Les PME françaises font les frais d’une économie de plus en plus "low-cost"

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Le nombre de PME dégageant un excédent brut d'exploitation négatif a bondi de près de 53% depuis 2008, à 2.525 en 2012, soit 17% des 15.000 sociétés étudiées par ATH. REUTERS.
Le nombre de PME dégageant un excédent brut d'exploitation négatif a bondi de près de 53% depuis 2008, à 2.525 en 2012, soit 17% des 15.000 sociétés étudiées par ATH. REUTERS. (Crédits : Décideurs en région)
Près de 20% des 15.000 PME étudiées par le cabinet ATH ont été déficitaires, en 2012. Et, pour celles qui sont encore profitables, leur bénéfice net a chuté de 18%, au cours des cinq dernières années.En cause, notamment : la course aux prix bas dans de nombreux secteurs.

L'emploi et la croissance proviennent essentiellement des PME. Mais pour combien de temps, encore ? L'association de cabinets d'audit ATH a publié, vendredi 15 novembre, une étude alarmante sur la situation financière de 15.000 PME non cotées en Bourse, un échantillon qui représente près de 8% des 200.000 petites et moyennes entreprises françaises recensées par l'Insee. Depuis la crise financière de 2008, l'excédent brut d'exploitation (EBE) - celui-là même que le gouvernement projetait de taxer - dégagé par les PME du panel ATH a chuté de 12,2% en moyenne, pour tomber à 482.000 euros, en moyenne toujours, en 2012.

Un plongeon qui débouche sur un EBE de 4,9% seulement, contre 6% en 2008. Un niveau si faible que "le moindre obstacle - comme la perte d'un client - peut devenir grave pour l'entreprise", prévient Philippe Blin, du cabinet d'audit Sefac, membre d'ATH. A noter que si la tendance est à la baisse dans tous les secteurs d'activité, elle est particulièrement violente pour les PME du BTP, qui ont vu leur excédent brut d'exploitation dévisser de 37%, au cours des cinq dernières années, à moins de 300.000 euros en moyenne en 2012.

 Près de 20% des PME étudiées par ATH ont été déficitaires, en 2012

Pis, le nombre de PME dégageant un EBE négatif a bondi de près de 53% depuis 2008, à 2.525 en 2012, soit 17% des 15.000 sociétés étudiées par ATH. Une proportion qui n'était encore que de 11%, il y a cinq ans. De la même façon, 18% des PME de l'échantillon ATH ont accusé une perte nette, l'an dernier, contre 13% seulement en 2008. Pour ces dernières, ce n'est même plus leur capacité à investir qui est en jeu, mais tout simplement leur survie, puisqu'elles perdent en moyenne 500.000 euros par an.

Et, pour les 82% de PME qui sont encore parvenues à dégager un bénéfice net, en 2012, celui-ci affiche une chute de 18% sur les cinq dernières années… D'où une marge nette ramenée de 3,20% en moyenne en 2008 à 2,44% l'an dernier.

"Ce niveau très faible pose problème pour le futur de certaines PME, car il est probablement insuffisant pour leur permettre d'investir, de surmonter une nouvelle période de crise, ou tout simplement de rémunérer leurs actionnaires ",

s'inquiète Philippe Mendès, du cabinet d'audit ACA, également membre de l'association ATH.

 Une rentabilité grevée par une économie de plus en plus "low-cost"

 Pourtant, "les PME ont fait des efforts très importants de gestion de leurs coûts, notamment en matière de salaires et de relations avec leurs sous-traitants", affirme Philippe Blin. De plus, à l'inverse de la rentabilité, le chiffre d'affaires des PME a augmenté, au cours des cinq dernières années, de 7%, pour atteindre 9,8 millions d'euros en moyenne, en 2012.

 Alors, pourquoi la rentabilité des PME dégringole-t-elle ?

"Les prix de vente se sont fortement dégradés, dans le contexte, notamment, d'une économie qui devient de plus en plus low-cost, qui se paupérise, où la négociation des prix par les clients est devenue systématique",

explique Philippe Blin. Et d'insister : "Avec Internet, nous nous sommes habitués à acheter moins cher. C'est notamment le cas des billets d'avion. Mais, derrière chaque voyage à prix cassé, il y a des PME qui voient leurs marges s'effondrer."

 Une trésorerie en hausse de 15% depuis 2008

Le bilan des PME présente néanmoins quelques signes encourageants. Leur besoin en fonds de roulement est demeuré stable, sur les cinq dernières années, à deux mois de chiffre d'affaires en moyenne. Au cours de la même période, leur trésorerie a augmenté de 15,4%, à 808.000 euros en moyenne, en 2012, et leur "gearing" (endettement rapporté aux fonds propres) a été ramené de 54% en 2008 à 49,7% l'an dernier.

 Mais s'agit-il réellement là de vraies bonnes nouvelles ?

"Ces évolutions reflètent une gestion de crise, une gestion très prudente de la part des patrons de PME, qui disposent de peu de visibilité sur leur activité et pilotent leur entreprise à vue depuis quatre ou cinq ans",

décrypte Philippe Blin. Qui, avec les autres auteurs de l'étude ATH, entend bien adresser celle-ci au ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, et à Louis Gallois, Commissaire général à l'investissement.

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Commentaires
a écrit le 16/11/2013 à 20:01 :
Pas de valeur ajoutée, pas de salaire, c est bête!
a écrit le 16/11/2013 à 18:34 :
Il faut conquérir le marché du haut de gamme dans le monde entier comme la mode les parfums Airbus Eurocopter etc.... L'alimentation bio haut de gamme est un secteur d'avenir a l'heure du tout OGM ! La France n'a pas d'autre choix que la qualité et l'exportation !
a écrit le 16/11/2013 à 13:26 :
Les chiffres paraissent étranges.

17% des entreprises avec un EBE négatif!?! mais "seulement" 18% en perte... Cela ne me semble pas cohérent.
Généralement les entreprises en perte on un résultat opérationnel et a fortiori un EBE positif.
Et dans ce texte nous aurions que 1% des entreprises en perte dans cette situation?

J'en pense donc que ces 17% d’entreprises à l'EBE négatif, sont surtout des autoentrepreneurs qui ont très peu travaillé, et dont l'entreprise ne constitue qu'un complément de revenus.

Dans ce cas il serait bien de revoir la méthodologie de l'étude pour ne prendre en compte que les "vraies" entreprises (en incluant uniquement les "vraies" autoentreprises). Car on peut se demander si toutes les moyennes calculées ne sont pas faussées de ce fait.
a écrit le 15/11/2013 à 23:18 :
10% de la population active au chômage, la fonction publique au régime sec depuis 4 ans, le smic qui plafonne alors que les prix des dépenses incompressibles (transport, logement, énergie) se sont envolés et que les taxes nouvelles pleuvent comme à Gravelotte, ca ne laisse pas grand chose pour la consommation des ménages. Pas étonnant qu'ils cherchent les prix les plus bas.
a écrit le 15/11/2013 à 23:17 :
10% de la population active au chômage, la fonction publique au régime sec depuis 4 ans, le smic qui plafonne alors que les prix des dépenses incompressibles (transport, logement, énergie) se sont envolés et que les taxes nouvelles pleuvent comme à Gravelotte, ca ne laisse pas grand chose pour la consommation des ménages. Pas étonnant qu'ils cherchent les prix les plus bas.
a écrit le 15/11/2013 à 20:28 :
Moi je me passe des artisans en activités. Je m'arrange avec ceux qui sont en retraites pour satisfaire mes besoins de travaux. C'est moins cher, conviviale et se règle devant un bon repas (et quelques billets passés sous la table).
a écrit le 15/11/2013 à 20:21 :
Comment faire des bénéfices en France ?
La seule façon c'est d'être élu , fonctionnaire, de braquer une banque, ou de s'expatrier
Si vous avez d'autres solutions merci de l'info
Réponse de le 15/11/2013 à 20:30 :
Oui, mais dans les trois cas vous manquez de courage pour faire "des bénéfices".
Réponse de le 15/11/2013 à 23:20 :
Avons fait des bénéfices et payé des impôts pendant 20ans... pour le résultat actuel .. je ne regrette pas mais constate le résultat
A vous Béa de prendre le relais et bon courage
a écrit le 15/11/2013 à 20:18 :
j adore "C'est notamment le cas des billets d'avion. Mais, derrière chaque voyage à prix cassé, il y a des PME qui voient leurs marges s'effondrer." Il y a combien de PME dans les transport aerien ? aucune !!! Ce qui d ailleurs se comprend vu le prix des avions
a écrit le 15/11/2013 à 20:18 :
j adore "C'est notamment le cas des billets d'avion. Mais, derrière chaque voyage à prix cassé, il y a des PME qui voient leurs marges s'effondrer." Il y a combien de PME dans les transport aerien ? aucune !!! Ce qui d ailleurs se comprend vu le prix des avions
a écrit le 15/11/2013 à 19:03 :
Et surtout du taux de prelevement et d'impots record au monde!
Réponse de le 15/11/2013 à 19:30 :
Ah, je me demandais quand est ce qu'un bas de plafond allé ramener ça à la fiscalité.
a écrit le 15/11/2013 à 17:24 :
Le low cost, c'est la grande beaufitude.

Le cabinet qui a fait cette étude aurait mieux fait de tirer la chasse d'eau dès la première impression de son questionnaire stupide et carrément minable.

Le problème n'est pas le low cost pour des produits low value et big déficits.

Le problème des entreprises, c'est l'erreur de courir derrière le low cost alors qu'ils devraient GRIMPER vers les sommes en valeurs ajoutées.

Mais que vous lez-vous, nos énarques et sciences po sévissent de leurs ignorances des fondamentaux de l'économie.
Réponse de le 18/11/2013 à 4:29 :
Exactement.

Si seulement de Gaulle connaissait les consequences de l'ENA, il ne l'aurait pas cree. En fait, le declin de la France a commence avec l'ENA.
a écrit le 15/11/2013 à 17:07 :
Merci d'envoyer aussi ce rapport a monsieur LEROUX President du Groupe PS a l'Assemblée nationale ...qui nous traitent régulièrement , nous Patrons de TPE/PME de "Pleurnichards " !
Pour avoir consulté ses antécedents ....Il n'a jamais mis les pieds de sa vie dans une entreprise(hormis inaugurations ...) Ce rapport lui apportera une petite formation ..;et il pourra apparaitre un peu plus compétent !!!!!
a écrit le 15/11/2013 à 16:53 :
Vie Low Cost en prévision... Merci Free et compagnie.
a écrit le 15/11/2013 à 16:01 :
Je ne comprends vraiment pas.. Est ce que les français constatent sur les prix baissent en France?? Il y a vraiment quelqu un qui s engraissent alors? Qui? L état?meme pas car la dette augmente.. Alors ou ça bloque? Les entreprises ne gagnent plus d argent , les impôts augmentent l état s endettE les prix ne baisse pas ...
Réponse de le 15/11/2013 à 17:18 :
Les multinationales et le secteur financier s'engraissent

54% des profits du CAC40 sont partis en dividendes en 2012, voilà où va l'argent... (contre environs un tiers avant les années 2000)
L'Etat emprunte aux banques pour la création monétaire et s'endette, avant 1974, il faisait lui même la monnaie donc aucun taux/endettement. Le service de la dette est de 55 milliards par an, a cause de choix idéologiques néolibéraux.
Réponse de le 15/11/2013 à 17:54 :
Les prix en France augmentent peu alors que les prix des matières premières ont explosé. Une partie du choc a été absorbé par l'euro (qui reste une monnaie forte) et le reste c'est les marges des entreprises qui ont baissé. Les industriels français ne repercutent pas toutes les hausses car ils savent autrement que les clients vont acheter un produit importé.
Par ailleurs il ne faut pas oublié que pour beaucoup d'entreprises françaises le marché français n'est pas suffisant pour les faire vivre et qu'il faut exporter. Sur ces exportations si on n'est pas dans le haut de gamme on tombe dans la guerre des prix avec les autres européens (comme les italiens ou les espagnols), les brésiliens, les asiatiques .... Et donc on baissent les marges pour essayer de conserver des parts de marchés
a écrit le 15/11/2013 à 15:47 :
Le low cost ou l'avenir de la chine

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