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a écrit le 13/04/2015 à 12:04 :
La réélection de D. Roussef a certainement été une très mauvaise nouvelle pour le Brésil, ce qui m'a d'ailleurs été confirmé par plusieurs Brésiliens.
Réponse de le 13/04/2015 à 15:47 :
"ce qui m'a d'ailleurs été confirmé par plusieurs Brésiliens".

Notaires, medecins, avocats, profession liberale, commerçants ? , nous aussi , nous avons
les mêmes qui râlent.
a écrit le 13/04/2015 à 11:37 :
Les ONG américaines préparent elles un autre Maïdan au Brésil ? Cette information sur ce sondage est affligeant et ne correspond pas à la réalité des suffrages. Obama n'a pas supporté que le Brésil se rapproche des BRICS et de leur banques d'investissement qui sont en train de remplacer le dollars.
a écrit le 13/04/2015 à 4:00 :
Il y a un erreur dans cette information.
Il faut dire que la droite ne veux pas Dilma.Aujourd'hui , les maniféstations étaint un fiasco.
Il faut pas croire dans les médias qui sont pour la droite toujours!
C'est une mensonge aussi dire que 2/3 de nous sommes contre Dilma.L'institut Datafolha qui a fait les sondages a toujours commis des "fautes" dans le moment du scrutin en Octobre dérnier.Pour eux, le candidat de la droite était le nouveau président avant même le resultat officiel.
C'est-à-dire...Il n'y a que des mensonges et escroqueries en ce moment-là.
Réponse de le 13/04/2015 à 17:05 :
@ Eri
C'est bien de se battre contre le capitalisme sauvage et les financiers sans foi ni loi, mais le fait est que Dima et le PT n'ont a fait mieux et qu'ils sont directement responsables d'un réseau de corruption gigantesque. Tout le pays se retrouve paralysé à cause de cela et il mettra des années à s'en remettre. Quel gâchis ! Certes, on peut se réjouir que des procès aient lieu, ce qui est un progrès, mais il faut arrêter de faire croire que le peuple est derrière Dilma et que la droite est à l'origine d'une manipulation. Les classes moyennes ne sont plus entrain de retomber dans la classe pauvre, elles y sont déjà. Jusque là, l'emploi était préservé, mais le chômage est de retour et de grands plans de licenciements sont en route. Avec plus de 8% d'inflation, des chantiers arrêtés partout faute de financement, une violence en hausse dans toutes les villes, ce pays est dans une situation très dangereuse et on ne peut pas se contenter d'un statu quo. Certes, cette dernière manifestation était moitié moins forte que la précédente, mais personne ne peut prédire comment sera la prochaine. Je travaille beaucoup dans des favelas, où Dilma était encore plutôt populaire, il y a quelques mois. Je peux vous garantir que cela a changé, et il faut arrêter de dire que ces gens sont "manipulés" par Globo ou les media de "droite", c'est condescendant et méprisant, tout autant que de dire que les gens du nord-est sont manipulés, ce que Dilma dénonce à juste titre.
a écrit le 12/04/2015 à 13:50 :
Et ils veulent mettre qui à sa place, un Président-fantoche des États-Unis comme nous avons en Europe (Merkel, Hollande, Cameron, Komorowski, etc) ? je ne le pense pas. D'ailleurs c'est trop osé pour un journal français (et qui fait tant d'autorité à niveau international) comme La Tribune d'avancer un titre pareil, j'en suis épaté. Mais bon, dès qu'on sait que les titres d'une certaine presse sont les meilleurs indicateurs de leurs contenus.... salut !
Réponse de le 12/04/2015 à 15:35 :
@ Clément Ch.
La Tribune ne fait que reprendre une information qui est en Une des principaux journaux brésiliens, à la suite d'un sondage qui vient d'être publié. Après une élection très disputée, des scandales gigantesques quasi tous les deux jours, une inflation galopante, il eut été surprenant de voir le peuple brésilien continuer à supporter béatement une présidente dont toutes les précédentes responsabilités sont liées à la supervision de Petrobras !
Réponse de le 13/04/2015 à 8:07 :
@Clément CH Petit article aux relents atlantistes, je plussoie vos propos, depuis tjrs les US travaillent à renverser Dilma quitte à organiser une manifestation de couleur, comme ailleurs.. Tiens bon Dilma, l'Amérique du Sud toute entière est avec toi.
Réponse de le 13/04/2015 à 15:49 :
@ Jean. Qui est avec Dilma? L´Argentine, le Venezuela, Cuba. Des exemples à suivre, n´est-ce pas? Venez tester le réal brésilien qui dévisse de 50%, l´inflation à 8%, les entrepreneurs qui n´investissent plus. Qui va en faire les frais à votre avis? Demandez l´avis de ceux qui gagnent le salaire minimum, 240 euros, et qui chaque mois achètent moins de nourriture. L´idéologie c´est bien, mais il faut voir la pratique.

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