Quand l'Union européenne veut "maîtriser" la mondialisation

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Frans Timmermans et Jyrki Katainen, vice-présidents de la Commission européenne
Frans Timmermans et Jyrki Katainen, vice-présidents de la Commission européenne (Crédits : Reuters)
Les Européens sont encore loin d'un consensus sur une stratégie renouvelée pour atténuer les effets négatifs de la mondialisation. Illustration involontaire par un duo de commissaires européens.

Il y avait comme une nuance entre le vice-président finlandais de la Commission européenne, Jyrki Katainen, et son homologue néerlandais Frans Timmermans, ce jeudi, lors de leur présentation en binôme du "document de réflexion" de la Commission européenne sur la mondialisation.

Le conquérant et le prudent

Le premier, ancien ministre des Finances de centre-droit de 46 ans, a certes admis que la mondialisation pouvait avoir "des retombées négatives" auxquelles il fallait « faire face », mais il n'a rien lâché sur le principe des bienfaits d'une concurrence économique élargie aux dimensions du globe. Dès lors, l'essentiel est d' "augmenter la résilience des entreprises et des individus".

« Rien ne nous (les Européens) empêche d'être leader mondial dans n'importe quel domaine », a-t-il lancé à l'adresse de ceux qui déplore la concurrence déloyale d'autres blocs économiques.

Le ton de son confrère néerlandais, un ancien ministre des Affaires étrangères social-démocrate de 56 ans, était nettement moins conquérant. "Nous sommes en train de vivre des changements tectoniques dont les gens font les frais », a expliqué Frans Timmermans, premier vice-président de la Commission et proche de Jean-Claude Juncker.

« Lors de la troisième révolution industrielle, nous avons vu qu'il y avait des perdants et des gagnants et qu'il faut refaire le contrat social pour assurer la distribution de tout ce que peut nous apporter la globalisation", a-t-il expliqué, reconnaissant que "partout dans le monde, les acteurs ont du mal à (la) comprendre".

Pour ce dernier, « notre modèle économique doit être basé sur nos valeurs et nos valeurs ne sont pas le résultat du modèle économique mais l'inverse ». Or la mondialisation n'aurait "pas de sens pour nos citoyens si les bénéfices ne sont pas partagés de manière juste et équitable". Pour le premier, "la mondialisation n'est pas une source d'inégalités... si nous arrivons à nous intéresser aux causes des inégalités", assure-t-il, tout en soulignant que "plus un pays est ouvert, plus il joue sur un pied d'égalité avec le reste du monde".

Globalisation et inégalités

Plus les économies sont ouvertes, plus les inégalités (mesurées par le coefficient Gini) sont réduites, souligne la Commission européenne.

Pas de place pour la préférence nationale ou européenne

"Nous ne pouvons répondre à toutes les préoccupations en conférant de nouveaux pouvoirs à la Commission européenne", a répondu Jyrki Katainen à l'adresse de ceux qui aimerait voir Bruxelles contrôler les investissements en Europe de groupes chinois aux règles comptables et au capital opaques.

Pour Frans Timmermans, "s'il y a une chose que nous avons appris au cours des 10 ou 20 dernières années, c'est que sur la scène mondiale, les marchés ne tournent pas tous seuls. Il y a des régions du monde où il y a des interférences ou des ingérences importantes de la part des autorités publiques ou d'autres acteurs".

Les deux s'entendent sur l'utilité de bâtir sur l'esquisse de gouvernance mondiale que sont le G7 et le G20, rappelant que l'Union européenne a proposé la création d'un « tribunal mondial » destiné à traiter les différends entre les Etats et les investisseurs.

Compromis contesté sur l'antidumping

Ironiquement, le lendemain de la présentation de ce qui est présenté comme un « document de réflexion » et non un papier stratégique, les ministres des Vingt-Huit adoptaient une position commune sur les instruments antidumping. Un texte à la technicité repoussante qui vise à revoir la méthodologie d'appréciation des coûts de production de façon à pouvoir, en cas de dumping, lever des taxes à l'importation.

La décision a immédiatement provoqué la colère des sociaux-démocrates au Parlement européen qui y voient l'influence des grands importateurs de produits industriels chinois au premier rang desquels l'Allemagne.

« Une nouvelle fois, la position du Conseil nous démontre que la politique industrielle en Europe n'occupe pas la place stratégique qu'elle le devrait. C'est l'illustration d'un défaut d'Europe qui est en jeu alors qu'il est d'une nécessité impérieuse que l'Union européenne protège ses travailleurs et son tissu industriel», estime Edouard Martin, rapporteur du groupe socialiste et démocrate au sein de la Commission ITRE (industrie), suite à l'accord entre ministres.

L'affaire se réglera dans les mois qui viennent dans des négociations serrées et largement incompréhensibles du grand public entre représentants du parlement et du conseil des ministres.

Les Européens divisés

La principale conclusion à tirer des laborieuses discussions sur l'encadrement du commerce international et du document de la Commission, qui fait quelques recommandations difficilement discutables sur le besoin d'améliorer les systèmes de formation ou de protection sociale, est qu'avant d'être en désaccord avec le Chine ou les Etats-Unis, les Européens le sont entre eux et ont besoin de frotter leurs valeurs et leurs principes les uns aux autres... sans avoir le loisir de se mettre, pendant ce temps, en retrait d'une compétition mondiale qui les a beaucoup enrichis.

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a écrit le 12/05/2017 à 16:57 :
"« notre modèle économique doit être basé sur nos valeurs et nos valeurs ne sont pas le résultat du modèle économique mais l'inverse »." C'est le bon sens mais qui est incompatible avec la pensée néolibérale.
...en retrait d'une compétition mondiale qui les a beaucoup enrichis...Ca dépend de ce qu'on entend par "riche". Nous payons aujourd'hui cet "enrichissement" par beaucoup de pauvreté, de précarité, de millions de chômeurs...en perdant au passage nos "valeurs".
a écrit le 12/05/2017 à 15:05 :
La mondialisation n'est qu'une nouvelle forme de colonisation. Les armes ont simplement évoluées : au blocus militaire s'est substitué le blocus financier.
Citation : "Il y a des régions du monde où il y a des interférences ou des ingérences importantes de la part des autorités publiques ou d'autres acteurs" : Interférence et ingérences des lobby privés ne sont par contre pas inquiétants ? Si je comprends bien, les intérêts privés prime sur l'intérêt général dans le nouveau Reich Européen ?
a écrit le 12/05/2017 à 13:34 :
Avec l'UE quand il s'agit de freiner le libéralisme et la mondialisation il y a loin des paroles aux actes! On en reparlera dans plusieurs après avoir consulté l'OMC le FMI etc autrement dit à la saint Glinglin
a écrit le 12/05/2017 à 13:29 :
L' Europe ne va pas égler le problème puisqu' elle a créé le système avec les us ..!
D’où vient la mondialisation ?
Publié le 11 septembre 2014 dans Vidéothèque

Contrairement à ce que la propagande a asséné aux Français depuis des années, la « mondialisation inévitable » était parfaitement « évitable ».

Elle découle d’une série de décisions mûrement délibérées, qui ont été imposées conjointement par le gouvernement américain et la Commission européenne au tournant des années 1990-1994.


https://www.youtube.com/watch?v=zf8cLb-NK0c
a écrit le 12/05/2017 à 13:27 :
Merci beaucoup pour cet article d'une grande richesse encore une fois, il faut que vous aimiez vraiment l'europe pour lui mettre ce qui ne va pas sous son nez, que vous en ayez malgré tout encore la patience. Double merci puisque pour ma part c'est un travail que je fais de moins en moins les dirigeants de cette UE étant réellement exaspérants, bravo.

On est pas prêt de voir les maçons ou chauffeurs routiers polonais roumains ou croates payés 400 euros par mois pour 50h de boulot disparaitre.

L'UE devrait d'une seule voie dénoncer ces pratiques de dumping salarial sauvage dissimulées derrière le travail détaché et mettre tout en œuvre pour y mettre un terme. Las, hommes d'affaires et politiciens étant dorénavant bien trop copains il est évident que ce dumping social arrange bien les affaires des marges bénéficiaires des actionnaires milliardaires, aussi propriétaires de nos hommes politiques.

Du coup ce dumping social non seulement accélère la paupérisation des citoyens européens mais en plus donne raison aux partis d'extrême droite qui n'arrêtent de grossir alors que n'ayant comme principal programme que la haine de l'autre.

La responsabilité de nos dirigeants européens est immense mais trop habitués à se pavaner dans la compromission généralisée, ils font une énième fois semblant de ne pas voir ne faisant qu'accentuer ce terrible mal un peu plus tous les jours.

Parce que ce qui est atrocement pire dans tout ça c'est que les électeurs de l'extrême droite disent que les étrangers appauvrissent les populations locales et ce dumping social féroce ne fait que leur confirmer.

Voilà comment aussi on fabrique une opinion, certainement involontairement, l'avidité principalement et donc l'aveuglement guidant leurs pas mais aux effets sociaux dévastateurs.

L'extrême droite peut remercier franchement cette UE.
Réponse de le 12/05/2017 à 14:16 :
Quand les couts salariaux sont moins élevés, oui, cela fait une concurrence avec nos emplois,, mais n'oubliez pas que cela permet également de diminuer nos couts.
Nous bénéficions donc largement car ces "étrangers" nous permettent de consommer, construire, investir pour "moins chers". Et bien évidemment, ces autres pays se développent et consomment également nos produits et services, ce qui permet de créer des emplois dans nos industries et services performants.
L'UE offre un cadre à tout cela, avec ces imperfections , mais il faut mieux cette ouverture au monde que l'approche mortifère que vous préconisez : chacun chez soit dans son petit village.
Vous évoquez une paupérisation des européens alors que bien au contraire, tout le monde s'enrichit. La paupérisation, c'est la fermeture, le repli sur soi.
L'extrème droite devrait plutôt remercier des gens comme vous qui passent leur temps à dénigrer le système sans jamais essayer d'expliquer en quoi finalement les choses ne vont pas si mal.
Citoyen Blasé, le FN vous doit beaucoup.
Réponse de le 13/05/2017 à 19:35 :
Non cela diminue les coûts des actionnaires et propriétaires de capitaux et des outils de production. Nous cela nous fait perdre nos emplois et met une pression supplémentaire sur les salaires et les conditions de l'écran.

Quand au reste de votre commentaire ce n'est que du bavardage habituel.
a écrit le 12/05/2017 à 12:07 :
Les derniers coups de barre désespérés du commandement du Titanic n'empêcheront pas la venue de l'inéluctable catastrophe annoncée.
a écrit le 12/05/2017 à 11:23 :
la mondialisation c est une concurrence salariale enorme entre pays pauvre et pays riche et pauvres,quand on sait que l europe n est pas capable de solutionez ce probleme dans ces propes etat europeens on peut dire que l europe ne sert a R I E N???
Réponse de le 12/05/2017 à 16:46 :
Non puisque l' Union européenne l' organise.
a écrit le 12/05/2017 à 11:12 :
Non mais c'est quoi ce graphe qui est sensé lié l'"openness" avec les inégalités ? Comment peut-on déduire cette courbe d'analyse de ce nuage de points ?

C'est scientifiquement douteux, sans compter les profils des pays complètement différents, aussi bien en termes de ressources, de population que de cultures.
Réponse de le 12/05/2017 à 11:44 :
@Magik : j'ai pensé exactement pareil! La courbe de tendance semble complètement aléatoire. Faire une corrélation dans ces conditions est assez hasardeux.
Quand bien même, la logique est discutable : on pourrait aussi dire que c'est la mondialisation qui cause les inégalités, et que les pays qui en souffre le plus n'ont donc pas envie d'ouvrir encore plus leur économie!
Réponse de le 12/05/2017 à 13:50 :
Mais puisqu'on vous dit que l'économie est une science exacte...

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