Pourquoi la recherche numérique ne décolle toujours pas en France

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Michel Cosnard, le PDG d'Inria, plaide pour une meilleure prise en compte des ressources et du savoir faire par les pouvoirs publics.

Il y a deux mois, à l'occasion de l'eG8 Forum, l'Institut Montaigne faisait 10 propositions pour développer numérique en France (La Tribune du 24 mai 2011), dont la définition d'un plan industriel et la constitution d'un réseau d'acteurs privés et public autour d'Inria (institut national de recherche en informatique et en automatique), l'organisme de recherche français en informatique né en 1967 dans le cadre du Plan Calcul du général De Gaulle. Constat de départ : la France n'est plus que la 20e économie mondiale en matière de numérique et a perdu cinq place entre 2009 et 2010.

Pourtant, sa recherche en informatique est performante. "Selon le classement de Microsoft Research, Inria est 1er en Europe et dans le top 10 mondial en terme de publications et de citations", indique Michel Cosnard, le PDG de l'institut dont les ressources propres pèsent désormais 27 % de ses recettes (contrats de recherche avec les industriels, valorisation...). Inria dispose de 271 brevets actifs et totalise 105 start-up créées, avec un rythme de croisière de six créations par an. Ces start-up, pérennes, sont souvent rachetées par des grandes entreprises qui, elles, ont dû taillé dans leur R&D du fait de la crise. "Cela montre l'intérêt du modèle : la maturation de l'innovation via la start-up qui devient un vecteur de transfert", explique Michel Cosnard.

Règles du jeu mal comprises

Comment alors expliquer le manque de compétitivité de la France, alors que le numérique est, au même titre que la santé ou le développement durable, est l'une des grandes priorités du gouvernement ? Pour Michel Cosnard, la France privilégie toujours une approche d'utilisateur et non d'inventeur. "Le numérique n'est pas encore assez appréhendé par l'ensemble de la société. Il n'y a par exemple pas de ministère en charge de ce domaine. Cela nous fait perdre en compétitivité.", regrette-t-il, rappelant que le triangle éducation-recherche-innovation est fondamental.

Bref, les pouvoirs publics ne prennent pas assez en compte le numérique. Allistene, l'Alliance nationale de recherche des sciences et technologies du numérique (Inria, Cnrs, universités...), créée fin 2009 à la demande du ministère, "n'est pas assez utilisée par le gouvernement, constate Michel Cosnard, président de son comité de coordination. Le conseil national du numérique s'est créé sans nous et l'e-G8 Forum a été centré sur l'e-commerce, ce qui est réducteur."

Quant au grand emprunt, jugé "très positif", il n'a pas assez valorisé le numérique et a mal exploité l'alliance lors de la première vague d'appels à projets (équipements et laboratoires d'excellence notamment), dont les résultats ont été jugés décevants par la communauté des chercheurs en sciences du numérique. Les règles du jeu ont été mal comprises par la communauté informatique. Les dossiers présentés par les scientifiques du domaine étaient des réseaux nationaux alors que les jurys ont privilégié les dossiers en mode projet. Je plaide pour que les chercheurs proposent des dossiers plus focalisés" à l'occasion de la deuxième vague, indique Michel Cosnard.

Allistene a en d'ailleurs fait part au ministère. " Je plaide pour que cette priorité nationale numérique s'exprime davantage, conclut Michel Cosnard. Nous sommes prêts à apporter notre contribution."

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