Une taxe Pigou plutôt qu'une taxe Tobin
Didier Marteau
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
Didier Marteau
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
La Commission européenne vient de remettre au centre du débat politique le vieux serpent de mer de la taxe Tobin. L'objectif est de financer le budget européen, à hauteur de 50 milliards d'euros par an, par une taxe assise sur les transactions financières internationales, dont une large partie serait à l'initiative des "méchants spéculateurs". Mais l'application d'une telle taxe serait parfaitement contre-productive.
D'une part, parce qu'elle ne distingue précisément pas entre les opérations destinées à la recherche d'un profit à court terme et celles adossées à une transaction réelle, entraînant une banalisation des premières et laissant croire que toute intervention sur les marchés de capitaux est condamnable. D'autre part, parce que la taxe Tobin est une proposition politique et non le fruit d'une démarche théorique. Il en va tout autrement de la taxe Pigou. L'hypothèse de l'économiste britannique est que les agents économiques peuvent produire des externalités négatives, c'est-à-dire prendre des décisions individuelles maximisant leur propre satisfaction, sans prise en compte des coûts collectifs qui leur sont associés.
L'exemple le plus célèbre est celui de la pollution. Deux réponses théoriques ont été proposées pour limiter la production d'externalités : celle de Coase, qui propose une allocation de droits échangeables sur un marché et est à l'origine de la création du marché des droits à polluer, et celle de Pigou, qui propose la création d'une taxe. Il est assez facile d'identifier le gisement d'externalités négatives au sein de la communauté financière, et de proposer ainsi une taxe sur une assiette indiscutable. Deux exemples illustrent mon propos. Le portefeuille de trading des banques d'investissement est principalement valorisé sur la base de "prix de modèle" ("mark to model"), les valorisations effectuées sur la base de prix de marché ("mark to market") publics et contrôlables ne représentant en réalité qu'une fraction marginale des actifs. L'incertitude sur les valorisations au "prix de modèle", dont les variations affectent cependant le résultat, et donc le bonus des opérateurs, est un élément favorisant le déclenchement d'une crise systémique, et donc de coûts collectifs non supportés par ceux qui en sont à l'origine.
Didier Marteau