Le financement du campus Condorcet fait toujours polémique

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Alors que l'Etat et la région s'affrontent sur la bibliothèque, le financement du projet global crée des inquiétudes.

C'est dans un climat tendu et un contexte pour le moins flou que la fondation du Campus Condorcet a lancé ce lundi sa concertation publique sur ce grand projet universitaire. Malgré les annonces de financement du gouvernement, nombre d'acteurs doutent de plus en plus de sa faisabilité. Cette future "cité des humanités et des sciences sociales" que souhaite voire naître la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche doit regrouper sur près de 180.000 m2 au Nord de Paris (répartis entre La Chapelle et Aubervilliers) des activités des universités Paris 1, Paris 8, Paris 13, du CNRS ou encore l'EHESS, l'Ined et la Maison des sciences de l'Homme.

La plupart des acteurs concernés (présidents d'université, élus) saluent les perspectives de ce "pont d'intelligence entre Paris et la banlieue Nord" et cette "opportunité pour la Seine Saint-Denis". Sur le papier, le projet fait effectivement sens, même si certains établissements parisiens rechignent à franchir le périphérique.

Un projet de 600 millions d'euros

Dans la vraie vie, tout reste à faire. Dans le cadre de l'opération campus, le projet bénéficie d'une dotation de 450 millions d'euros. Mais cette dotation est non consommable : seuls les revenus peuvent être utilisés pour payer les loyers des partenariats public-privé (PPP). Ce qui réduit l'ampleur de l'engagement de l'Etat pour ce campus évalué pour l'heure à 600 millions d'euros (la fondation du campus est en train de réaliser plusieurs études de programmation) pour les seuls investissements. Or, comme le fait remarquer Jean-Loup Salzmann, président de l'université Paris 13 et membre de la fondation, « quand on prend en compte les coûts de maintenance, la note est deux fois plus élevée". Du coup, l'Etat attend des collectivités locales qu'elles s'engagent au même niveau. Ce que la région et la Ville de Paris refusent, au motif qu'elles se sont déjà engagées dans le cadre du contrat de plan Etat-région (CPER) 2007-2013.

Par ailleurs, la région, qui ne veut pas entendre parler de PPP, compte concrétiser son engagement en finançant en propre la future bibliothèque à hauteur de 110 millions d'euros (sur un engagement total de 171 millions d'euros). Dernièrement, un compris a semblé se faire jour, l'Etat acceptant cette option, mais demandant à la région de s'engager aussi pour la maintenance.

Or, dans une note récente, la Fondation du campus évalue le coût global des 25.000 m2 de la bibliothèque à 215 millions d'euros (réalisation et maintenance pendant 27 ans) : 101,5 millions d'euros pour la réalisation et 113,6 millions pour l'exploitation "sur toute la durée". "Je prends positivement ces projections dans la mesure où notre enveloppe de 110 millions d'euros pour la construction reste supérieure", réagit Isabelle This Saint-Jean, vice-présidente de la région Ile-de-France en charge de l'enseignement supérieur et de la recherche. Pour autant, "combien l'Etat est-il prêt à mettre ?", interroge-t-elle, rappelant que la région "n'a jamais accepté de financer la maintenance". De quoi fermer à nouveau la porte au ministère, qui croyait l'affaire entendue...

Achat de foncier en attente à Aubervilliers

Plus globalement, la région se dit "inquiète" quant au financement et à la réalisation globale du projet, prévu pour sortir de terre en 2016 (les premiers PPP devant être signés en 2013) : "L'Etat s'est engagé à hauteur de 180 millions. Il n'est pas sûr que l'on puisse répondre sur la totalité du projet". En juin 2010, Valérie a débloqué 40 millions d'euros d'intérêts issus de la dotation de l'opération campus pour l'achat de 10 hectares de terrain à Aubervilliers nécessaires au lancement des travaux). Cet achat prévu à l'origine pour novembre 2010 faisait partie des "58 premiers chantiers" annoncés en octobre dernier comme "d'ores et déjà lancés".

Or à ce jour, rien n'a bougé, concède le ministère, faute d'avoir pu identifier lesdits terrains. Reste aussi le problème du site de La Chapelle. La Ville de Paris est prête à y financer des équipement, mais pas la maintenance. "Les collectivités locales n'ont pas à prendre en charge la maintenance des bâtiments universitaires, insiste Jean-Louis Missika, adjoint au maire de Paris chargé de l'innovation, de la recherche et des universités. "Nous achetons pour 15 millions d'euros de terrain sur La Chapelle et nous engageons, comme la région, 21 millions d'euros. Combien l'Etat peut-il mettre de son côté ? Quel est le coût global du site ?" Le sujet était d'ailleurs à l'ordre du jour lundi matin du Conseil de Paris. Dans ce contexte politique tendu, nombre d'acteurs craignent que le projet ne puisse être réalisé dans sa totalité. Les collectivités locales, s'inquiètent, elles, de devoir "porter le chapeau" en cas de sous-financement.

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