Crise, cris et crispation à la CGT

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Bernard Thibault secrétaire général de la Confédération générale du travail (CGT) / Photo Reuters
Bernard Thibault secrétaire général de la Confédération générale du travail (CGT) / Photo Reuters (Crédits : Reuters)
Devant le Comité confédéral national, le "Parlement" de la CGT, Bernard Thibault s'est obstiné à vouloir présenter Nadine Prigent pour lui succéder en 2013 à la tête de la centrale. Les quelque 200 membres du CCN ont refusé de le soutenir sur ce choix. Inédit! Pour éviter une crise encore plus profonde, les instances de la CGT ont décidé de se donner du temps et de définir une méthode pour désigner le successeur de Bernard Thibault.

C'est non ! Pour la première fois dans la longue histoire de la confédération, les cadres de la CGT se sont opposés formellement au choix du secrétaire général en place pour désigner son successeur. Le psychodrame interne à la CGT dure depuis le début de l'année quand Bernard Thibault avait annoncé son souhait de ne pas se représenter pour un cinquième mandat à la tête de la centrale lors du congrès de Toulouse en mars 2013.

Eric Aubin, 50 ans, secrétaire confédéral, en charge du dossier des retraites et issue de la fédération de la construction, ne fait pas alors mystère de son désir de briguer le poste bientôt vacant. Mal lui en a pris dans une organisation où l'on se doit, plus qu'ailleurs, de respecter les us et coutumes. Or, ceux-ci veulent que ce soit le secrétaire général qui s'occupe de sa succession.

L'obstination de Bernard Thibault

Et c'est là que tout a commencé à déraper. Bernard Thibault souhaite qu'une femme accède enfin à la tête de la CGT. Jusqu'à présent, à l'exception notable de Nicole Notat, à la CFDT, aucune femme n'a dirigé l'une des cinq grandes centrales syndicales. Le secrétaire général songe à Nadine Prigent (54 ans), secrétaire confédérale et ancienne infirmière. Hélas pour Bernard Thibault, le 17 avril, quand il fait part de son choix à la commission exécutive (CE, sorte de "gouvernement" du syndicat), celle-ci ne se rallie pas, jugeant Nadine Prigent trop " rigide".

Un candidat qui vient du privé

Dans la coulisse, les principaux leaders des grandes fédérations continuent d'apporter leur appui à Eric Aubin qui a le grand mérite de venir du secteur privé (il travaillait chez Bouygues), ce qui serait une excellente preuve de l'évolution de la CGT. Bernard Thibault décide alors de prendre du temps et, durant plus d'un mois, il sillonne le pays pour consulter différentes organisations adhérentes de la CGT. Le 25 mai, une seconde fois, il propose de nouveau le nom de Nadine Prigent à la CE. Mais il est mis en minorité par 20 voix "pour" 21 "contre" et 5 abstentions.

Statutairement, de toute façon, il revient Comité confédéral national (CCN, sorte de "parlement" de la CGT composé d'environ 200 membres) de choisir celui qui sera présenté officiellement comme le futur secrétaire général lors du prochain congrès. Réuni les 30 et 31 mai le CCN ne suit pas Bernard Thibault dans son choix persistant de présenter Nadine Prigent, même si, dans un réflexe légitimiste, la CE a fini tardivement par se rallier au secrétaire général. Pour éviter un pugilat général, le CCN s'est employé à trouver une porte de sortie.

Dans un communiqué, il estime "que les débats devaient se prolonger en lien avec les orientations, la conception de la future direction et dans le cadre de la préparation du 50è congrès. (...) Pour ce faire, la CE confédérale est mandatée pour établir une méthode de travail et un calendrier. Les organisations du CCN s'engagent à travailler ensemble les suites à donner à la préparation du congrès confédéral et au renouvellement du secrétaire général". Bref, il s'agit de se donner de l'air pour ne pas créer de nouvelles fractures et de laisser le temps à la concertation interne pour qu'un nom se dégage enfin. Inédit à la CGT!

Une crise qui va affaiblir la CGT

Ce feuilleton est d'autant plus étonnant que, sur le fond, pas grand-chose sépare les principaux protagonistes. Qu'il s'agisse de Nadine Prigent ou d'Eric Aubin, les deux sont sur la ligne réformiste chère à Bernard Thibault depuis son arrivée à la tête de la CGT en 1999. Il n'est pas question de revenir à une ligne dure passant, par exemple, par un refus de conclure tout accord interprofessionnel ou de refuser le dialogue avec le pouvoir politique.  C'est davantage dans les personnalités que réside la différence.

Eric Aubin déclare vouloir davantage travailler avec les instances de la CGT. Pointant ainsi du doigt un reproche souvent émis contre Bernard Thibault, accusé de diriger la CGT avec un simple noyau dur de fidèles. En réalité, Bernard Thibault n'a pas supporté qu'Eric Aubin se mette trop vite en avant. Celui qui dirige encore la CGT tenait à réussir et organiser sa sortie. C'est raté. La centrale va vivre une année difficile.

Une crise qui tombe au plus mauvais moment alors que le nouveau président et son Premier ministre veulent renouer avec un vrai dialogue social et que diverses échéances impliquant les partenaires sociaux (conférence sociale, nouveau rendez-vous sur les retraites, etc.) sont d'ores et déjà programmées. La voix de la CGT, principale organisation syndicale du pays, sera moins forte.... Les autres confédérations ne vont pas manquer d'en profiter.
 

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Commentaires
a écrit le 01/06/2012 à 7:54 :
il faudrait que les cgétistes enlèvent leurs oeillères et découvrent ce qui signifie le mot solidarité au lieu de se cramponner à leurs privilèges égoïstes. Il faudrait aussi qu'ils apprennent à écouter les gens , car ils vocifèrent tout le temps mais ne s'intéressent jamais à rien, surtout pas aux problèmes des gens qui divergent de leur ligne de pensée manichéenne, ils ne font que répéter leur slogan à la con , sans réfléchir. La plupart n'ont aucune ouverture d'esprit.
Réponse de le 01/06/2012 à 11:27 :
faudrait surtout qu ils se rendent compte qu on est plus en 1968 leur ligne politique est antédiluvienne archaique et totalement ridicule
a écrit le 01/06/2012 à 1:20 :
Peut-être pourraient-ils proposer des gens soumis au suffrage "universel" local ? non ? vraiment ? ce n'est pas bon pour eux ?
a écrit le 31/05/2012 à 22:37 :
enfin un mec nouveau qui vient pas de la SNCF ou d'EDF !!!!
a écrit le 31/05/2012 à 21:47 :
Exagération journalistique : "Jusqu'à présent, à l'exception notable de Nicole Notat, à la CFDT, aucune femme..." Ne serait-il pas plus simple (et plus juste) de dire : "Jusqu'à présent, une seule femme ..." ???
Réponse de le 31/05/2012 à 22:22 :
On s'en fout que ce soit des femmes ou des hommes, y'en a marre de nous bassiner avec ces discours à la con, ce qui compte c'est les idées et leur application.
a écrit le 31/05/2012 à 19:53 :
il faudrait peut-être que la CGT s'interroge sur la politique qu'ele a menée à l'égard des personnes ayant passé du privé au public aprés 35 ans et qui sont largement pénalisées pour ne pas dire condamnées à la misère parce que polypensionnés. Un ex-adhérent de la CGT dans le secteur privé et douloureusement frappé par le mode de calcul de la retraite des polypensionnés.
je ne comprends pas comment la CGT n'a pas défendu ce public. Comment peut-elle admettre de telles injustices ??????????????????????????????
Réponse de le 01/06/2012 à 9:06 :
Qu'est qu'un polypensionné?
Réponse de le 01/06/2012 à 11:29 :
c est quoi la cgt?

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