Cette start-up française qui scrute Twitter pour le gouvernement

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Visibrain, jeune entreprise créé par trois ingénieurs français, observe l'activité des internautes sur le premier site de microblogging américain pour des entreprises ou des organisations. Parmi elles : le service d'information du gouvernement.

Qu?ont en commun PSA Peugeot-Citroën et le gouvernement ? Tous deux utilisent les services d?une toute jeune entreprise française spécialisée dans la veille ?en temps réel? sur Twitter. Pour quelques milliers d?euros par mois, Visibrain donne accès à un tableau de bord qui affiche par exemple la fréquence d?utilisation de certains mots-clés sur le site de microblogging ou bien le nombre d?abonnés d?un compte.

Visibrain séduit l?équipe Hollande

Créé en juin 2011 par trois jeunes ingénieurs dans l?incubateur du campus de l?école Télécom SudParis, la jeune pousse avait auparavant fourni ses services à l?équipe de François Hollande pendant la campagne présidentielle. Elle est ?la première à avoir répondu? à leur proposition de service, raconte Nicolas Huguenin, l?un des trois co-fondateurs de l?entreprise. ?Tous les partis ont été sollicités, sauf le FN?, précise le jeune entrepreneur qui tient à ajouter que son équipe n?est ?pas orientée politiquement?.

?Ajuster le discours?

Pendant la campagne, les données collectées par Visibrain ?servent à analyser l?impact des débats télévisés? puis à ?ajuster le discours?, explique-t-il. C?est tout le principe de l?outil : ?aider à la prise de décision en tenant mieux compte de ce qui se passe?. Et ?ce qui se passe?, aux yeux de ce jeune diplômé de 2008, c?est d?abord sur Twitter que cela se mesure. Aussi Visibrain concentre-t-il sa veille sur ?ce système nerveux de l?information? où se croisent ?tous les émetteurs d?information mais aussi les consommateurs, les influenceurs?. De quoi proposer une veille ?avec un décalage de 4 secondes? grâce à des algorithmes développés par ces jeunes ingénieurs. Utile pour la ?communication de crise? par exemple, pointe Nicolas Huguenin.

De l'équipe Hollande au service d'information du gouvernement

En choisissant de travailler pour François Hollande pendant la campagne présidentielle, Nicolas Huguenin reconnaît ?avoir misé sur la bonne personne?. Après l?élection, ?nous avons rebondi avec le service d?information du gouvernement?, raconte-t-il. En juillet 2012, la start-up remporte ainsi un appel d'offre. Visibrain correspondait au "mieux-disant en terme de prestation et de prix", explique Philippe Guibert, directeur du SIG depuis septembre qui ajoute être "content qu'une petite PME ait été retenue" dans le cadre d'une procédure d'appel d'offre "très contraignante".

Twitter, les "Pigeons" et le gouvernement

Le but de ce partenariat? "Le rôle du SIG est d'informer le gouvernement", notamment sur la façon dont son action est reçue dans les médias et par le public, explique Philippe Guibert. Et comme Twitter représente une "un lieu de débat public important (...) où se croisent journalistes, personnalités politiques ou membre de la société civile nous avons trouvé logique de nous y intéresser", argue-t-il. "On l'a vu avec les Pigeons", indique le président de l'organisme. Le mouvement de lutte contre la nouvelle fiscalité sur les plus-values de cession, portés par des entrepreneurs surnommé "Pigeons" a notamment porté sa fronde sur le site de micro-blogging. Un mouvement qui n'a pas échappé au gouvernement puisque ce dernier a ensuite décidé de reculer sur son projet de loi.

Mieux qu'un sondage d'opinion?

La veille sur twitter, plus efficace qu'un sondage d'opinion? "Il ne faut pas confrondre ce qui se passe sur Twitter avec l'opinion publique", tient à préciser le directeur du SIG. Les gens qui s'y expriment sont "plus mobilisés que les autres, ce sont des accélérateurs, des influenceurs", fait-il remarquer. A ce titre, il serait "bête" de ne pas s'y intéresser ajoute-t-il. Et de rassurer: il ne s'agit pas "d'une mise sur écoute, ni d'un logiciel mouchard". Même discours chez le jeune patron de l'entreprise, Nicolas Huguenin: "les données que nous analysons sont publiques, il n?y a rien de secret?.

"Pas question d'être transparent"

De fait, les tweets, tout le monde peut les lire.  Ce qui est "secret", en revanche,ce sont les conclusions des analyses fournies par le logiciel. "Il n'est pas question de les rendre publiques", tempête Philippe Guibert qui ajoute: "un gouvernement a besoin de pouvoir travailler sereinement, sans ce soupçon permanent qui pèse sur lui". Aussi les notes tirées de cette veille et transmises "en fonction de ce qui se passe", avec toutes celles qui concernent la veille des autres médias resteront dans l'ombre. "L'activité [du SIG] est étroitement surveillée", en particulier en matière budgétaire, par la Cour des Comptes notamment, justifie-t-il en insistant sur le fait que cet encadrement "est lourd". Officiellement, il est ainsi interdit de poser des questions sur l'opposition. "Nous ne faisons pas de veille sur les questions internes à l'UMP", affirme ainsi Philippe Guibert. La veille réalisée sur Twitter par le SIG ne devra donc pas comporter de mot-clé spécifique à l'opposition, "seulemement ce qui a trait à l'action du gouvernement". Mais, si, dans "un tweet, un homme politique de droite critique la politique du gouvernement", l'information remontera puisqu'elle rentrera alors dans les mots-clés "autorisés".

Statistiques stratégiques

Plus largement, le fameux "secret" sur les analyses statistiques de Twitter, constituent la  raison d'être d'une entreprise comme Visibrain. Bien d'autres start-up se sont lancés depuis plusieurs années dans ce créneau, au premier rang desquelles figure la californienne Topsy. En outre, si Twitter autorise des prestataires extérieurs à tenter d?analyser les milliards de données présentes sur son site, l?entreprise américaine tient à conserver l?exclusivité du service gratuit des ?tendances?, ces dix mots-clés les plus souvent twittés selon les zones géographiques mis en avant sur sa page. Et pour les entreprises et organismes qui utilisent les services de veille, il s?agit bien sûr de renseignements stratégiques.

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Commentaires
a écrit le 01/12/2012 à 23:40 :
Tweet = nombril ?! Il y a une dose incroyable d'égocentrisme à développer un outil sur un média de communication et croire qu'un pays entier (ou la planète entière pour être moins modeste) tourne autour de ce média. Ce n'est pas une tonne de tweet qui commence à dessiner le premier boulon d'une voiture, ni qui règle une problème économique. On dépense déjà tellement de temps sur de la com que l'on est à la limite de l'esbroufe. Là on franchit un pas supplémentaire.
a écrit le 30/11/2012 à 15:39 :
"Tous les partis ont été sollicités, sauf le FN"... "pas orientée politiquement"... Ah bon ? Le refus de vente et la discrimination sont devenus légaux en France ?
Réponse de le 02/12/2012 à 10:31 :
C'est triste en effet, j'imagine que dans ce pays on est obligés de se soumettre au politiquement correct pour rentrer dans les bons carnets d'adresse...

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