L'austérité fait tomber le gouvernement roumain

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Le premier ministre Emil Boc a annoncé ce lundi sa démission. Le pays est secoué depuis deux semaines par de nombreuses manifestations contre la consolidation budgétaire du gouvernement.

La crise de la dette a fait une nouvelle victime politique. Le premier ministre roumain Emil Boc a annoncé ce lundi sa démission à l'issue du conseil des ministres. Il s'agit, selon lui, « de détendre la situation politique et sociale du pays ». Le parti de centre-droit du premier ministre, le PDL, clef de voûte de la coalition au pouvoir à Bucarest, avait poussé ces derniers jours à la démission du chef du gouvernement. Dans les derniers sondages publiés, cette formation ne recueillait plus que 15 % des intentions de vote contre 32 % récoltés lors des législatives de 2008.

Aide du FMI

En 2009, Bucarest avait dû réclamer une aide de 20 milliards d'euros au FMI pour éviter la faillite. Evidemment, l'institution de Washington avait posé ses conditions, notamment en termes d'assainissement des finances publiques. Les pensions ont été gelées, les salaires des fonctionnaires réduits d'un quart. Pour aller encore plus vite, le taux de la TVA est passé de 19 à 24 %. Dans un premier temps, ces mesures ont été bien acceptées et l'on louait voici encore quelques mois dans les chancelleries l'admirable "passivité" des Roumains, notamment au regard de la résistance des Grecs, des Portugais ou des Italiens. En 2011, le déficit budgétaire a été ramené de 6,9 % à 4,9 % du PIB. Mais les effets de cette consolidation ont fini par peser trop lourd pour la population. Car la croissance est restée faible. Après deux années de fort recul en 2009 et 2010 (-7,1 % et -1,9 %), le PIB n'a progressé en 2011 que très modestement (+1,7 %) et la prévision de croissance pour 2012 a été révisée par la commission européenne de 3,1 % à 2,1 %. Le taux de chômage a, quant à lui, progressé l'an passé de 7,3 % à 8,2 %.

Manifestations violentes

Les manifestations ont donc commencé, voici quelques semaines, pour protester contre la politique de rigueur. A la mi-janvier, elles se sont muées en véritables émeutes. Le 15 janvier, par exemple, des agences bancaires ont été attaquées, des magasins brûlés et des heurts violents ont opposé manifestants et policiers. Face à cette situation, Emil Boc n'a guère joué l'apaisement, continuant à affirmer que sa politique était nécessaire, que ces émeutes étaient intolérables et que le but devait être l'entrée dès 2015 dans la zone euro. Des propos qui ont encore réduit une popularité déjà écornée par son style autoritaire et sa conception très étroite du parlementarisme (il a fait un usage immodéré de la question de confiance). Au cours des deux dernières semaines, les protestations n'ont donc pas cessé et ce lundi, Crin Antonescu, leader du parti national-libéral (PNL), de l'opposition conservatrice, pouvait saluer « la victoire de « tous ceux qui sont descendus dans la rue ».

Vers de nouvelles élections ?

A présent, le président de la république Traian Basescu va entamer des consultations afin de former un nouveau gouvernement. Le ministre de la Justice, Catalin Prediou, seul ministre non partisan du cabinet Boc, va assurer l'intérim. Tentera-t-il de former un cabinet technocratique pour tenir le pays jusqu'au scrutin de l'an prochain ? Rien n'est certain, mais si le parlement rejette par deux fois sa confiance à un nouveau cabinet, il sera automatiquement dissous. L'opposition appelle déjà à des élections anticipées. Mais le PDL et son allié social-démocrate du PSD disposent actuellement d'une confortable majorité. Reste à savoir si le PSD va continuer à s'associer à l'image désastreuse du PDL.
Quoi qu'il en soit, la situation roumaine prouve que l'Europe centrale et orientale est actuellement fragilisée. Le gouvernement hongrois a fait face ce week-end à une marche de protestation des opposants et les manifestations anti-corruption se multiplient en Slovaquie. En République tchèque, l'accord européen a déstabilisé le gouvernement et la Slovénie a déjà connu l'alternance dans la foulée de la crise de la dette.

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Commentaires
a écrit le 07/02/2012 à 6:03 :
Vous etes completement desinforme. PSD est une parti d'oposition, qui ansemble avec PNL(liberal) et PC (conservateur) font USL -Union Social Liberal, la seule force qui s'oposse a dictature de Basescu.
Avec nominalisation d'un Chef de Service secret, Basescu a instaure officialement une regime militaire pour soutenir sa dictature contre la volonte du peuple.
a écrit le 06/02/2012 à 16:32 :
Ils mettront un type de la JP Morgan ou de Goldman Sachs à la place ou un PS de paille. Le joug !

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