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ÉconomieFrance

Succession de Laurence Parisot : l'enquête

Fabien Piliu et Jean-Christophe Chanut

Publié le 15 avril 2013 à 09:55

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Après l'échec de la tentative de Laurence Parisot de changer les statuts du Medef pour se représenter, la campagne pour l'élection du nouveau « patron des patrons » va opposer sept hommes aux profils différents et peu connus du grand public. Face à une crise sans précédent, le patronat est devenu très revendicatif sur les questions fiscales et sociales. Confronté à un gouvernement de gauche, il doit se rassembler autour d'un projet et d'un homme, mais aussi redéfinir son rôle. Notre enquête.

En juillet 2013, le Medef va changer de tête. Après huit années de présidence, Laurence Parisot se retire... non sans difficulté. Ce passage de flambeau est l'occasion pour la galaxie patronale de se livrer à un travail d'introspection. Quel doit être le rôle des représentants de près de 3 millions d'entreprises françaises en ce début de XXIe siècle face à une crise économique, sociale et même politique historique ? Vaste question tant les entreprises sont diverses. Les organisations patronales doivent-elles continuer de « cogérer » les relations sociales avec les syndicats et l'État ? Ou doivent-elles, à l'instar de ce qui se passe chez certains de nos voisins européens, se recentrer sur un rôle de lobbying pour défendre les intérêts des entreprises, notamment dans le domaine fiscal? En cinq questions, La Tribune fait le tour des problématiques qui préoccupent l'univers patronal en cette période électorale.

Le patron multiple : galaxie ou nébuleuse ?

Il est de coutume de regretter l'éclatement du paysage syndical français. Pourtant, dans le camp patronal, ce n'est guère plus unitaire. Certes, seules trois organisations patronales sont considérées comme représentatives à l'échelle nationale : le Medef, la CGPME et l'UPA (les artisans employeurs). Elles sont donc les seules à pouvoir conclure des accords nationaux avec les syndicats. Mais selon le champ de telle ou telle négociation, on peut retrouver d'autres organisations représentatives dans leur secteur, comme par exemple l'UNAPL (professions libérales) ou la FNSEA (monde agricole). Et depuis des années, l'Usgeres (Union de syndicats et groupements d'employeurs représentatifs dans l'économie sociale) frappe à la porte pour demander une reconnaissance de sa représentativité. Après tout, cette organisation a récolté 19,4% des suffrages dans le collège employeurs lors du dernier scrutin prud'homal de 2008.L'Association française des entreprises privées (Afep), qui regroupe les plus grandes entreprises, ne cache pas vouloir jouer le rôle d'un véritable groupe de pression, rédigeant, à l'occasion, des projets de loi « clés en main » ou exerçant un intense lobbying, notamment dans le domaine de la fiscalité des entreprises. Certes, l'Afep, fondée par Ambroise Roux, l'ancien « parrain des affaires », n'est pas un partenaire social, mais son influence est grande. Au point que certains ont voulu sa fusion avec le Medef. Les deux publient ensemble le code de gouvernance des entreprises cotées en Bourse, contrôlé par l'Autorité des marchés financiers.
D'autres associations patronales représentent des mouvements de pensée extrêmement divers, comme le Centre français du patronat chrétien (CFPC), le Centre des jeunes dirigeants (CJD), CroissancePlus (qui regroupe les entreprises à forte croissance), Ethic (Entreprises de taille humaine indépendantes et de croissance) de Sophie de Menthon, etc. Il y a aussi des think tanks patronaux, comme l'Institut Montaigne ou l'Institut de l'entreprise.
Cet éclatement s'explique par la très grande diversité des entreprises. Il n'y a pas grand-chose de commun entre une société du CAC 40, une PME familiale de la Creuse et une start-up parisienne... Mais cette atomisation est aussi liée au système de négociation sociale historiquement adopté par la France. À la différence du Royaume-Uni ou de l'Allemagne, les relations sociales restent encore très centralisées dans l'Hexagone. D'où la nécessité d'avoir une CGPME et un Medef, partenaires sociaux, qui « cogèrent » la création de normes sociales avec l'État et les syndicats, voire qui prennent des responsabilités directes dans la gestion des organismes sociaux (formation professionnelle, assurance chômage 1% logement). Cette coresponsabilité les empêche d'exercer une action franche de lobbying, rôle davantage dévolu à l'Afep, à CroissancePlus et autres think tanks.
Quand le Medef tente de mener ces deux actions de front, il pratique un très dicile grand écart. On l'a vu avec l'affaire des « Pigeons », où il s'est fait déborder par sa « base ». Certes, depuis quelques années et sous l'influence de Denis Kessler (ancien vice-président délégué du Medef, avec Ernest-Antoine Seillière), un courant de pensée émerge, proposant d'en finir avec cette conception de cogestionnaire des relations sociales. Rôle qui serait décentralisé dans les branches, voire au niveau de l'entreprise. Il est certain que la nécessité ou pas d'une redéfinition du rôle imparti au Medef sera à l'ordre du jour de son nouveau président.

Lobbyiste ou vrai partenaire social ?

La crise et l'austérité budgétaire sont en train de modifier le rôle historique du patronat. Doit-il entrer en résistance, pour contrer d'éventuelles hausses d'impôts sur les entreprises ? Ou continuer à négocier pour parvenir à ses fins face à un gouvernement et une majorité socialistes ? Très revendicatifs, les « Pigeons » ont eu gain de cause en choisissant la première option. Mais un patronat de combat risque de lasser et de perdre sa crédibilité en choisissant la voie de l'affrontement permanent. « Sur le long terme, le dialogue est préférable. C'est la raison pour laquelle nous privilégions plutôt l'action que la réaction en continuant inlassablement à passer nos messages », estime Jean-François Roubaud, le président de la CGPME.
En octobre, emboîtant le pas aux Pigeons, la confédération avait néanmoins lancé le mouvement des « moutons » pour protester contre une hausse de leurs cotisations pour le régime social des indépendants (RSI). Frédéric Saint-Geours, actuel président de l'UIMM et candidat à la succession de Laurence Parisot, prône aussi le dialogue pour faire avancer les dossiers de la compétitivité, des retraites, de la protection sociale...Un peu plus agressif dans le discours, Georoy Roux de Bézieux, autre candidat et vice-président de la Fédération française des télécoms, souhaite un Medef plus « combatif » sur les questions fis-cales. Plus pragmatique, Jean-Claude Volot, président du conseil de l'APCE, également en course, estime que le patronat ne doit s'interdire aucun registre. « Il faut être conciliant ou combattant en fonction des situations. Les entrepreneurs sont des combattants, ne l'oublions pas. Il faut parfois montrer les dents pour être écouté puis entendu », rappelle-t-il.

L'union sacrée face à la crise ?

L'économie française est en panne. Le taux de chômage poursuit sa terrible ascension. Dans ce contexte, le patronat a peut-être intérêt à se souder et à surmonter ses divisions pour imposer ses vues. En procédant ainsi, il pourrait peser davantage lors des prochaines négociations sociales sur la formation professionnelle, les retraites et l'assurance chômage. Pour y parvenir, certains candidats suggèrent de faire monter en puissance le Comité de liaison des décideurs économiques (Clide). Créé en 1979, il est actuellement composé du Medef, de la CGPME, de la FNSEA, de l'UNAPL et de l'UPA. Jean-Claude Volot est partisan de donner également la parole aux acteurs de l'économie sociale et solidaire. « Nous avons besoin des efforts et des solutions de chacun », assure-t-il.
Cette union sacrée, le patronat l'a expérimentée lors des négociations précédant la signature de l'accord national interprofessionnel (ANI) du 11 janvier sur la sécurisation de l'emploi. « C'est parce que les organisations patronales se sont serré les coudes que nous avons pu nous faire entendre », explique Jean-François Roubaud. C'est aussi parce qu'il a réuni la totalité des organisations patronales - à l'exception de la CGPME, qui avait préféré le dialogue avec le gouvernement plutôt que la revendication pure et dure - que le mouvement des « Pigeons » a obligé le gouvernement à modifier l'article 6 du budget sur la fiscalité des plus-values de cessions.
Cette expérience peut-elle se rééditer, voire devenir la norme, alors que le Medef et la CGPME s'entre-déchiraient il y a peu lorsque Laurence Parisot voulait « digérer » la seconde ? « La hache de guerre est enterrée. Nos relations sont désormais constructives », avoue Jean-François Roubaud. Le successeur de Laurence Parisot devrait poursuivre cette politique d'apaisement. « Ce serait bien, car les deux sont complémentaires. Et c'est aussi parce que le patronat n'a pas agi ainsi par le passé que l'économie tricolore est dans la situation actuelle », estime Olivier Duha, le président de CroissancePlus.

Se recentrer sur l'économie ?

« Le patronat et le Medef en particulier ne doivent pas avoir vocation à résoudre tous les difficultés de la société française. Il doit se recentrer sur les entreprises, ses adhérents. Il doit être davantage à leur service en pesant uniquement sur les débats qui les concernent comme la fiscalité, le financement de l'innovation, entre autres », explique Geoffroy Roux de Bézieux.
Dans un entretien accordé en octobre à La Tribune, Denis Kessler est sur la même longueur d'onde. « Au-delà de la représentation des entreprises, il faut surtout repenser les missions et leur rôle dans notre société. Les questions fondamentales aujourd'hui sont économiques, européennes, financières, internationales, environnementales. Dans les missions sociales, le rôle des entreprises devrait se limiter à participer au financement et à la gestion de ce qui est directement lié au contrat de travail des salariés du secteur privé. Il faut retracer une frontière claire entre ce qui relève des entreprises et ce qui relève de l'État », estime-t-il.
Olivier Duha insiste : « Les priorités du patronat doivent être la croissance et la compétitivité », martèle-t-il.
À la CGPME, on est un peu moins catégorique. « Comment voulez-vous que les entreprises et leurs représentants restent les bras ballants sur certains sujets sociaux alors qu'elles sont directement concernées? Prenons l'exemple de la protection sociale. Ce sont les entreprises qui la financent à hauteur de 77%. Parce que nous sommes concernés au premier chef, nous surveillons ce sujet comme le lait sur le feu même s'il ne préoccupe pas les chefs d'entreprise au quotidien », déclare Jean-François Roubaud.

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Réformer la représentativité patronale ?

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Arlésienne des relations sociales, la représentativité patronale revient sur la table. Laurence Pari-sot avait tout fait pour retarder les échéances, même lorsqu'en 2011 son homologue de la CGPME émettait des propositions en ce sens. Si les organisations patronales ne prennent pas leur destin en main, l'État va s'en mêler au nom d'un parallélisme des formes : la réforme de la représentativité syndicale étant, elle, quasi aboutie. La CGPME propose de mesurer l'audience des syndicats patronaux par une élection organisée à l'échelle nationale. Seules les organisations obtenant au moins 8% des voix seraient jugées représentatives au niveau interprofessionnel. Le Medef passerait cette barre, mais, si le principe d'« une entreprise égale une voix » était respecté, il y a de fortes chances que la CGPME, voire l'UPA, passe devant!
Même si elle est séduisante, cette idée ne résout pas tout : les chefs d'entreprise adhèrent avant tout à une fédération professionnelle, sans toujours savoir si celle-ci est membre du Medef, de la CGPME, voire des deux. Autre piste, en 2011, dans une étude réalisée par des universitaires pour le ministère du Travail, il était suggéré de s'appuyer sur le scrutin prud'homal pour mesurer l'audience de chaque organisation patronale. Plusieurs collèges électoraux « employeurs » seraient institués, par taille d'entreprise. Il serait ensuite fixé un seuil de 10 ou 15% des voix à atteindre pour qu'une organisation représentative puisse négocier des accords.

Fabien Piliu et Jean-Christophe Chanut

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