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Verbaliser les parents retardataires: une solution inefficace?

Mounia Van de Casteele

Publié le 12 avril 2013 à 14:15

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Une commune du Territoire-de-Belfort a mis en place une pénalité sous forme d'amende pour les parents en retard à la sortie de l'école. Une initiative qui a déjà été mise en oeuvre dans d'autres villes. Les résultats seraient toutefois moins concluants qu'attendus.

Faire payer les parents en retard à la sortie de l'école. Serait-ce la solution? C'est en tout cas le processus qu'une commune du Territoire-de-Belfort vient de mettre en place. Le principe n'est toutefois pas nouveau. Il a déjà été mis en oeuvre dans d'autre villes de l'Hexagone, notamment en région parisienne. La ville d'Asnière-sur-Seine, dans les Hauts-de-Seine, teste elle aussi le principe depuis le mois de janvier dernier. La ville de Fresnes semble même avoir été pionnière en la matière, puisque ce principe d'amende y a été mis en place dans les écoles depuis la rentrée 2011.

Entre 10 et 30 euros par retard

A Fresnes, l'amende est de dix euros par tranche de dix minutes, mais elle est plafonnée à 30 euros par retard et par enfant. Sachant que le compteur ne se met à tourner que dix minutes après l'heure de fermeture de l'école ou du centre de loisirs, explique-t-on du côté du cabinet du maire de la ville. Le conseiller municipal délégué à l'éducaton de la ville de Fresnes tient à préciser que la "demande de pénalisation" est faite après plusieurs retards répétés. Sachant que les parents sont avertis et que l'information figure également sur le site Internet de la ville.

Un parent en retard mobilise trois personnes

Par ailleurs, l'élu rappelle que l'amende revêt avant tout un caractère coercitif. Il s'agit d'un "rappel à l'ordre", "parce que la discussion avec les parents n'aboutit pas", et non d'une compensation des surcoûts engendrés par les parents retardataires, précise Denis Helbing. Il faut en effet savoir qu'un enfant en retard ne mobilise pas moins de trois personnes, comme le rappelle Benoît Joseph, au cabinet du maire de Fresnes. La ville doit ainsi payer en heures supplémentaires un animateur, un directeur, ainsi qu'une astreinte. Sans compter le coût du bâtiment en lui-même (électricité, chauffage, etc.). Si le conseiller municipal n'a pas été en mesure de préciser le montant de ce coût global, une chose est sûre "on est bien loin des 700 euros" que les amendes ont permis de récolter en 2012, assure-t-il.

Les retards ne diminuent pas

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Résultat, "il y a toujours des parents retardataires", assure-t-on dans une école de Fresnes. Mais pour l'heure, il s'avère difficile d'analyser leur évolution. Entre septembre et fin décembre 2011, selon les chiffres fournis par Denis Helbing, conseiller Municipal, il y aurait eu à Fresnes, quelque 36 familles pénalisées par une amende de retard. Sur l'année scolaire 2012, la mairie en a recensé 85. Et depuis le début de l'année 2013, il y aurait eu jusqu'à présent 35 familles retardataires, analyse l'élu. La mise en place de cette taxe ne paraît donc pas entraîner une baisse effective du nombre de parents retardataires, qui tourne en moyenne autour de douze par mois d'après le Conseiller. "En termes de statistiques pures, on ne pourra pas forcément constater l'efficacité du processus", concède Denis Helbing. 

L'amende peut même augmenter les retards

Si les résultats ne semblent donc pas aussi probants que ce qui avait pu être espéré, cela ne semble guère étonnant à en croire une expérience antérieure à 2010 évoquée par l'économiste Daniel Cohen dans son livre Homo Economicus. L'économiste y explique en effet qu'en Israël, une crèche avait ainsi décidé de s'attaquer au retard des parents grâce à une amende. L'établissement avait donc instauré une taxe de dix dollars par heure de retard pour les parents retardataires. "Le résultat ne s'est pas fait attendre. A la stupéfaction du directeur, dès le lendemain, les parents en retard ont été trois fois plus nombreux!"

Pour l'économiste, l'explication est simple: "avant la taxe, les parents essayaient d'être à l'heure au nom d'un impératif qu'on dirait moral -ne pas faire honte aux enfants, ne pas gêner les enseignants... Dès lors qu'on leur propose une pénalité, ils changent immédiatement l'échelle des valeurs à laquelle ils rapportent leurs actes: ils calculent que dix dollars, c'est le prix d'une baby-sitter".

Mounia Van de Casteele

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