"Vert" ou "Green", même combat ?

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Par Sophie Péters, éditorialiste à La Tribune

Il faudrait trouver une nouvelle couleur au « green ». Une couleur qui témoigne à quel point la question écologique n'est désormais plus cantonnée à la seule sauvegarde de notre planète. À quel point la crise a fait éclore toutes ses valeurs de respect, de durabilité, de sobriété, mais aussi ses besoins, comme celui de fédérer les ardeurs et de jouer collectif. « Vivre est une sincérité », note avec finesse Emmanuel Levinas. En levant un tabou, celui qui nous empêchait de voir certaines absurdités du système économique, en dénonçant la rationalité instrumentale de l'hyperconsommation et de la finance, en pondérant l'impérialisme de la raison économique, la crise a permis de dépasser l'alerte sur la dégradation environnementale ou le creusement des inégalités. Et entraîné un éveil des consciences aux tonalités du green. Une sorte de motion de synthèse entre développement économique, développement humain et développement durable susceptible de lever le verrou de l'insouciance du laisser-faire.

D'ailleurs, le terme écologie est souvent à tort employé pour résumer les questions environnementales. Au sens large, c'est un domaine de réflexion qui a pour objet l'étude des interactions et de leurs conséquences, entre un individu ou un groupe social et le milieu qui l'entoure. C'est bien à l'émergence d'une écologie du collectif que l'on assiste aujourd'hui. Ainsi, de nouveaux concepts naissent pour (re)bâtir notre futur, inspirés et exprimés dans les termes du développement durable. Tel celui « d'empreinte sociale » à l'instar de l'empreinte carbone, lancé par neuf chefs d'entreprise « responsables » réunis au sein du mouvement Le Collectif, depuis juillet 2009. Ils signent ces jours-ci un ouvrage sous ce titre. Pour eux, le profit durable n'est désormais possible que s'il crée de la valeur pour l'ensemble de l'écosystème interne et externe de l'entreprise. « Les enjeux des entreprises et de l'économie de demain reposent sur les capacités d'inventer de nouvelles interactions à partir de ces diversités », écrit Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France dans la préface de l'ouvrage.

 

Nouvelles interactions, c'est aussi l'objet du tout nouveau pacte civique qui sera lancé ce week-end par un collectif d'associations. Une plate-forme qui appelle citoyens et organismes publics, associatifs, économiques et sociaux, ainsi que les responsables politiques, à oeuvrer pour une société désirable pour tous à partir de quatre impératifs fondamentaux : la créativité, la sobriété, la justice et la fraternité. « La crise que nous traversons, c'est le rendez-vous de l'humanité avec elle-même », estime le philosophe Patrick Viveret. Objectif de ce pacte civique ? S'engager à titre individuel ou collectif à adopter des comportements porteurs de sens et à soutenir des réformes visant à mettre la politique et l'économie au service de la personne. Bref, contribuer à l'exigence citoyenne d'une société plus démocratique. « Chez des espèces avec des individus ayant une longue espérance de vie, la survie dépend des autres. Il en est de même entre les espèces. C'est ce qu'on appelle une communauté écologique. On n'évolue jamais seul, mais selon un tissu d'interactions complexes qui vont des individus à tout l'écosystème. Car dans une conception aussi effarante qu'égoïste de l'évolution, on avait oublié un fait fondamental : la coévolution », souligne Pascal Picq. Malgré encore beaucoup d'obstacles, nous amorçons à bas bruit un virage vers un monde où l'éthique s'immisce dans la finance, où l'environnement s'impose dans la croissance, où la vie privée ne s'en laisse plus compter par la vie pro, où l'individu se sent concerné par ce qui arrive aux gens autour de lui. Un retour des valeurs qui procède d'un réveil collectif porté par un nombre de plus en plus grand de « concernés ». Ce ne sera à coup sûr pas un grand soir, mais une multitude de petits matins. Alors qui mieux que le jaune du soleil et de la lumière pourra accompagner cette émergence d'une écologie existentielle.

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Commentaires
a écrit le 16/05/2011 à 12:20 :
enfin un article intelligent qui ne stigmatise pas les uns ou les autres.
Merci d'éduquer les lecteurs, ah si les electeurs FN pouvaient lire et comprendre ce genre d'article, il ne prendraient peut être plus les verts(green) pour des doux réveurs.
a écrit le 16/05/2011 à 8:26 :
En fait,il faut donner à l'énergie un role économique,et pas uniquement écologique;il faut mettre en balance le travail et l'énergie et répartir les prélèvements entre travail et énergie en respectant si possible une répartition 50/50.Ce serait l'aspect social de l'écologie.

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