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ÉconomieFrance

Hollande, de l'inflexion au tournant

Ivan Best

Publié le 10 novembre 2012 à 08:21 - Mis à jour le 10 novembre 2012 à 08:35

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Photo d'illustration de l'article
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François Hollande récuse toute idée de tournant dans sa politique économique. En fait, se calant sur le timing de Jacques Chirac en 1995, il annonce un véritable changement de cap six mois après son élection. Le plan compétitivité provoque une double rupture avec la pratique habituelle de la gauche: sur la hausse de la TVA et sur les baisses de charges sans contrepartie

« Le tournant? Quel tournant?", lance le chef de l'État dans un entretien à l'hebdomadaire Marianne, qui paraît ce samedi. « Vérifiez, ajoute-t-il : la remise en ordre des finances publiques, la réindustrialisation du pays, sans parler de la réorientation de l'Europe vers la croissance, tout cela figure dans mes engagements de campagne ». Tout juste le président de la République admet-il une « inflexion », et ce à propos de la TVA. Difficile d'affirmer, en l'occurrence, que les promesses de campagne sont  respectées.... puisqu'elles indiquaient une voie exactement contraire.  Mais rien à voir avec qu'a fait Nicolas Sarkozy, argue François Hollande: « les taux sont très différents. Avec Sarkozy, le taux normal passait de 19,6 à 21,2 %, au lieu de 20% dans notre dispositif. Cela dit, s'il y a sur ce point une inflexion, je l'assume. Le recul accéléré de notre potentiel industriel, la faiblesse de la croissance appelaient des mesures énergiques. Nous les avons prises ». « Mais, pour éviter une ponction trop élevée sur le pouvoir d'achat, nous avons reporté à 2014 les conséquences fiscales des mesures prises", souligne-t-il.

Le timing de Jacques Chirac

En réalité, c'est bien d'un tournant qu'il s'agit. François Hollande ne se cale pas sur François Mitterand, qui, à la suite de sa victoire en 1981, avait changé de politique un peu moins deux ans après son élection. Le nouveau président a adopté le même timing que Jacques Chirac en 1995. L'ex maire de Paris n'avait pas attendu six mois pour passer de la lutte contre la fracture sociale à la réduction des déficits publics. S'agissant de ce combat contre la dette, François Hollande l'avait programmé de longue date, et n'a donc surpris que ceux qui voulaient l'être, quand il a multiplié les hausses d'impôts et les annonces de rigueur sur le dépenses. En revanche, la ristourne de 20 milliards d'euros sur les charges patronales, qu'il a laissé annoncer cette semaine par son premier ministre, n'était pas au programme. C'est le moins que l'on puisse dire. Elle marque une rupture totale avec tous les thèmes de campagne. Qui s'ajoute, bien évidemment, à la hausse de la TVA, dont François Hollande avait dit pis que pendre. Un plan compétitivité, deux ruptures...
Pendant la campagne, François Hollande avait évoqué une réforme du financement de la protection sociale. «Aujourd'hui, quand on embauche un salarié, on paie des cotisations supplémentaires. Mais si on le remplace par une machine, on ne paie plus rien. Il ne faut plus que ce soit le cas » avait-il déclaré, fin avril, évoquant alors l'idée d'instaurer une contribution assise sur la valeur ajoutée. Pour résumer, il s'agissait de taxer autant les machines que l'emploi. Mais le candidat évoquait là transfert entre entreprises. Et non pas, pour reprendre l'expression utilisée à gauche d'un « cadeaux aux patrons » financé par des taxes sur les consommateurs, comme c'est le cas aujourd'hui

Les élus PS opposés à toute taxation des ménages
Un tel transfert entre entreprises et ménages, finalement retenu par François Hollande, les députés socialistes spécialistes des questions économiques, n'en voulaient pas, le combattant même ardemment. Moins de deux jours avant les annonces de Jean-Marc Ayrault, le porte parole des élus socialistes pour les questions économiques, le député Pierre-Alain Muet, publiait sur son blog une sévère mise en garde contre toute hausse de prélèvements sur les ménages. « Transférer des cotisations patronales sur les ménages via la CSG ou la TVA exercerait un choc dépressif à court terme sur la consommation et la croissance, pour un gain incertain à moyen terme et inexistant à long terme » écrivait-il. « On peut transférer des cotisations sur l'impôt sans nuire à la croissance dans la conjoncture actuelle, à condition de le faire de façon étanche au sein des entreprises ou au sein des ménages et en évitant tout transfert de l'un vers l'autre ».
François Hollande fait à l'évidence le contraire. Il faut une certaine dose de mauvaise foi pour affirmer que le pacte de compétitivité découle des engagements de campagne : sans même parler de la hausse de la TVA, dénoncée pendant tout l'hiver, à entendre François Hollande, le rétablissement des entreprises passait uniquement ou presque par la création d'une banque publique dédiée. Une promesse que le candidat répétait ad nauseam, comme seule réponse aux interrogations sur la compétitivité. Il n'avait jamais été question de faire payer par tous les Français une baisse des cotisations patronales de sécurité sociale.

La gauche baisse les charges sans contrepartie: du jamais vu
François Hollande provoque aujourd'hui une véritable rupture, en faisant ce qu'aucun gouvernement de gauche n'a jamais tenté : accorder des baisses de charges patronales sans aucune contrepartie réelle, contrairement à ce que voulait Arnaud Montebourg, qui insistait sur celles-ci. Comme le souligne un ministre de Bercy, « Montebourg n'a rien obtenu, strictement rien ». Lionel Jospin et Martine Aubry avaient dopé le système d'allègement de charges en faveur des bas salaires. Mais c'est pour compenser la mise en place des 35 heures.
Il n'est pas étonnant que les députés socialistes s'opposent à cette rupture, à cette « révolution copernicienne », pour reprendre l'expression de Pierre Moscovici. La députée PS Karine Berger, pourtant proche de ce dernier, a réagi négativement à cette formule : « et laissons Copernic à l'histoire du génie humain, c'est plus raisonnable » a-t-elle lancé sur son compte twitter.
Dès, lors les socialistes veulent engager la bataille des contreparties. Dans un communiqué signé entre autre par Karine Berger et Pierre-Alain Muet, publié mardi, des députés PS de la commission des finances réclament que la distribution du futur crédit d'impôt soit conditionnée à l'interdiction d'augmenter les dividendes ou de baisser la masse salariale. Mais le gouvernement, qui ne veut pas que le dispositif se transforme en usine à gaz, leur opposera une fin de non recevoir. Ce dont a bien conscience, aujourd'hui, Pierre-Alain Muet: "la négociation sociale permettra sans doute d'avancer sur ce terrain" indique-t-il.

Calmer la grogne de la base sur la TVA

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En attendant, les députés vont tenter de calmer la grogne des militants et électeurs PS, qui ne voient pas d'un bon oeil, c'est un euphémisme, la hausse de la TVA. "C'est vrai, ça ne passe pas" admet Pierre Alain Muet. Le PS pourra seulement jouer sur le fait que la hausse n'aura lieu qu'en 2014...

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Ivan Best

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