Il faut renationaliser la dette de la France

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Comment financer la dette publique française, aujourd'hui détenue à 70 % par l'étranger, tout en rassurant l'épargnant, inquiet de la perte de valeur de son patrimoine ? En proposant aux Français des bons du Trésor perpétuels. Démonstration par Jean-Michel Quatrepoint, journaliste économique.

La crise de l'euro a au moins un mérite : elle met en lumière les effets pervers de la déréglementation financière, qui a donné au système financier le quasi-monopole de la transformation de l'épargne. Une épargne, que les banques internationalisent et font tourner de plus en plus vite, pour optimiser les performances. Ainsi, la dette publique française détenue par l'étranger est passée, en dix ans, de 30 % à plus de 70 %. Dans le même temps, les OPCVM français sont bourrés d'obligations publiques et privées de la zone euro. Or, une double crainte se fait jour pour 2011.

Les États de la zone euro doivent trouver 1.000 milliards d'euros pour financer leur dette souveraine. La France, qui doit lever 185 milliards, sera plus que jamais suspendue au verdict des marchés et des agences de notation : « Encore un peu plus de rigueur, sinon vous paierez plus cher votre dette. » Nul doute qu'à Bercy on va passer quelques nuits blanches. Parallèlement, les épargnants, eux aussi, commencent à se faire des cheveux blancs. Avec la crise, ils découvrent que les placements en apparence les plus sûrs ne le sont pas forcément.

Comment financer la dette publique et rassurer les épargnants ? Tout simplement, en faisant financer la première par les seconds. Et en inversant le mouvement d'internationalisation. Si l'on veut vraiment se sortir de la dictature des marchés et des agences de notation, il convient de leur enlever une partie de leur matière première, c'est-à-dire nos dettes et notre épargne.

Comment expliquer que ces fameux marchés ne s'attaquent pas au Japon, dont la dette publique s'élève à 200 % du PIB (contre 85 % pour la France) ? Tout simplement, parce que l'épargne japonaise, fort abondante (17 % du revenu disponible, comme la France ou l'Allemagne), finance directement la dette publique, à travers La Banque Postale. Idem pour l'Italie (120 % de dette) dont les épargnants achètent plus de la moitié des bons du Trésor. Si la Grèce, l'Irlande mais aussi l'Espagne et le Portugal sont dans le collimateur, ce n'est pas tant en raison d'un niveau démesuré de leur dette publique mais parce que leur patrimoine financier et leur taux d'épargne sont trop faibles par rapport à l'endettement global.

Ce n'est pas le cas de la France. Le seul patrimoine financier (hors immobilier) des ménages est évalué à 3.800 milliards d'euros, dont 1.300 milliards pour l'assurance-vie. Celui de l'État (toujours hors immobilier) se chiffre à 850 milliards d'euros. Soit un total d'actifs pour la maison France (hors entreprises) de 4.650 milliards. Face à cela, la dette des ménages est de 1.300 milliards, dont les trois quarts de crédits immobiliers. Et celle de l'État de 1.600 milliards. Nous avons donc un solde largement positif.

Cette épargne est, dans la crise actuelle, un des atouts majeurs de notre pays. C'est elle qui peut nous permettre de rebondir. À condition de la sécuriser et de l'utiliser à bon escient en fonction des besoins du pays. Pourquoi ne pas commencer dès le début de l'année, en émettant des bons du Trésor perpétuels qui se substitueront progressivement aux OAT à court et moyen terme ? Ces bons seraient proposés directement aux épargnants. Leur taux tournerait autour de 4,5 % (on peut aussi en émettre avec une indexation sur l'inflation). « Mais cela va coûter une fortune ! » nous dira-t-on. La France n'émet-elle pas aujourd'hui des OAT à 10 ans à 3,30 % ? Certes, mais cela risque de ne pas durer : les taux vont monter. En outre, sur les 4,5 % versés chaque année, environ 1,5 % serait prélevé à la source pour la CSG et l'impôt (y compris pour les détenteurs non résidents). Ajoutons que les 3 % restants seraient réinjectés directement dans l'économie. Actuellement, les intérêts des OAT sont de facto défiscalisés.

« Pour les placer directement auprès des épargnants, il faudra verser d'importantes commissions aux banques », objectera-t-on également. D'abord, cela se négocie. Ensuite, La Banque Postale et les réseaux mutualistes se feraient un devoir de proposer à d'excellentes conditions un produit conciliant l'intérêt national et celui de leurs clients. Le lobby financier poussera des cris d'orfraie. Bercy et les spécialistes en valeurs du Trésor, qui ont fait un remarquable travail pour internationaliser la dette publique, auront du mal à accepter cette nouvelle stratégie. Tant pis ! Ils doivent se faire à l'idée que les idées les plus simples ne sont pas forcément les plus simplistes. Et que le bon sens commande, pour un pays, de financer en priorité sa dette par son épargne.

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Commentaires
a écrit le 26/01/2012 à 20:22 :
Est t il possible que l état interdise aux assureurs les rachats sur des fonds euros ?
Puisque les assureurs ont beaucoup d obligations d états ?
a écrit le 24/08/2011 à 19:18 :
POUR REDUIRE LA DETTE QUELQUES SOLUTIONS
1 PRODUIRE FRANCAIS POUR CONSOMMER FRANCAIS
2 QUE LES FRANCAIS SOIENT LIBRE D ENTREPRENDRE EN TEMPS QUE SALARIE OU CHEF D ENTREPRISE
3 1 EURO EGAL 1 DOLLAR
a écrit le 02/01/2011 à 15:01 :
vive les illusions...

On a un problème de dette ? Endettons nous encore plus !!! Et pour cela, piochons dans les portefeuille des concitoyens qui sont déjà ARNAQUES par les déficits...

L'effet d'éviction, ça vous dit quelque chose ?

http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_d'%C3%A9viction
a écrit le 02/01/2011 à 12:50 :
Tout à fait d'accord avec cette analyse mais le fond du problème reste la dilapidation des deniers publics par Nicolas sarkozy et sa clique qui devront être chassés du pouvoir le plus vite possible. Si les évènements devaient s'aggraver dans les mois qui viennent et le gouvernement par sa gabegie fait tout pour, il faudra se préparer à l'idée de traduire les responsables de cette déroute devant un tribunal !
Réponse de le 02/01/2011 à 17:46 :
Qui au pouvoir , le borgne qui ne voit d'un seul oeil peut être? c'est comme piloté a vue
a écrit le 02/01/2011 à 11:04 :
bravo pour l'analyse
a écrit le 02/01/2011 à 11:02 :
allons jusqu'au bout,la collecte des bons du trésor auprès du public peut se faire directement par les trésoreries du Trésor Public ( à leurs guichets et par internet ) . voilà une solution économique qui permettrait par ailleurs une activité complémentaire utile et pourquoi pas primable des personnels des trésoreries .
Réponse de le 02/01/2011 à 18:30 :
en voila une idée qu'elle est bonne me semble t'il,..après tout pourquoi ne pas faire travailler les gens du trésor et autres de la fonction publique ,ils sont payés pour ça et en plus ils savent faire...
a écrit le 02/01/2011 à 10:33 :
La dette française étant détenue à 70 % par des institutions étrangères notamment des fonds de pension on transfère régulièrement à l'étranger des intérêts payés par les français soit plusieurs dizaines de milliards. Ne pourrait -on imaginer une solution où, l'argent étant prêté par des français les intérêts leur reviendraient et représenterait du pouvopir d'achat à injecter dans l'économie française, à condition bien sûr d'acheter des produits français. Le système est-il si pervers que nous ne puissions changer nos habitudes et reprendre les bonnes solutions d'antan, les emprunts affectés. Je crois plutôt à une incompétence généralisée de nos dirigeants et der nos hauts fonctionnaires influencés par leur dépendance aux "Direktives" de la Commission Européenne sous influence allemande
a écrit le 02/01/2011 à 9:16 :
Quant à liberer l'etat de la contrainte du marché c'est la fausse bonne idée par excellence parfaitement en ligne avec la doctrine socialiste .La seule vertu de la situation actuelle c'est d'exercer une pression sur la maitrise des depenses (encore trop faible) la seule solution n'est pas de reduire le "dictat"des marchés c'est de mieux equilibrer nos depenses avec nos moyens .
Réponse de le 02/01/2011 à 10:59 :
Oui, il ne faut pas encourager la dépense mais il faut se libérer de la dette et autant que cela soit les épargnants qui en profitent plutôt que les banquiers.
a écrit le 02/01/2011 à 9:11 :
tant qu'à faire le journaliste devrait publier pour les principaux pays les montants respectifs sur les differents critéres qu'il enonce :dette publique,dette privée ,epargne privée ,actifs etc ,la comparaison pourrait rassurer des français qu'on s'evertue à paniquer à longeur de journée .preciser egalement la part de la dette dejà detenue par les français via les banques ,les assurances,en direct (oat).
a écrit le 02/01/2011 à 7:56 :
La "dette perpétuelle" placée auprès des épargnants nationaux revient à un impôt. Le capital qu'ils versent est stérilisé (ne sera jamais remboursé par l'emprunteur, ici l'Etat). Au mieux, ils pourront négocier sur le marché ces titres avec un risque de +/- values si les taux évoluent en -/+. Ce capital n'alimentera plus les investissements et la consommation privés et, ressource "interne", il ne contribuera plus à "positiver" la balance des paiements. Financer ainsi des déficits d'exploitation publics évacue l'essentiel : réduire la dépense publique pour ne plus avoir à la financer en partie par l'emprunt.
a écrit le 02/01/2011 à 7:21 :
La dette publique, conséquence de l?incurie étatique ? Peut-être, mais pas de la façon que l?on croit. Est-elle due à un excès permanent de dépenses sociales ou de fonctionnement ? Dans le cas français, pas tellement. Le mouvement Socialisme & Souveraineté ( http://www.socialisme-et-souverainete.fr ) a traité cette question et proposé des réponses dans le premier numéro de son journal mensuel :

http://www.socialisme-et-souverainete.fr/article-numero-1-septembre-2010-57089604.html
a écrit le 01/01/2011 à 19:24 :
faudra t-il faire un emprunt obligatoire ? exemple demander à chaque contribuable de verser un % de ses revenus imposables que l'état s'engagera à rembourser moyennant un taux de rémunération proche du taux du livret A et remboursé dans les 6 ans par voie d'imputation sur l'impôt sur le revenu futur
Réponse de le 02/01/2011 à 10:55 :
Cela s'est fait durant le septennat de M. Giscard d'Estaing.
Réponse de le 03/01/2011 à 13:54 :
VGE ou F.Mitterrand ?
Réponse de le 03/01/2011 à 17:53 :
J'ai le souvenir que c'était sous VGE et je ne dois pas me tromper.
a écrit le 01/01/2011 à 19:20 :
l'intérêt de la dette est aujourd'hui au niveau de l'impôt sur le revenu. L'état doit se désendetter et pour cela il doit dépenser moins et les niches fiscales sont des dépenses (on peut aussi dire non recettes !). l'état doit donc revenir sur la notion du crédit d'impôt en le supprimant et la limitant au maximum à l'impôt sur le revenu (fini les restitutions !). L'idéal est d'élargir l'assiette et parallèlement réduire les taux. Le budget doit être à l'équilibre, c'est une règle de bonne gestion et nous payons le laxisme des députés et des gouvernements successifs. La dépense doit être rationalisée, il faut en finir avec ces déplacements et réunions de quelques heures, dont l'efficience reste à prouver, de ces changements de mobiliers et immobiliers à chaque nouvelle arrivée de directeur ou haut fonctionnaire, redéfinir les compétences état/collectivité territoriale tout en évitant la dispersion des compétences...Pas facile à faire admettre !!
Réponse de le 07/01/2011 à 3:21 :
je vais peut-etre choquer mais je pense qu'il faut rendre toutes les niches fiscales à durée determinée( c'est à dire qu'il faut reexaminer si elles sont encore necessaires), par exemple 5 ou 10ans; de meme je pense qu'il faut 0% d'impot sur les sociétés, il y a deja des problemes de distortion de concurrence face à l'impot, les petite sociétés payant proportionnellement plus d'impot que les grosses, et de toute façon l'argent que gagnent les sociétés revient dans les revenus d'employés, patrons et actionnaires, donc il reste taxable par le biais de l'impot sur le revenu qu'on peut simplifier.
en general l'interet pour l'etat de taxer lourdement est de maintenir de l'argent dans le pays et d'eviter qu'il ne se barre à l'etranger par le biais des entreprises ou des particuliers, argent qui sera redistribué par les depenses de l'etat dans le circuit, abaisser le seuil de taxation revient donc à accroitre le danger potentiel de voir de l'argent partir de france et manquer, ce qui donne une baisse de pib et par consequence une montée des ratios comme celui de la dette, et avec elle sans doute des taux, devant un tel danger l'etat ne doit donc pas abaisser son niveau de prelevement avant d'avoir augmenté son efficacité, cela ne signifie pas couper des depenses dites inutiles( elles sont toujours utiles pour quelqu'un) mais les reduire tant qu'elles n'handicapent pas l'economie, la priorité est bien sur que l'argent economisé aille au remboursement de la dette et aux infrastructures du pays.
a écrit le 01/01/2011 à 17:33 :
Mais si tout bonnement le budget de l'etat etait obligatoirement positif ? Les reductions sur le NB de parlementaires serait une bonne chose non .Avec les techniques modernes a-t-on encore besoin d'avoir autant de representants , de services redondants ?
a écrit le 01/01/2011 à 17:16 :
Voici des idées simples vues de L'ETRANGER:

* travailler mieux et un peu plus
* exporter plus & importer moins
* reduire les dépenses publiques
* augmenter les impots

-> les déficits vont disparaitres graduellement; la France n'aurait meme pas besoin de ministres de l'Industrie ou de Commerce Exterieur.

a écrit le 01/01/2011 à 11:33 :
On retrouve l'idée de "l'emprunt forcé" des années Mitterrand, à la différence importante qu'il ne serait pas forcé, mais attractif grâce à un taux suffisamment élevé.

Et c'est là que j'aurais besoin de quelques éclaircissements.

"Leur taux tournerait autour de 4,5 % (alors qu') aujourd'hui (les) OAT à 10 ans (sont) à 3,30 % ? Certes, mais cela risque de ne pas durer : les taux vont monter."

-> S'ils montent, pourquoi monteraient-ils plus que le taux à proposer aux ménages ? Pourquoi le surcoût (estimé ici à 1,2%) ne resterait-il pas à peu près stable ?

"Sur les 4,5 % versés chaque année, environ 1,5 % serait prélevé à la source pour la CSG et l'impôt (y compris pour les détenteurs non résidents). (?) Actuellement, les intérêts des OAT sont de facto défiscalisés."

-> En quoi le régime de ces nouveaux emprunts sera-t-il plus défavorable que celui des OAT ? Cela vient-il simplement du fait que le prêteur est un ménage ? Si vraiment les 3,3% des OAT ne subissent aucune taxe et que les 4,5% ne représentent qu'un coût de 3% net pour les finances publiques, alors cela semble effectivement une bonne affaire. Sauf si ce placement constitue en pratique une substitution d'autres placements qui auraient subi les mêmes taxes.

"Ajoutons que les 3 % restants seraient réinjectés directement dans l'économie."

-> Je ne comprends pas bien la différence avec d'autres placements que feraient les ménages ? Et il semble clair que les revenus de placements des ménages fortunés (car les pauvres prêteront peu?) sont très rarement "réinjectés directement dans l'économie", ou à très long terme (retraite, donations?). Ils sont plus fréquemment réinvestis dans des actifs, immobiliers etc.

Mais je ne demande qu'à être convaincu : il semble évident que la France regagnerait en autonomie politique si sa dette était principalement détenue par les ménages.

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