"Toutes les entreprises peuvent bénéficier de la commande publique"

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Jean-Lou Blachier, le médiateur national des marchés publics
Jean-Lou Blachier, le médiateur national des marchés publics (Crédits : DR)
Dans un entretien accordé à La Tribune, Jean-Lou Blachier, le médiateur national des marchés publics insiste sur la capacité de la commande publique à soutenir le développement des entreprises. Un guide et un site Internet sont à leur disposition pour aider les chefs d'entreprises dans leurs démarches et augmenter leurs chances de succès lors des appels d'offre.

La Tribune - La médiation des marchés publics a été officiellement créée le 1er janvier. Quel premier bilan faites-vous ?

Jean-Lou Blachier - Les entreprises souffrent toujours d'un déficit d'information sur la commande publique. C'est regrettable, surtout pour les TPE et les PME, car elles se privent d'une manne dont l'estimation basse est évaluée à 200 milliards d'euros par an. Les chefs d'entreprises doivent absolument se mettre dans la tête que la commande publique leur apporte de la visibilité et peut constituer un formidable levier de développement.

Quels sont les points de blocage ?

En fin d'année, je devrai avoir rencontré plus de 4.000 chefs entreprises. Pour la plupart d'entre eux, la commande publique n'est pas un sujet. Ils pensent que leur entreprise n'a pas la taille requise ou que les procédures sont trop complexes. Ce sont des idées reçues que je combats au quotidien.

Beaucoup se sont plaints du logiciel Chorus, le système d'information qui permet de gérer la dépense, les recettes non fiscales et la comptabilité de l'État…

C'est vrai que la première mouture de ce système avait des défauts. Mais ils ont été supprimés. La seconde version de Chorus est désormais efficace.  

Combien de fois la Médiation a-t-elle été sollicitée ?

Depuis janvier, nous avons traité 220 médiations. Dans 25% des cas, nous essayons de résoudre des problèmes liés à la procédure elle-même, en amont de l'appel d'offre. Dans 65% des cas, la médiation intervient pour dénouer des obstacles pendant l'exécution. Dans les autres cas qui se présentent à nous, il s'agit de comprendre pourquoi les entreprises n'ont pas été retenues et de travailler ensemble pour comprendre les erreurs qui ont été faites.  

De quelle façon ?

Le 25 octobre, nous éditons à 50.000 exemplaires un guide de 28 pages qui sera disponible dans les les Directions Régionales des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l'Emploi [DIRECCTE], les organisations patronales, les fédérations professionnelles, les réseaux consulaires. Dix thèmes sont abordés pour aider les entreprises à accéder davantage aux marchés publics. Si un dirigeant souhaite développer un point précis, il suffira qu'il active un flash code pour obtenir un vaste complément d'information. Ce guide sera également disponible sur notre site Internet qui a été dévoilé le 14 octobre. Je compte également beaucoup sur notre futur réseau d'ambassadeurs dans les territoires.

Quel sera leur rôle ?

Ces chefs d'entreprises volontaires placés sous l'autorité du préfet de département ou de région devront témoigner de l'utilité de répondre aux appels d'offre.

De son côté, la puissance publique, l'Etat, les administrations, les collectivités territoriales essaient-t-ils jouent-ils le jeu ?

Là encore, il faut faire de la pédagogie. Plutôt que de cibler les vilains petits canards qui préfèrent acheter moins cher à l'étranger des produits que l'on fabrique encore en France, je préfère le dialogue. Il faut se mettre à la place des acheteurs qui sont responsables personnellement et pénalement des décisions qu'ils prennent. Cette épée de Damoclès explique leur prudence. Plutôt que de choisir un produit innovant d'une PME, ils préfèreront acheter le produit ou le service le moins coûteux car leur décision, si elle remise en cause, sera inattaquable. Mais il ne faut pas tous leur mettre sur le dos. Les textes doivent également évoluer. Il faut supprimer certaines aberrations.

Parmi lesquelles ?

Une entreprise innovante ne peut accéder à un marché public si son produit ou son service ne peut être mis en concurrence. Concrètement, il faut attendre qu'elle attende que sa technologie de rupture soit copiée !

Vous devez donc également faire du prosélytisme auprès des acheteurs publics !

Nous préparons un autre guide qui leur spécialement destiné. Il sortira au premier semestre 2014.

Les entreprises françaises souffrent-elles de la concurrence étrangère ?

Bien sûr. Et c'est normal. Mais ce qui est absurde, c'est que les entreprises étrangères sont favorisées par rapport à leurs concurrentes françaises. Si les premières doivent simplement attester sur l'honneur qu'elles ont rempli toutes leurs obligations légales dans leur pays d'origine, les secondes doivent fournir toutes une série de documents administratifs et fiscaux [TVA, Trésor, URSAFF…] prouvant leur solidité financière. Résultat, certaines entreprises étrangères à la limite de la cessation de paiement se sauvent grâce à la commande publique alors que les entreprises françaises n'y ont pas accès car jugées trop fragiles.

Faire de la commande publique un levier de développement quand l'Etat cherche à couper dans ses dépenses, n'est ce pas paradoxal ?

Pas du tout ! Il suffirait de recentrer davantage les dépenses sur les entreprises françaises. L'initiative Pacte PME Défense de Jean-Yves Le Drian participe de cette tendance. Pourquoi la France est l'un des seuls pays à délaisser le patriotisme économique ? La rigueur n'est pas incompatible avec une action publique de soutien aux entreprises forte.

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Commentaires
a écrit le 16/10/2013 à 21:13 :
Ce Monsieur n'agit pas, il commente, enfonce des portes ouvertes, manipule les poncifs et déclarations d'intention, ... Il cultive ses réseaux et rien d'autre.
Les PME, il n'en a cure ... Laissons-le à ses guides
a écrit le 16/10/2013 à 12:00 :
Mr Blachier est drôle. A croire qu'il n'a jamais rédigé un appel d'offres ou répondu à icelui. Si l'entreprise n'a pas de compétences internes pour lire-remplir-trouver les documents publiés et/ou demandés, aucune chance qu'elle puisse y arriver. De même, les délais de paiement et ses variantes de "déclenchement" ont un effet dissuasif pour ceux s'y étant essayé. Enfin, il n'est pas rare que la puissance publique pallie après signature du marché une ou plusieurs aberrations de publication en demandant des adaptations dès la réunion de lancement. Bref, les déclaration de ce monsieur sont un tissu d'âneries.
a écrit le 16/10/2013 à 11:42 :
les commandes publiques sont réservées aux copains, d'ailleurs souvent ce sont d'anciens fonctionnaires ou leurs connaissances qui gèrent les entreprises qui savent bien répondre à ces appels d'offre
a écrit le 16/10/2013 à 7:56 :
La commande publique ? mais , c'est un marché fermé...! alors qu'il faut un marché ouvert... c'est d'ailleurs, avec ce genre de politique de combinats que l'ex-Urss a implosée ...
a écrit le 15/10/2013 à 23:37 :
On préfèrerait que la commande publique soit moindre et nos degrés de liberté d'action supérieurs.
a écrit le 15/10/2013 à 23:29 :
les pires moments de ma vie professionnelle, c'était il y a fort longtemps et pour de la commande publique: cahier des charges irréaliste rédigé par des gens ne connaissant rien au sujet, suivi de projet inexistant, à la fin on fait du mauvais travail et on est payé au lance pierre des mois après. Et on repayera avec les impots. Plus jamais ça! La commande publique ca suffit, il faut sortir de ce système débile ou l'on s'endette pour que l'Etat achete n'importe quoi, qu'il nous taxe moins, on est assez grand pour se débrouiller sans lui, tout ce qu'on lui demande c'est d'être économe, pas de dépenser notre argent à notre place.
a écrit le 15/10/2013 à 21:20 :
Non merci, je ne tiens pas à être payé dans 9 mois et avec une erreur qui mettra 9 mois de plus pour être corrigée.
a écrit le 15/10/2013 à 20:57 :
France Télévision, qui vit du denier public, a dépensé 15 millions d'euros de conseil auprès de deux cabinets de conseil anglo-saxons, juste pour piloter sa "transformation"
Voilà où va la commande publique
Le "acheter en France" est juste de la propagande. La réalité est toute contraire
L'info est disponible dans le Canard Enchaîné de demain
a écrit le 15/10/2013 à 20:57 :
France Télévision, qui vit du denier public, a dépensé 15 millions d'euros de conseil auprès de deux cabinets de conseil anglo-saxons, juste pour piloter sa "transformation"
Voilà où va la commande publique
Le "acheter en France" est juste de la propagande. La réalité est toute contraire
L'info est disponible dans le Canard Enchaîné de demain
a écrit le 15/10/2013 à 19:10 :
2 observations simplement :
1)Ne pas perdre de vue que l'urgent est de diminuer la dépense publique et celle-ci diminuera encore plus vite en jouant sur les achats externes
2)Pour ce qui est de la concurrence, nous sommes hélas contraints par les traités européens que nous avons signés
a écrit le 15/10/2013 à 18:36 :
il y a un réel enjeu à localiser l'offre en France pour maintenir en condition opérationnelles notre marché du travail. Le soucis c'est qu'il faudrait sans doute une véritable agence au delà du dispositif actuel pour justement aider les entreprises francaises ou localisées en france à se battre pour remporter la mise. Tant qu'on ne peut pas remporter l'offre simplement, on ne peut pas penser q'une petite entreprise sans organisation commerciale efficace puisse se positionner. Mais bon... ces enjeux sont tout aussi fort dans le privé. Je peux vous dire qu'il y a des signataires qui n'ont pas de mal à faire jouer le paradoxe de leur engagement moral à travailler avec des TPE versus le fait de ne pas etre leur client unique. Alors que c'est le propre des travailleurs indépendants qui chercheraient à se developper. Si l'on veut que ce dispositif soit efficace, il faut - et c'est à saluer - rendre l'entrée dans la forteresse France encore plus simple. Sinon ces TPE sont prises entre un féodalisme d'état et un féodalisme industriel/oligarchique.

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