Les réactions après les menaces de S&P sur le triple A de la France

Après la mise sous surveillance de quinze pays européens, dont la France, annoncée par l'agence de notation américaine, plusieurs personnalités gouvernementales, en France et en Allemagne, se sont exprimées. Retrouvez leurs réactions.

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Le AAA de la France est désormais directement menacé par Standard & Poor's qui l'a placé lundi sous surveillance avec implication négative, en même temps que les notes de quatorze autres pays de la zone euro. L'agence de notation met une pression particulière sur la France en précisant qu'elle pourrait être dégradée de deux crans contre un seulement pour les cinq autres pays AAA de la zone euro. Du coup, les réactions ne se sont pas fait attendre, surtout du côté du gouvernement français, mais aussi en Allemagne.

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Réaction de l'Elysée dans un communiqué

"La France et l'Allemagne prennent note de la perspective de réexamen par Standard and Poor's de la notation de plusieurs Etats membres de la zone euro", a immédiatement réagi l'Elysée dans un communiqué. Les deux pays se disent "pleinement solidaires" et "confirment leur volonté de prendre toutes les décisions nécessaires" pour "assurer la stabilité de la zone euro".

François Fillon, chef du gouvernement

"D'une certaine façon, c'est un appel à une gouvernance politique et économique plus solide, et notre réponse est sans ambiguïté : c'est l'accord franco-allemand élaboré hier par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel", a dit ce mardi le Premier ministre français lors d'une déclaration à l'Assemblée nationale, avant le Conseil européen du 9 décembre. Le gouvernement français, a-t-il répété, "fera tout" pour respecter ses engagements budgétaires.

François Fillon a estimé par ailleurs que les décisions prises par la Grèce, l'Italie et l'Espagne étaient "encourageantes". "Nous ne devons laisser aucun doute aux investisseurs sur notre détermination à défendre la zone euro", a-t-il souligné.

Jean-Claude Juncker, chef de file des ministres des Finances de la zone euro

Jean-Claude Juncker, a estimé mardi "exagérée et aussi injuste" la menace de l'agence de notation financière Standard & Poor's de dégrader la note de la majorité des pays de la région, dans un entretien à une radio allemande. "Nous sommes en train de maîtriser la crise de la dette, nous consolidons, nous réformons, nous réformons aussi la façon dont nous gouvernons", a-t-il plaidé sur Deutschlandfunk.

"Cela m'étonne beaucoup que cette nouvelle tombe du ciel à l'aube du sommet européen. Cela ne peut pas être une coïncidence", a-t-il ajouté. "Il ne faut pas accorder aux agences de notation plus de crédit qu'elles ne le méritent", a encore estimé le ministre des Finances luxembourgeois, rappelant qu'elles n'avaient pas vu venir la crise du crédit hypothécaire à risque (subprime) aux Etats-Unis en 2007-2008.

Angela Merkel

La chancelière allemande a déclaré ce mardi qu'elle voulait "continuer sur le chemin" des réformes, relativisant l'importance des menaces de dégradations par Standard & Poor's. "Nous allons mettre en oeuvre les décisions que nous jugeons importantes". "C'est un long processus. Nous allons continuer sur ce chemin" des réformes, a-t-elle dit lors d'un point de presse à Berlin.

François Baroin, ministre de l'Economie

Au lendemain de cette annonce,  François Baroin, tente de rassurer. Il a indiqué que "la règle d'or" sur le retour à l'équilibre budgétaire pourrait être soumise au vote du Congrès avant la présidentielle si une "fenêtre de tir" se présentait, interrogé sur les menaces qui pèsent sur le triple A français. "L'union nationale, ce serait vraiment bien en France", a déclaré François Baroin sur iTélé, assurant que "si une fenêtre de tir se présentait, elle serait saisie par le gouvernement". "Mais le Sénat a basculé à gauche et la campagne présidentielle ne favorise pas les rapprochements", a-t-il souligné. Jusqu'à présent, le gouvernement français avait renoncé à convoquer le Congrès (Assemblée nationale et Sénat), ne disposant pas de la majorité des trois cinquièmes requise, en raison de l'opposition de la gauche, majoritaire au Sénat.

Selon lui, il faudra "de toute façon revoir le texte de l'actuelle règle d'or, telle qu'elle a été votée à l'Assemblée comme au Sénat, fixer une date, comme les Allemands l'ont fait, et que cette règle d'or soit compatible avec tout ce que les autres pays vont mettre en place". "Que ce soit avant les présidentielles ou après, les socialistes seront dans l'obligation, je l'espère, dans l'opposition, d'assumer leurs responsabilités", a-t-il observé.

Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères

Alain Juppé a déclaré ce mardi que la France a plus d'efforts à faire que d'autres pour protéger son triple A et prend au sérieux la menace d'une dégradation de sa note souveraine.  "Ce n'est pas une dégradation, c'est une menace de dégradation qui concerne l'ensemble de la zone euro", a dit Alain Juppé sur RTL. "Nous savons que nous avons plus d'efforts à faire que d'autres, c'est sûr", a-t-il ajouté. "C'est une menace, ce n'est pas une décision, mais bien sûr qu'il faut la prendre au sérieux".

Wolfgang Schäuble, ministre allemand des finances

Les menaces de dégradations de Standard & Poor's constituent encore "la meilleure incitation possible" avant le sommet de l'UE qui doit se tenir en fin de semaine, a déclaré mardi le ministre des Finances allemand. "Les marchés n'ont aucune confiance dans la zone euro actuellement", a déclaré le ministre à Vienne, ajoutant que la démarche de l'agence de notation américaine constituait "la meilleure incitation possible pour le sommet de cette semaine (...) Je ne peux pas penser à quelque chose de plus efficace".

Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France

Le gouverneur de la Banque de France a réclamé mardi une réflexion sur le rôle que joue les agences de notation dans la crise des dettes souveraines qui ébranle la zone euro. La méthodologie de S&P est devenue plus politique, moins économique, a encore déclaré Christian Noyer, qui a également assuré que l'Etat n'aurait pas à soutenir le système bancaire français.

Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy

L'accord franco-allemand de la veille était "une première réponse" à la méfiance exprimée par l'agence de notation Standard & Poor's. "C'est une décision prise avant la rencontre" Sarkozy-Merkel, a observé sur France 2 Henri Guaino. Cette rencontre franco-allemande "est une première réponse au fond à cette méfiance, cette crise de confiance", a-t-il dit. Pour lui, si Paris est davantage visé (menace de recul de deux crans de sa note financière, ndlr) alors que toute la zone euro est mise sous surveillance, c'est parce que S&P considère qu'en cas de crise de cette zone, "la France subira des conséquences plus lourdes que certains autres pays", notamment parce qu'elle "considère que ses banques ont plus de dette souveraine de pays européens".

Arnaud Montebourg, député PS de Saône-et-Loire

"Il y a longtemps que ces agences de notation auraient dû être mises hors la loi", et qu'on aurait dû leur interdire "de noter, trifouiller dans les comptes publics", estime Arnaud Montebourg. "L'Europe aurait dû, depuis la chute et l'effondrement de Lehman Brothers que les mêmes agences de notation n'avaient pas vus, repérés, anticipés, être remplacées par une cour des comptes européenne". Les agences "sont les alliées de la spéculation", "elles vivent des spéculateurs et du système financier," a accusé Montebourg. Un système financier "qui est en train de mettre à genoux les Etats et de supprimer la légitimité démocratique d'un certain nombre de gouvernements", a-t-il accusé, citant les chefs de gouvernement italien et grec.

Pour lui, la perte du AAA dont est menacé Paris est "l'oeuvre du sarkozysme", notamment parce que le gouvernement a "laissé prospérer la dette". "Ce sont les Etats qui sont aujourd'hui sur le banc des accusés" alors que "ce sont les marchés qui sont la cause des problèmes". Or, "ils sont tout à fait libres de faire du trading haute vitesse". "La droite européenne Merkel-Sarkozy protège les intérêts financiers", a-t-il poursuivi.

François Hollande, candidat PS à la présidentielle

Le candidat socialiste à la présidentielle, François Hollande, a affirmé mardi qu'il ne souhaitait "pas qu'il y ait une dégradation de la note de la France" par les agences de notation, tout en dénonçant "un échec de la politique conduite depuis cinq ans" par Nicolas Sarkozy.

"Je ne souhaite pas qu'il y ait une dégradation de la note de la France à la fois pour les Français, parce que ça voudrait dire que nous serions obligés les uns et les autres d'emprunter à des taux plus élevés, mais aussi parce que je pense à l'après 2012", a déclaré François Hollande sur France Inter. "Je ne veux rien dire qui puisse affaiblir la France au moment où elle affronte des difficultés, elle les affronte d'ailleurs depuis plusieurs années", a-t-il ajouté.

Il a toutefois estimé que "la situation marque un échec de la politique qui est conduite depuis 5 ans" par le chef de l'Etat. Le député de Corrèze a notamment mis en cause "les plans successifs (de rigueur, ndlr), l'absence de soutien de l'activité" par le gouvernement qui ont abouti à "une croissance minimale au premier semestre 2012. Et donc le doute s'est installé sur l'affichage des perspectives de réduction des déficits" de la France. "D'autre part, a-t-il dit, notre système bancaire est fragile". Selon le candidat PS, "la France devrait d'ores et déjà reprendre les allègements fiscaux qui ont été consentis aux plus favorisés et qui n'ont pas été repris par les deux derniers plans dits de rigueur présentés par le gouvernement".

Pierre Moscovici, directeur de campagne du candidat socialiste

"La véritable règle d'or, c'est la crédibilité dans les engagements de maîtrise des finances publiques, non une norme érigée en dogme, proposée par un président qui a laissé filer les déficits, et dont l'action depuis cinq ans menace la signature de la France", affirme dans un communiqué Pierre Moscovici.

Edmond de Rothschild Investment Managers

"La France va probablement perdre son triple A quelque part en 2012. On parie plutôt pour la fin de l'année 2012", a estimé le directeur de la gestion Taux et crédit de Edrim. "Mais on pense également que l'Allemagne a un potentiel assez élevé de perdre son AAA parce que son problème de démographie est fortement pesant et que, dans une économie européenne atone, voire plutôt déprimée, l'Allemagne ne fera pas réellement mieux. Elle est très dépendante du reste de l'Europe".

"Il y a eu le choc sur les "corporates" (entreprises, ndlr) avec l'explosion de la bulle des technologiques dans les années 2000 avec des baisses de taux massives et prolongées pour que le consommateur américain demeure actif et protégé. Cela a créé une bulle sur l'immobilier qui s'est traduite par la crise des subprimes qui, à son tour, a directement atteint les banques qui, elles, ont atteint les Etats", a expliqué le responsable Taux d'Edrim. "Vous avez une suite logique de bulles et on arrive à la fin du cycle dit du levier (endettement), levier favorisé par une période de taux très bas".

"La somme de tout cela nous conduit à retenir le scénario suivant : effectivement les deux pôles que sont les Etats-Unis et l'Europe vont devenir des double A", dit le gérant. "Mais est-ce un problème?", s'interroge-t-il. "Le concept d'investissement sans risque n'existe plus. C'est vrai pour la France, c'est vrai pour l'Allemagne. On l'a vu récemment quand les tensions dans la zone euro ont atteint des niveaux extrêmement élevés, les emprunts d'Etat allemands ont subi également un fort reflux parce que tout le monde se dit que la zone euro n'est pas crédible."

Parti communiste français

"Ces agences de notation investies de pouvoirs inconsidérés sont illégitimes ! Qui sont-elles pour décider de la mise à sac de pays tout entiers ?" "Parmi les mesures à prendre de toute urgence, figure celle d'arrêter d'obéir aveuglément à ces charlatans. La France ne reconnaît qu'une autorité: celle de son peuple. Et certainement pas celle de ces faux docteurs en économie qui, pour remède, ne prescrivent que la saignée".

Brice Hortefeux, vice-président du conseil national de l'UMP

"L'agence de notation ne met absolument pas en cause la politique menée par la France, elle examine une situation qui est liée à la crise de l'euro". "Vous avez des agences de notation au cours des dernières semaines qui ont souligné que la France suivait une bonne trajectoire".

Le ministre (Nouveau Centre) de la Ville, Maurice Leroy

"Ce n'est pas seulement la France qui est dans le collimateur, c'est toute la zone euro". "Ca signifie qu'on va enfin prendre les décisions qui s'imposent. Heureusement que nous avons un chef d'Etat qui est arc-bouté. On aime ou on n'aime pas, mais il prend les bonnes décisions, c'est clair, et il le fait en partenariat avec l'Allemagne".

Jean-Pierre Chevènement, candidat MRC à l'Elysée

"Je pense que les notations des agences ont quelque chose d'ubuesque". Elles "demandent à la fois la réduction des déficits et une croissance plus forte. Les agences sont la partie émergée d'un système qui oppose les marchés financiers et les peuples".

Nicolas Dupont-Aignan, candidat de Debout la République à l'Elysée

"Standard & Poor's m'a tuer" : "Nicolas Sarkozy avait fait le choix de l'enfer de la rigueur en espérant gagner le paradis des agences financières. Il faut croire qu'il n'a pas su trouver en Angela Merkel le Méphistophélès capable de le mener à bon port. Il perd aujourd'hui sur tous les tableaux : croissance en berne, euro trop cher, et désaveu du système financier international. Triste bilan pour le candidat qui se voulait président du pouvoir d'achat". 

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Commentaires 6
à écrit le 16/12/2011 à 10:11
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Bravo M. Hollande Vous oubliez bien vite tout ce qui s'est passé sous la gouvernance de M. Mitterrand et entre autre de M. Mauroy et de toute les malversations de cette époque. Le trou ou plutôt le gouffre vient bien de cette époque. Concernant les p...

le 23/12/2011 à 21:36
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Vous voulez vous défouler cher monsieur ! mais sachez que notre Monarque actuel a doublé le déficit depuis 2007 ! il a pris les finances de la France en très mauvais état et a continué à faire des cados fiscaux ?Chirac l'avait déjà bien creusé ! vous...

à écrit le 06/12/2011 à 14:09
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EUROPE !!! == = perte de souvereinete un seul remede consommmer francais..pour produire francais....... consommer nos produits LABEL FRANCE...SOURCE DE CREATION D EMPLOI DANS LES PME

à écrit le 06/12/2011 à 10:26
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c'est inévitable, nous vivons dans une société qui se dégrade dans tous les sens chaque jours. Nous descendons la pente!!!!!!!!!!!Aucune vision d'un renouveau, d'une relance, d'un petit mieux NOIR,NOIR,NOIR l'avenir!!!!!!

à écrit le 06/12/2011 à 9:29
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Hollande est lamentable...15 pays d'Europe sont menaces mais c'est de la faute a la politique de Sarkosy. Il a toutefois raison, notre gestion laxisque risque de conduire a une degradation de 2 crans, le probleme etant que si lui et ses amis avaient ...

à écrit le 06/12/2011 à 8:44
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Hollande veut sans doute encore accélérer l'exil fiscal. On se demande d'ailleurs pourquoi (sans doute pour donner un coup de pouce à l'UMP), 11 députés représenteront les Français de l'étranger, des citoyens exonérés d'impôt dans leur pays d'origine...

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