Euro 2012, le focus du jour : un parti politique pour sauver le Panathiniaïkos

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Supporters du Panathinaïkos au stade olympique d'Athènes, le 18 mars 2012. Copyright AFP
Supporters du Panathinaïkos au stade olympique d'Athènes, le 18 mars 2012. Copyright AFP
Le club grec d'Athènes est à l'agonie financière et morale. Des supporters ont fondé un parti pour sauver le club. Pour l'instant, sans succès.

En Grèce, le football est une seconde religion, après l'orthodoxie. Les supporters sont réputés pour leur ferveur, parfois excessive du reste. La passion entraîne souvent des débordements. Pour beaucoup d'entre eux, leur club est une partie intégrante de leur vie, une deuxième famille, et leur attachement une conviction. On comprend alors que certains voient une façon d'oublier les difficultés actuelles du pays. Mais d'autres, moins nombreux il est vrai, ont voulu y voir une solution. Ainsi, quelques supporters du Panathinaïkos, le grand club d'Athènes, fondé en 1908 et qui est un des plus titrés du pays. En avril 2012, Giorgos Betsikas a ainsi fondé un nouveau parti politique, le « Mouvement Panathinaïkos » (Panki) et a réclamé, lors des élections du 6 mai, le vote des fans du « Pana ».


Une inspiration européenne ?

Quel est donc le projet politique de ce parti ? Pas facile de le savoir, le Panki est quasiment invisible dans les médias, il ne dispose pas de site Internet et n'a du reste, pu présenter qu'une poignée de candidats au scrutin, principalement en Attique, où néanmoins votent pas moins du tiers des électeurs grecs. Certes, le parti pourrait se prévaloir de l'histoire du « Pana » qui a été le seul club grec à véritablement pouvoir s'imposer au niveau européen. En 1971, guidé par son entraîneur, le légendaire joueur hongrois Ferenc Puskas, le club était même parvenu en finale de la Coupe des clubs champions, perdant alors devant le grand Ajax Amsterdam. Et les Verts athéniens peuvent également revendiquer deux demi-finales de C1. De quoi inspirer de la fermeté face à l'Europe, tout en affirmant plus que jamais son engagement européen.


Un parti muet sur l'essentiel

Mais que peut signifier cette inspiration dans le cas très précis et urgent du mémorandum ? Le silence du Panki sur ce point est éloquent : le parti n'a pas été fondé pour répondre aux défis de l'économie et de la société grecques, pourtant immenses. Ce qui intéresse le Panki, c'est évidemment l'avenir du Panathinaïkos. Car le club légendaire est bien malade. Après des dépenses somptuaires pour acheter des gloires européennes, principalement françaises comme Sidney Govou et Jean-Alain Boumsong et surtout Djibril Cissé, le Pana a forcément tiré la langue financièrement. D'autant que les résultats n'ont pas toujours suivi. Il n'est pas parvenu à réaliser la percée européenne nécessaire à l'amortissement de ses investissements. A cela s'est évidemment ajoutée la crise grecque qui n'a rien arrangé à l'affaire.


Propriétaire contesté

Le club avait été racheté en 2000 par Giannis Vardinogiannis, descendant d'un magnat de la raffinerie pétrolière en Grèce, à son propre oncle. Depuis longtemps, la domination de ce dernier est contestée. Les supporters l'accusent d'un manque d'implication et, surtout, d'être en réalité un fan caché de l'Olimpiakos du Pirée, un des deux clubs ennemis héréditaires du Pana. En 2007, 40.000 personnes avaient défilé dans les rues de la capitale grecque contre Vardinogiannis. Ce dernier a fini par céder des parts à d'autres investisseurs, notamment l'ambitieux Andreas Vgnenoupoulo, patron de la banque d'investissement chypriote Marfin Investment Group et de la compagnie Olympic Airways et à Pavlos Giannakoupoulos, qui a fait fortune dans la pharmacie.


Effondrement financier

A l'été 2011, le club a dû vendre en catastrophe ses deux meilleurs joueurs, Djibril Cissé et le gardien Alexandros Tzorvas. Vardinogiannis a annoncé dans la foulée vouloir céder les 54 % qu'il possède encore et se retirer définitivement de l'histoire du club. Des discussions avaient été ouvertes dans ce sens. Mais la saison 2011-2012 a été une des plus catastrophiques de l'histoire du club. Alors que le conseil d'administration était miné par les dissensions internes, l'argent continuait à manquer. Les bonus des joueurs ne sont plus payés. Au printemps, on leur demande d'attendre jusqu'en août, on leur fait craindre le pire : des caisses vides pour la visite des inspecteurs de l'UEFA et la menace d'une suspension des compétitions européennes. Rien n'y fait, les joueurs ne veulent pas signer d'accord dans ce sens. Pendant ce temps, les négociations pour le rachat du club s'éternisent. La crise économique accentue les difficultés du Pana. Et le 18 mars, c'est le chaos.


Emeutes au stade

Le club reçoit ce jour-là l'Olimpiakos du Pirée pour un derby traditionnellement tendu. Mais cette fois, c'est l'explosion. Les joueurs du Pirée mènent 1 à 0 et c'en est trop pour les supporters athéniens qui lancent cocktails Molotov et fusées sur le terrain. Le match est arrêté trois quarts d'heures. A la reprise, les incidents se poursuivent et l'arbitre décide d'arrêter définitivement le match à 9 minutes de la fin. La fédération grecque réagit avec vigueur : 250.000 euros d'amendes, le match perdu par 3 à 0, trois points de pénalité pour la saison en cours et deux pour la saison à venir. Le club est si durement frappé que le 23 mars, onze des treize membres du conseil d'administration démissionnent. Vgenopoulo annonce sa décision de se retirer du club et l'investisseur contacté pour la reprise, Thodoris Vassilakis annonce qu'il jette l'éponge. Le Pana rate une nouvelle fois le titre et est, cette fois, menacé sérieusement de disparition, même si Giannakopoulos prétend vouloir aider le club.


Une véritable déroute électorale: 0,0017 % des voix

C'est cela qui a déterminé certains à vouloir fonder le Panki, pas la crise ou le mémorandum. Une tentative de levée de fonds auprès des fans est d'ailleurs en cours pour renflouer le club. Mais malgré l'ampleur des difficultés du club et l'importante base de supporters du Pana dans le pays, le parti a pourtant subi une déroute électorale : il n'a recueilli que 107 voix sur les quelques 6,48 millions de Grecs qui se sont déplacés pour aller voter le 6 mai. Soit 0,0017 % des voix. Certes, c'est mieux que le parti du développement urbain et que les « Ecologistes grecs » (qui ne sont pas les Verts) qui sont les deux seuls partis à avoir fait pire que le Panki. Ce ne sera pas suffisant pour sauver le club. Il est vrai que, sans doute, les électeurs helléniques avaient d'autres chats à fouetter. Mais Giorgos Betsikas ne veut pas jeter l'éponge. Il sera encore un des partis en lice pour le scrutin du 17 juin, alors qu'une dizaine de partis ont décidé de se retirer ou de fusionner. Preuve que le Panki dispose de quelques fonds. Ne seraient-ils pas du reste plus utiles au club ?

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