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ÉconomieFrance

Juppé, un recours pas si évident

Ivan Best

Publié le 22 novembre 2012 à 17:45 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 15:58

ALAIN JUPPÉ NIE VOULOIR BRIGUER LA PRÉSIDENCE DE L'UMP

L'ex-ministre des Affaires étrangères Alain Juppé nie vouloir briguer la présidence de l'UMP face aux deux candidats déclarés, Jean-François Copé et François Fillon. /Photo prise le 22 mars 2012/REUTERS/Charles Platiau

Reuters / LCI

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Le fondateur de l'UMP apparaît aujourd'hui comme un recours incontestable, pour tenter de sortir l'UMP de l'ornière. Pourtant, il n'a pas toujours été salué pour son sens de la méthode


Quand François Fillon a annoncé sa volonté de faire appel à Alain Juppé, pour prendre la tête d'une direction collégiale de l'UMP, devenue ce jeudi instance collégiale -une concession à Jean-François Copé- ce choix du maire de Bordeaux a paru immédiatement évident. Dès dimanche soir, alors que le résultat du scrutin s'annonçait particulièrement serré, cette hypothèse avait été émise par certains observateurs. Et quand, lundi matin, l'intéressé a subtilement proposé ses services, via son blog, son offre a semblé on ne peut plus naturelle. Il fait aujourd'hui l'unanimité, au point que Jean-François Copé n'a pu refuser plus longtemps cette proposition. On fait appel à son sens de la méthode, à sa capacité de médiation, pour tenter de ramener le calme à l'UMP.

Un bilan mitigé à la tête du gouvernement
Et pourtant... l'ex premier adjoint de Jacques Chirac à la marie de Paris n'a pas toujours fait figure de négociateur talentueux, à la méthode incontestable. C'est peu dire. Au contraire, il a accumulé les déconvenues, de ce point de vue. Son bilan à la tête du gouvernement, entre 1995 et 1997? Pas vraiment positif, pour user d'un euphémisme. « Le meilleur d'entre nous » selon l'expression de Jacques Chirac assume d'abord, sans sourciller une série de hausses d'impôts destinées à qualifier la France pour la monnaie unique, au point d'être accusé d'avoir « cassé » la croissance. François Hollande pourra alors dire, sans être vraiment contredit, qu'Alain Juppé « incarne physiquement l'impôt ». Il enchaîne ensuite en lançant à la hussarde une réforme de la sécurité sociale, incluant celle des régimes spéciaux de retraite, qui provoque l'arrêt total des transports et publics et un blocage du pays comme il n'en a jamais connu depuis. Il faut alors battre en retraite. Puis il achève enfin ce parcours avec l'idée d'une dissolution de l'Assemblée nationale, susceptible de resouder la majorité : des mesures budgétaires drastiques apparaissent nécessaires, alors que l'objectif de baisse des déficits -3% du PIB, déjà !- paraît inatteignable (le gouvernement Jospin y parviendra pourtant sans affoler les populations).
Seuls 22% des électeurs approuvent alors l'action d'Alain Juppé, que Jacques Chirac entend maintenir à la tête du gouvernement. L'échec a tout de l'évidence...

Un retour presque réussi à la vie politique, en 2006

La suite n'est pas beaucoup plus engageante. Mis en examen en 1999 dans l'affaire des emplois fictifs de la ville de Paris, il est condamné début 2004 à dix ans d'inéligibilité, peine finalement ramenée à un an. Une sanction qui conduit l'ancien premier ministre à une auto-condamnation à l'exil, dans les frimas canadiens. Il apparaît alors fini pour la vie politique, ou peu s'en faut.
Son retour, en 2006, est.... presque une réussite. Il redevient maire de Bordeaux, puis est nommé ministre du développement durable par Nicolas Sarkozy. Mais...patatras. Son échec aux législatives le contraint à un rapatriement rapide sur ses terres bordelaises. Il n'hésite pas, alors à se livrer à la critique de l'action de Nicolas Sarkozy.

La posture du sage

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D'où l'idée du chef de l'Etat de le faire rentrer au gouvernement, d'abord comme ministre de la Défense, puis des Affaires étrangères. C'est depuis la fin 2010 qu'Alain Juppé a enfin la baraka. Il se retrouve en terrain connu, aux affaires étrangères, où il « assure », et sait éviter les échecs : anticipant une défaite aux législatives de juin 2012, il s'efface prudemment.
Aujourd'hui, à 67 ans -l'âge vénérable auquel Charles de Gaulle a repris le pouvoir en 1958, excluant alors d'entamer « une carrière de dictateur »- l'ex premier ministre fait figure de vieux sage. Il a pour lui d'avoir été l'un des fondateurs de l'UMP, son «bébé » qu'il entend défendre jusqu'au bout. Depuis Bordeaux, il n'a pris parti ni pour François Fillon, ni pour Jean-François Copé, après avoir envisagé, en juin déjà, la création d'une équipe dirigeante collégiale.
Cette posture de sage, Alain Juppé sait l'enjoliver encore quand il affirme ne prétendre à rien à l'UMP, voulant limiter son action dans le temps, avant de se consacrer uniquement à sa chère ville de Bordeaux.
Le mal aimé de la droite peut enfin savourer une vraie popularité dans son parti. Même si elle arrive bien tard... Et à quoi pourra-t-elle servir vraiment ?

Ivan Best

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