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Suppressions de postes d'enseignants par académie : les syndicats s'alarment des conditions de la rentrée 2011

Clarisse Jay

Publié le 22 décembre 2010 à 16:42 - Mis à jour le 22 décembre 2010 à 17:02

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Plusieurs organisations ont quitté ce mardi 21 décembre la réunion au ministère chargée d'examiner la répartition des 16.000 suppressions de postes par académie. Une saignée qui passe d'autant plus mal que les recteurs, chargés désormais d'identifier les leviers d'économies, vont recevoir une prime variable en fonction d'objectifs.

Reporté puis déserté. Comme souvent lorsqu'il doit aborder des sujets qui fâchent, le comité technique paritaire ministériel (CTPM) chargé ce mardi 21 décembre d'examiner la répartition par académie des 16.000 suppressions de postes annoncées dans le budget 2011 (voir la carte ci-contre) a été largement boudé par les organisations syndicales. Ces dernières avaient déjà provoqué son report le 17 décembre en le boycottant.

Mardi, l'Unsa-Education a refusé de siéger pour dénoncer les conditions de préparation" de la rentrée scolaire 2011. "Les suppressions de postes qui ne cessent de s'accumuler sont destructrices pour notre système éducatif. Alors qu'il est à la dérive, notamment pour les élèves les plus fragiles, comme vient de le démonter la récente enquête PISA, le gouvernement s'entête à poursuivre sa politique dogmatique de destruction de l'emploi public, dégradant aussi les conditions de travail des personnels", estime le syndicat. Le Sgen-CFDT et la FSU ont eux siégé puis quitté la séance, condamnant un "simulacre de concertation".

Une rallonge de 4 millions d'euros pour le privé

Pour les représentants syndicaux des enseignants, la coupe est pleine. Alors que l'étude PISA de l'OCDE a récemment mis en évidence l'incapacité de la France à tirer vers le haut ses élèves les plus fragiles, ils doutent de la capacité du système éducatif à s'améliorer, alors qu'il est saigné à blanc (65.000 suppressions de postes entre 2007 et 2011 en vertu de la règle du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite). Ces coups de rabot passent d'autant plus mal que l'enseignement privé sous contrat, déjà favorisé par une moindre proportion de suppressions de postes (1.633 suppressions de postes programmées en 2011 au lieu de 3.200 logiquement dues) a, lui, obtenu une rallonge de 4 millions d'euros, soit 250 postes (100 équivalents temps plein) grâce au vote de l'amendement du sénateur UMP Jean-Claude Carle au projet de budget 2011.

De son côté, le gouvernement affirme pouvoir gagner en efficacité avec des postes en moins qui ne pèsent que 0,9 % des effectifs totaux, d'autant plus qu'il y a 20 ans, on comptait 45.267 enseignants de moins et 604.300 élèves de plus. Quant au pic d'effectifs enseignants atteint il y a 10 ans, il n'a pas permis d'améliorer les résultats scolaires, argue-t-on rue de Grenelle. Il n'empêche.

A l'heure où le gouvernement prône les vertus de l'accompagnement scolaire personnalisé et des stages de rattrapage pour soutenir les élèves les plus en difficulté, les réductions d'effectifs paraissent paradoxales. En l'absence de revalorisations conséquentes de leur traitement, les enseignants craignent donc qu'à terme, l'Etat leur demande d'augmenter leur temps de service. Déjà, l'enveloppe des heures supplémentaires est passée de 1,25 à 1,41 milliard d'euros dans le budget 2011.

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Leviers d'économies


Malgré toutes ces récriminations, le CTPM étant une instance consultative, les suppressions de postes telles que réparties par académie vont être appliquées. A partir de janvier, l'astuce de la suppression de l'année de stage pour les enseignants débutants n'ayant pu jouer qu'en 2010, les recteurs vont donc devoir chercher où et comment ils vont pouvoir supprimer 8.967 postes dans le primaire (qui intègrent en fait la résorption de 5.600 "surnombres") et 4.800 postes dans le secondaire.

Selon le schéma d'emploi 2011-2013 concocté par le ministère de l'Education nationale, il incombe en effet désormais aux académies, dans le cadre d'un "dialogue de gestion rénové", d'identifier et d'actionner les leviers qui correspondent le mieux à leurs "besoins" (déscolarisation des moins de 3 ans, augmentation des effectifs par classe, suppressions d'option, réaffectation devant les élèves d'enseignants dit "hors la classe"...).

Une responsabilité supplémentaire qui vaut aux recteurs de recevoir pour la première fois cette année une prime au mérite, en fonction de "la manière de servir et des objectifs atteints", selon les textes réglementaires publiés en novembre. Cette part variable, qui s'étalera entre 0 et 6.840 euros, s'ajoutera à une part fixe de 15.200 euros (contre une prime fixe de 19.000 euros pour tous les recteurs auparavant).

Moins de candidats aux concours

A plus long terme, la "dégradation des conditions de travail" fait craindre aux syndicats une désaffection pour la profession. La réforme de la formation et du recrutement des enseignants, qui se solde par une entrée dans le métier plus brutale qu'auparavant (les débutants étant de surcroît souvent affectés dans des zones difficiles), largement médiatisée à la rentrée, pourrait être un facteur dissuasif supplémentaire.

Pour preuve, les chiffres publiés jeudi dernier par le ministère de l'Education nationale qui mettent en évidence une baisse des candidats aux concours enseignants : 18.000 à la session d'admissibilité de septembre contre 35.000 à la précédente session pour 3.000 postes ouverts dans le premier degré ; 21.000 candidats contre 38.300 pour 8.600 postes ouverts dans le second degré.

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Mais comme le fait valoir tant le ministère que les syndicats, l'année 2010 étant une période "transitoire" de la réforme (le calendrier ayant changé, les sessions 2010 et 2011 se sont tenues à quelques mois d'intervalle), il faudra attendre quelques années afin que se confirme ou s'infirme cette tendance.

Clarisse Jay

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