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Par Claire Garnier

Publié le 09 janvier 2012 à 05:42

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Le tribunal de commerce de Paris devrait prononcer la liquidation de la compagnie. Les porteurs du projet de Scop sont de plus en plus contestés.

Le projet de reprise de SeaFrance par la Scop du syndicat majoritaire, la CFDT, a peu de chances de convaincre, ce lundi, le tribunal de commerce de Paris. La liquidation avec cessation immédiate d'activité attend les 880 salariés de la compagnie de ferries. Cette filiale à 100 % de la SNCF, qui a enregistré 150 millions d'euros de chiffre d'affaires et 33 millions d'euros de pertes en 2010, opérait quatre ferries sur la ligne Calais-Douvres. Le tribunal devrait rendre sa décision dans les 48 heures.

Le projet de Scop a bien été déposé vendredi soir par la CFDT SeaFrance. Mais le business plan, jugé très optimiste, n'est pas financé au delà des 10 millions d'euros que la Région Nord-Pas-de-Calais s'est engagée à apporter. Car sans surprise, la CFDT SeaFrance a refusé la main tendue politique de Nicolas Sarkozy. Ce dernier a annoncé une majoration de 50.000 euros en moyenne de l'indemnité conventionnelle des futurs licenciés, présentés comme un coup de pouce pour que ces derniers aient plus de moyens pour investir dans « leur » Scop.

Eaux troubles

Si le projet de Scop ne semble pas viable, ses porteurs n'inspirent pas plus confiance. Ils sont dans le collimateur de la justice avec notamment une information judiciaire pour « vol en bande organisée ». Ils sont aussi en procès avec l'intersyndicale CGT/CGC sur les comptes du CE.

Une goutte d'eau vient de faire déborder le vase : Didier Cappelle, maître d'hôtel retraité depuis 2006, secrétaire général du Syndicat maritime Nord, et Éric Vercoutre, matelot, secrétaire du CE, n'ont pas jugé utile de rencontrer le repreneur potentiel qu'était Louis-Dreyfus Armateurs associé au danois DFDS. Cet « joint-venture » franco-danois était prêt à faire une offre de reprise « améliorée » : 600 emplois et maintien du pavillon français sans limite de temps. La confédération CFDT a qualifié « d'erreur grave » l'attitude des leaders syndicaux locaux de SeaFrance (lire aussi Evénement pages 2 et 3). Enfin, les dérives du système de cogestion (2001-2008) mis en place par le président d'alors, Eudes Riblier, et la CFDT en échange de la paix sociale explosent à la figure de leurs responsables et l'implication directe du syndicat dans le recrutement de plus de 500 salariés entre 2000 et 2008, et les embauches complaisantes sont désormais sur la place publique. Au même titre que les emplois du temps « adaptés » pour les joueurs du club de football amateur « AS Marck », dont le président et l'entraîneur ne sont autres que... Didier Cappelle et Éric Vercoutre. Pointées par la Cour des comptes en 2009, ces dérives avaient aussi été dénoncées en leur temps par les officiers. Fait rarissime, ces derniers avaient fait une grève de 17 jours en février-mars 2008 pour se faire entendre. Eudes Riblier a quitté la présidence en octobre 2008 et été remplacé par Pierre Fa, inspecteur général de la SNCF.

Des salariés spectateurs

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Les autres syndicats (CGT Marins et CGC Officiers) voient rouge quand ils entendent parler du syndicat de SeaFrance. « Nous n'avons pas été reçus par le gouvernement ; nous sommes spectateurs et tributaires des arguments du syndicat majoritaire », déplore Christophe Lunel, délégué CFE-CGC, qui souligne que « la proposition de DFDS permettait de conserver les trois quarts des emplois ». Les employés sédentaires (233 salariés sur 880) sortent aussi du bois. Non adhérents à la Scop, ils seraient près d'une centaine à avoir rejoint le « collectif pour un avenir » des futurs ex-salariés de SeaFrance. « Nous regrettons que la piste LDA/DFDS n'ait pas été explorée, mais nous voulons envoyer un signal positif à un éventuel futur opérateur. Lui montrer que nous avons des atouts car nous connaissons le marché et le métier », explique Françoise Monfregola, responsable tourisme à SeaFrance. Le collectif entend aussi associer à sa démarche les 127 salariés de SeaFrance Limited à Douvres (Royaume-Uni). La filiale anglaise va logiquement disparaître avec la liquidation de SeaFrance SA.

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Par Claire Garnier

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