EXCLUSIF – Alors qu’il va passer le cap des sept ans à l’Élysée, le président de la République dresse, dans un entretien accordé à La Tribune Dimanche et à La Provence, un premier bilan et affiche sa volonté de réformer le pays jusqu’à la fin de son mandat, et de peser en Europe.Cela fait bien longtemps qu'Emmanuel Macron n'est plus un jeune officier. Mardi, celui-ci célébrera le septième anniversaire de son accession à l'Élysée. Pour évoquer, entre autres, cette échéance symbolique, il a reçu La Tribune Dimanche et La Provence, vendredi en fin de matinée, dans le salon des Aides de camp de l'Élysée, destiné à l'origine aux militaires missionnés sur les champs de bataille pour transmettre les ordres du général.
Avant que le chef de l'État n'arrive, Brigitte Macron passe une tête. La première dame est ce matin-là en pleine préparation de la venue du couple présidentiel chinois en France. Lundi, elle accompagnera l'épouse de Xi Jinping au musée d'Orsay ; elle sait déjà quels tableaux celle-ci désire absolument voir. Le lendemain, les Macron recevront le dirigeant de Pékin et sa femme à déjeuner au col du Tourmalet, dans les Hautes-Pyrénées. Sur l'agenda présidentiel, alors que la campagne des européennes bat désormais son plein, cette visite d'État est une première date essentielle. Le locataire de l'Élysée veut en profiter pour montrer que l'Union européenne entend s'affirmer davantage face au géant chinois. Le devenir de notre continent, la suite de son second mandat présidentiel, déséquilibré par l'absence de majorité à l'Assemblée nationale, les Jeux olympiques et l'arrivée de la flamme mercredi à Marseille, où il sera présent... ce sont les sujets que La Tribune Dimanche est venue évoquer avec Emmanuel Macron. Il y a répondu pendant une heure vingt.
Son septennat
LA TRIBUNE DIMANCHE - Le 7 mai, vous fêterez les 7 ans de votre accession à l'Élysée. Que vous reste-t-il encore à faire ?
EMMANUEL MACRON - Tant de choses. Il me reste à aller au bout de beaucoup de dossiers et en ouvrir d'autres. J'ai quatre priorités. D'abord poursuivre la réindustrialisation du pays. C'est la mère des batailles, parce que c'est ce qui nous a permis ces dernières années de conjurer cette maladie profonde de la France, qui est à mes yeux aussi la source de beaucoup de ses divisions : le chômage de masse dans la durée. Nous avons créé plus de 2 millions d'emplois et plus de 300 usines, en moins de sept ans, c'est inédit. Il faut continuer en poursuivant notre politique en matière d'innovation avec France 2030 et nos réformes du marché de l'emploi. Le plein-emploi, c'est-à-dire à la fois la baisse du chômage et la hausse de l'activité, est la bonne réponse à la question des finances publiques, de la cohésion sociale, de la création de richesse et de notre autonomie stratégique. Ensuite, je veux continuer à réarmer nos services publics, et en particulier l'école et la santé. Là aussi, on a fait ces dernières années de vraies évolutions grâce à un réinvestissement sans précédent. Beaucoup de transformations sont en cours pour recréer une école de qualité : le choc des savoirs, la formation des maîtres, le pacte enseignant... Il s'agit à la fois d'élever le niveau des élèves, de transformer le système éducatif et de veiller à ce que l'école demeure un sanctuaire. C'est pour moi aujourd'hui la bataille la plus importante. Celle qui est au cœur de mon ADN : la lutte contre l'assignation à résidence. Concernant la santé, alors que nous manquons et continuerons de manquer de médecins, avec la fin du numerus clausus, la meilleure rémunération des professions médicales, la réorganisation de l'hôpital, la délégation des actes, nous avons également enclenché une transformation profonde du secteur afin de répondre à la demande de soins et d'avoir une médecine plus préventive. Mon troisième axe, c'est le régalien. Là aussi on a fait beaucoup. À la fin de ces dix ans, on aura doublé le budget des armées, augmenté de 60% celui de la justice, de 50% celui de l'Intérieur. Et je ne parle pas des recrutements.
Propos recueillis par Solen Cherrier, Bruno Jeudy, Soazig Quemener, Ludovic Vigogne et Aurélien Viers (La Provence)