La mer du Nord, laboratoire de projets autour de l'éolien

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C'était il y a à peine un an. L'association environnementaliste Natuur en Milieu mettait sur la table un projet inouï : une ceinture géante de fermes éoliennes en mer du Nord, à cheval sur les eaux territoriales de sept pays, dénommée « Zeekracht » (« énergie de la mer » en néerlandais). L'ensemble déploierait à terme une capacité énergétique de 13.400 térawattheures (TWh), 15 % supérieure à la production annuelle du Golfe persique ! De quoi assurer l'indépendance énergétique de l'Europe, voire la transformer en exportateur net. Pure utopie ? Pas si sûr.En juin 2009, au sommet sur l'énergie de Bucarest, la présentation qu'en fait Reinier de Graaf, un associé du célèbre cabinet d'architecture néerlandais OMA, attire l'attention du commissaire européen Andris Piebalgs. « Le projet est basé sur l'idée de collaboration à l'échelle européenne pour permettre à chaque pays de réaliser ce qu'il fait de mieux, de façon à ce que cette intégration ne se fasse pas aux dépens de l'identité européenne », explique l'architecte. Le potentiel énorme de la Mer du Nord, venteuse et riche en hauts fonds, fait son chemin à Bruxelles. Six mois plus tard, OMA se retrouve partie prenante d'un autre exercice, encore plus ambitieux, cette fois-ci directement connecté aux projets de l'Union européenne. Dans ses bureaux de Rotterdam, une dizaine de personnes travaille depuis quelques mois avec le spécialiste allemand des réseaux Kema, le groupe de conseil McKinsey et quelques autres sous le pilotage de l'European Climate Foundation (ECF). Objectif : mettre sur la table de la Commission européenne, qui prépare sa nouvelle « feuille de route » énergétique pour les dix prochaines années, des options pour une décarbonisation complète de la production d'électricité d'ici à 2050. Capacités à renouveler« C'est inscrit dans la loi. Les Vingt-Sept visent une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 80 % à 95 % en 2050. Cela n'a rien d'utopique. Nous sommes là pour dessiner les différents scénarios en jouant sur le mix entre renouvelables, nucléaire et stockage du CO2 », assure Tom Brookes, directeur de la communication de l'ECF. L'Agence européenne de l'environnement estime le potentiel de la seule énergie éolienne à environ 60 %-70 % des besoins électriques prévus en 2020 et 80 % en 2030. En un an, ce qui pouvait légitimement passer pour une lubie d'association environnementaliste est devenu une initiative politique à suivre. « Au cours de l'année passée, on a assisté à une montée en flèche de l'intérêt pour des projets éoliens et des réseaux décarbonisés », confirme le porte-parole de l'European Wind Energy Association (EWEA), Julian Schola. L'EWEA a calculé que la totalité des capacités éoliennes planifiées dans différents projets en Mer du Nord atteignait déjà 100 gigawatts (GW), soit un dixième des besoins européens. Le plus abouti est celui de super réseau en mer du Nord pour lequel neuf pays, dont la France, ont signé une déclaration politique en marge du Conseil des ministres de l'Énergie de décembre (voir « La Tribune » du 18 janvier). Bien qu'elle soit un horizon de moyen terme, la décarbonisation de la production européenne se joue dans les toutes prochaines années : la moitié des capacités de production électriques européenne doit être renouvelée d'ici à 2022.

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