Délais de paiement : les mauvais payeurs bientôt notés ?

 |   |  883  mots
Copyright Reuters
L'association Croissance Plus envisage la création d'un système de notation pour pointer du doigt les entreprises, et tout particulièrement les grands groupes, qui retardent de façon inconsidérée le paiement des factures émises par leurs fournisseurs.

C?est un sujet récurrent de mécontentement pour les dirigeants de PME. Alors que la crise dégarnit leurs carnets de commandes, ils supportent de plus en plus mal de voir certains de leurs clients ? publics et privés ? refuser de les payer en temps et en heure.

Pour soutenir les entreprises fragilisées, Croissance Plus envisage plusieurs options. La première : créer un réceptacle de dénonciations. « La délation, ce n?est pas glorieux mais c?est une solution qui peut faire bouger les lignes. On en assez d?entendre les déclarations de bonnes volontés d?entreprises parfois signataires de la charte de bonne conduite du Pacte PME et qui continuent à se comporter comme des voyous », martelait mardi Laurent Vronski, le vice-président de Croissance Plus, l?association qui fédère les entreprises en forte croissance lors d?une conférence de organisée avec la BPCE.

Une agence de notation pour identifier les mauvais payeurs

L?autre option envisagée est plus ambitieuse. « Il s?agit de créer un système de notation reposant sur des critères irréprochables. La démarche doit être totalement objective. Ce n?est pas un projet simple à réaliser mais c?est tout à fait envisageable », ajoute-t-il.

« Cet allongement des délais de paiement est un véritable problème structurel. Les grands groupes se sont organisés pour allonger au maximum le paiement de leurs fournisseurs. Ils ont construit un système qui retarde énormément les délais de paiement et qui donne aux PME un rôle de banquier qu?ils n?ont pas à assurer », s?insurge Brice Pineau, le PDG d?Harvest, un éditeur de logiciels et président de la Commission PME/Grands groupe de Croissance Plus. Dans la salle, certains chefs d'entreprises présents ont signalé des retrads de paiement de 180 jours...

Etre enregistré rapidement dans l?ERP des services achats, le véritable enjeu

Comment s?y prennent-ils ? Chaque facture émise par un fournisseur doit d?abord être enregistrée dans le système de gestion global de son client communément appelé ERP pour Enterprise Ressource Planning, avant que le processus de paiement s?enclenche. Il suffit donc au service achat du client d?attendre un peu avant d?intégrer une facture à l?ERP pour retarder l?acquittement de celle-ci.

Les donneurs d?ordre publics, comme les ministères et les collectivités territoriales, montrent-ils l?exemple ? « Pas vraiment, mais ils ont le mérite de la franchise en indiquant qu?elles n?ont plus un sou en caisse », prolonge-t-il.

La LME a eu des effets positifs mais n?a pas éliminé les abus

Pour mémoire, la loi de modernisation de l?économie (LME) votée en 2008 fixe le délai de paiement maximum à 45 jours fin de mois ou 60 jours après émission de la facture. Certes, la LME a permis d?aligner durée des délais de paiement observée en France sur la moyenne européenne, proche de 55 jours selon l'Observatoire des délais de paiement. Mais de nombreux abus sont signalés, particulièrement lorsque la conjoncture se dégrade. « Un certain nombre de donneurs d?ordre indiquent dans les contrats un paiement à 90 jours de leurs factures. La loi est bafouée quotidiennement. Que font les politiques ? Rien, car rares sont ceux d?entre eux qui ont véritablement conscience du problème », estime Brice Pineau

Ne pas craindre les représailles

En attendant que les solutions imaginées par Croissance Plus se concrétisent, que peuvent faire les chefs d?entreprises qui voient leur trésorerie asséchée par la mauvaise volonté des grands groupes ? « Recourir à l?assurance-crédit est efficace mais elle coûte cher. Il est bien plus préférable de suivre pas à pas la trace de la facture et de contacter régulièrement les services de comptabilité des grands groupes pour éviter certaines attitudes scandaleuses", suggère Laurent Vronski.

L?association recommande aussi aux entreprises de se prendre en main et de ne pas commencer à travailler tant que la facture n?a pas été émise. « Il faut briser l?omerta. Si plusieurs PME dénoncent les pratiques d?un donneur d?ordre et font connaître son comportement, sa direction achat peut certainement rectifier le tir. Les dirigeants de PME qui ont déjà facturé des intérêts de retards à leurs fournisseurs ne sont pas légion », avance -il. Autre solution : user de la clause de réserve de la propriété qui permet aux fournisseurs de bloquer le fonctionnement de la machine livrée, d'interrompre la prestation de service fournie.

Le rôle majeur du médiateur des relations inter-industrielles

Les entreprises lésées peuvent aussi se plaindre, en particulier auprès du médiateur des relations inter-industrielles. « Elles ont tout intérêt à le faire. Si une entreprise a été choisie, elle le sera une nouvelle fois, même si un contentieux peut entraîner une période de ?froid? entre les parties. Les dirigeants de PME ne doivent pas craindre de perdre définitivement un client. C?est la loi de la jungle. C?est toujours celui qui crie le plus fort qui est payé en premier », poursuit Laurent Vronski.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 12/09/2012 à 15:18 :
Lorsque j'étais prestataire de services en Allemagne, absolument aucune facture ne m'était réglée au-delà de 30 jours. C'est la loi et elle est appliquée par toutes les sociétés, grandes ou petites.
La règle est : "le fournisseur n'a pas comme rôle d'être le banquier de son client".
a écrit le 12/09/2012 à 15:02 :
ce qu'il faudrait surtout que les grands groupes commencent par faire, c'est simplement respecter la loi...!!
a écrit le 12/09/2012 à 14:20 :
il faut dénoncer publiquement les entreprises, grandes ou petites, qui ne respectent pas la loi. Quand les particuliers payent leurs impôts avec 24h de retard ils ont une majoration. Pour les entreprises ce doit être la même chose. les mêmes règles pour tous c'est ce que demandent les entrepreneurs !
a écrit le 11/09/2012 à 20:40 :
Et l'URSSAF d'Angers qui me doit plus de 5000 euros depuis 5 mois et que j'appelle une fois par semaine sur un n° surtaxé pour m'entendre dire "on a du retard mais ça va arriver".........
a écrit le 11/09/2012 à 20:34 :
Où comment se faire virer de chez ses clients en 3 leçons :-))))))) Ils ont même pour certains supprimé le service compta fournisseurs. Impossible de traquer les factures! Vous n'êtes pas obligé de me croire mais c'est malheureusement vrai...
a écrit le 11/09/2012 à 20:10 :
Oué, sauf que dans le système français, tu dénonces ton employeur, 1) t'es viré et 2) c'est lui qui va te poursuivre en justice :-) idem pour les PME. C'est la loi du plus fort, ou comme le rappelle l'auteur de l'article, la loi de la jungle :-) et compter sur les politiques est franchemet risible, car ils ne sont certes pas au courant, mais en plus ne veulent pas être au courant parce que je suis certain que dans la grande majorité des cas, ils sont de mèche avec lesdits "voyous" de l'article.
a écrit le 11/09/2012 à 20:07 :
est ce que l'etat va aussi etre evalue?
Réponse de le 12/09/2012 à 7:46 :
@churchill: l'État est théoriquement évalué par les élections.
a écrit le 11/09/2012 à 18:54 :
Si plusieurs PME dénoncent les pratiques d?un donneur d?ordre et font connaître son comportement, sa direction achat peut certainement rectifier le tir. Les dirigeants de PME qui ont déjà facturé des intérêts de retards à leurs fournisseurs ne sont pas légion », avance -il. Autre solution : user de la clause de réserve de la propriété qui permet aux fournisseurs de bloquer le fonctionnement de la machine livrée, d'interrompre la prestation de service fournie. --> tout ce qu'il faut pour ne plus être référencé comme fournisseur ... CE QU'IL FAUT c'est que ce soit l'Etat qui centralise les informations sur les factures émises par les PME (- de 250 pers) et qui relancent les clients. Au moins, rien ne pourra être reproché aux fournisseurs.
Réponse de le 12/09/2012 à 0:52 :
L'etat l'etat l'etat, assez avec ça
Réponse de le 12/09/2012 à 11:49 :
Laissons les entreprises s'auto réguler, ça marche tellement bien....
a écrit le 11/09/2012 à 17:07 :
Voilà une mesure intelligente ! Aujourd'hui des grands groupes payent jusqu'à 120 jours parce qu'ils ne veulent pas bouger leur organisation. De plus cela leur fait de la trésorerie. Comment voulez vous que les PME arrivent à se développer sans trésorerie ?
Réponse de le 11/09/2012 à 20:07 :
en appelant ' super montebourg' !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :