Quel avenir pour les Marques de distributeurs?
Pierre Manière
Pierre Manière
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>> OUI, LES MDD ONT ATTEINT UN PLAFOND
C'est ce que soutient SymphonyIRI dans son étude. Avec la croissance continue des MDD, les industriels ont réagi "en adaptant leur stratégie promotionnelle [...] et ont élargi leurs gammes. Ils passent également plus de temps à développer et ajuster leur portefeuille produits et à individualiser davantage leurs approches avec les distributeurs". Rod Street, vice-président exécutif chez SymphonyIRI, juge toutefois au site Lsa.fr, que "presque tous les acheteurs continueront à remplir leurs paniers avec un mélange de MDD et de marques nationales". Ainsi, "dans de nombreuses catégories les MDD pourraient atteindre un plafond indépendamment du niveau de promotion qui en est fait".
De fait, ces dernières années, la tendance est au retour des marques. Comme l'explique Philippe Moati, professeur d'économie à l'université Paris-Diderot et co-président de L'Observatoire Société et Consommation (L'Obsoco), "la Loi de modernisation de l'économie (LME) de l'été 2008 a remis de la concurrence sur les prix, en permettant de discounter les marques nationales". Dans la foulée, Leclerc avait notamment décidé de freiner l'expansion de ses produits "Marques Repères", jugeant que les MDD étaient déjà suffisamment présentes dans les rayons.
Et depuis, plusieurs grands distributeurs estiment que l'heure de gloire des MDD appartient au passé. En août dernier, George Plassat, le patron de Carrefour, a ainsi assuré vouloir revenir à son métier "d'épicier". A ses yeux, les MDD ne sont plus aussi stratégiques qu'avant. Il a ainsi critiqué la volonté passée du groupe de porter la part de ces produits à 40% dans les rayons. "C'est vain. Les produits repères, pour les clients, ce sont les grandes marques, il ne faut pas se leurrer", a-t-il lâché.
Pour Philippe Moati, il s'agit-là d'une "explication psychologique, quelque chose qui relève des croyances : le modèle de la grande distribution est en crise. Et certains se disent qu'il faut revenir à la base de leur métier pour s'en sortir."
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Autre exemple de ce retour en puissance des marques : depuis 2008, Lidl, le géant allemand du hardiscount, a remis dès 2008 des marques dans ses rayons, comme Danone, Coca, Nesquik, ou Nutella.
>> NON, LES MDD PEUVENT ENCORE CROITRE
C'est l'opinion de Philippe Moati. Lui juge qu'"il n'y a pas de limite à l'essor des MDD". Mieux : "On peut même très bien atteindre les 100% de MDD dans les rayons des supermarchés." Pourquoi? D'abord en regardant ce qui se passe à l'étranger. L'économiste prend l'exemple de la Grande-Bretagne, où Tesco, le numéro un du secteur "propose 50% de MDD dans ses hypers". Il cite aussi l'Allemagne, "où les enseignes de hard discount misent de plus en plus sur les MDD".
Mais surtout, Philippe Moati compare l'essor des MDD au sein de la grande distribution à d'autres secteurs. "Dans l'habillement, le modèle marque-enseigne est devenue la règle : personne n'est choqué de voir Zara ne proposer que du Zara !" Dans la même veine, il cite Picard "qui propose 90% de MDD".
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A ses yeux, les MDD disposent encore de nombreux atouts. D'abord, elles sont moins chères que les marques, un argument d'autorité en période crise, et de baisse du pouvoir d'achat. De plus, elles correspondent aux attentes des consommateurs, qui aspirent maintenant "à consommer malin", comme plusieurs études l'ont déjà montré. En clair, selon lui, la demande ne devrait pas faiblir. Reste maintenant à savoir si les distributeurs vont adapter leur offre, "et véritablement investir dans les MDD", souligne l'économiste.
Pierre Manière