L'immense dessinateur Moebius, alias Jean Giraud, alias Gir, est mort

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Le dessinateur et scénariste de bande dessinée Jean Giraud, connu sous les pseudonymes de Moebius et Gir, est mort samedi à Paris à l'âge de 73 ans, a-t-on appris auprès de son éditeur, Dargaud.

Jean Giraud était notamment à l'origine de la série Blueberry, créée en 1963 et devenue une référence en matière de western. Il avait été consacré "Meilleur artiste en arts graphiques" par Jack Lang, alors ministre français de la Culture, et a été décoré en 1985 de l'Ordre des Arts et des Lettres par François Mitterrand.

Il avait commencé à publier ses premiers dessins à 18 ans pour la publicité et la mode, avant de collaborer à des illustrés comme "Fripounet et Marisette". Il avait ensuite publié des westerns dans Pilote, donnant naissance aux aventures du lieutenant Blueberry. Par la suite, Jean Giraud a pris le pseudonyme de Moebius pour s'adresser aux adeptes du fantastique avec, notamment, la série l'Incal.

"Le monde de la BD a perdu l'un de ses plus grands maîtres", écrit samedi la maison d'édition Dargaud. "C'est un monstre sacré (...) il m'a énormément inspiré, il a donné de la moelle, de la force à cette expression graphique qu'est la bande dessinnée", a déclaré Enki Bilal sur France info. Le dessinateur a évoqué "un espèce de modèle qui n'a jamais faibli en termes de création" et qui a toujours su évoluer. "Le grand Moebius est mort aujourd'hui, le grand Moebius est encore vivant" écrit sur son compte twitter l'écrivain brésilien Paulo Coelho, dont Moebius avait illustré le roman "L'Alchimiste", en 1995.

Une influence considérable

Sitôt l'annonce de sa disparition confirmée par sa belle-soeur et proche collaboratrice, internet s'est enflammé pour célébrer sur le réseau twitter, dans toutes les langues, ce "géant" et pleurer "l'un des meilleurs dessinateurs du monde". Jean Henri Gaston Giraud (son vrai nom), qui signait également Gir certaines de ses oeuvres, aurait eu 74 ans en mai. "Il est mort ce matin des suites d'une longue maladie", a indiqué une proche de la famille, qui travaille également aux éditions Moebius Production/Jean Giraud qu'il avait fondées à Paris en 1996.

Pour beaucoup, il reste l'un des créateurs les plus audacieux du genre, un pionnier à l'influence considérable, auquel la Fondation Cartier pour l'Art contemporain avait rendu un hommage majuscule, en 2010-2011, en organisant une rétrospective de ses oeuvres au style unique et en perpétuelle évolution. Pour Benoît Mouchart, directeur artistique du festival international de la BD d'Angoulême, l'un des plus grands salons du 9e Art, "la France perd l'un de ses artistes les plus connus dans le monde. Au Japon, en Italie, aux Etats-Unis, c'est une incroyable star, qui a influencé la BD mondiale". "Je pèse mes mots : Moebius restera dans l'histoire du dessin, au même titre que Dürer ou Ingres". "Toute la profession est sous le choc, totalement effondrée, même si on savait qu'il était gravement malade", a déclaré à l'AFP le secrétaire général de l'Association des critiques de BD (ACBD), Gilles Ratier. Le dessinateur Boucq a insisté sur le talent d'un "maître du dessin réaliste", avec également "un réel talent humoristique dont il faisait encore largement preuve à l'égard des infirmières quand je l'ai vu il y a quinze jours sur son lit d'hôpital", a-t-il raconté à l'AFP.

Blueberry et la science fiction

Après une enfance à dessiner des cow-boys et des indiens et une formation à l'Ecole des arts appliqués, Jean Giraud, né le 8 mai 1938 à Nogent-sur-Marne, avait commencé à publier ses premiers dessins publicitaires et de mode à 18 ans, avant de collaborer à des illustrés comme "Fripounet et Marisette". De retour de la guerre d'Algérie, où il fit son service militaire, il publie une série western dans le magazine Spirou, puis dans Pilote. C'est ainsi que naissent les aventures du lieutenant Blueberry, ancrées dans ce monde en friches du "Wild, Wild, West" : cinq albums inscrits sur deux décennies, qui donnèrent lieu à plusieurs adaptations télévisées et un film, signé Jan Kounen en 2004, avec Vincent Cassel.

Mais Moebius, c'était aussi pour ses adeptes un chaman féru de fantastique et de science-fiction : c'est d'ailleurs pour signer ses premières illustrations de magazines et de livres sur la SF, à la fin des années 60, qu'il créera le pseudonyme de Moebius, emprunté à un mathématicien allemand. C'est sous ce nom qu'il réalise la série "L'Incal", être mystérieux et double - l'Incal Lumière et l'Incal Noir - aux pouvoirs surpuissants, scénarisé par le réalisateur chilien Alexandro Jodorowsky.

"J'ai deux pôles, deux gestes"

"J'ai deux pôles, deux gestes. Quand je suis dans la peau de Moebius, je dessine en état de transe, j'essaye d'échapper à mon +moi+", expliquait-il à l'AFP en octobre 2010. Avec la disparition de Jean Giraud/Moebius, "ce sont deux grands artistes que nous perdons", a justement réagi le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand. "Par son rayonnement et ses fulgurances, il fit de la bande dessinée ce 9e Art qui a accompagné mon existence", a-t-il ajouté. Le candidat PS à la présidentielle François Hollande a exprimé sa "tristesse" à l'annonce de la mort de "cet artisan de rêves", estimant: "après Giraud, l'oeil voit le monde autrement". "Le grand Moebius est mort aujourd'hui, le grand Moebius est encore vivant", a écrit sur son compte twitter le Brésilien Paulo Coelho, dont Moebius avait illustré le roman "L'Alchimiste", en 1995. Ajoutant en anglais : "Ton corps est mort ce jour mais ton travail reste plus vivant que jamais".

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Commentaires
a écrit le 11/03/2012 à 13:31 :
Et sarko, pas de déclaration? faudrait demander à carla.

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